Comme d’habitude, c’est une grande joie de voir et de retrouver les frères du jardin des jeunes, pour traiter un sujet qui est très important de nos jours.

Il est un fait que la plupart d’entre nous sommes assez contents et heureux de voir un certain nombre de jeunes, al-hamdulillâh, frères et sœurs, adultes aussi, revenir vers la religion ou bien corriger certaines erreurs qu’ils avaient dans leur pratique, se poser des questions, qui apprennent, et on remarque que des fois, on se retrouve alors devant ce que l’on appelle un genre de dilemme assez important pour un croyant qui est, à la base, le fait de vouloir du bien pour son frère ou une sœur en islam et ce, dans les limites de ce que Allah et Son prophète nous ont imposé.

Et on voit alors qu’il y a, chez chacun d’entre nous, une manière de voir et de concevoir ce que l’on appelle le conseil en islam. Vous remarquerez que lorsque l’on veut aider quelqu’un, le renseigner, lui montrer, le corriger, et ce en touchant donc la religion directement il y a différents aspects qui vont donc apparaître. Ce sont ces aspects là que l’on va spécialement étudier ce soir entre nous.

On vous dit aussi qu’il y a une manière d’étudier cet art qui est le fait de conseiller et on a parlé d’un art parce que les choses ne sont pas si simple que l’on pourrait, des fois, le penser.

On remarque également que certains d’entre nous sont aussi empressés de voir les gens qu’ils aiment, ceux qui sont autour d’eux de les voir revenir vers l’islam.

C’est un fait pour nous tous.

Soubhana Allah, chaque personne qui entre dans la pratique de la religion, qui ouvre ses yeux, qui remarque certaines vérités, est heureux dans sa religion, se sent bien, et a envie soubhan Allah, de faire vivre cela à quelqu’un d’autre. C’est aussi le but de la prédication, et l’exemple que l’on doit donner aux autres, c’est aussi très important.

Mais il y a des risques. Ces risques vont apparaître devant toi au fur et à mesure, et à ce moment là, le musulman, la musulmane doivent faire attention, c’est là que commencent les problèmes. A la base, comprenez-moi bien, on a un acte pieux, très important qui est le fait de conseiller et juste à côté on vous parle de problème. Pourquoi ?

Parce que si ce n’est pas fait d’une certaine manière même si vous venez avec une belle intention, ça risque de se terminer avec de graves problèmes, des fois même des personnes qui ne vous parlent plus, qui vous quittent ou qui vont même des fois transformer vos propos et ainsi de suite.

C’est pour cela que parmi les aspects que l’on va étudier il y a des fois la personne qui vient en face de toi, tu remarques chez elle certaines erreurs, et on te dit :  " Cette personne est-ce que tu la connais tout d’abord, est-ce que tu connais ses réactions, est-ce que tu sais commet elle va réagir, est-ce que tu connais ses habitudes pour voir si ce qu’elle vient de faire là, il y a quelques secondes, est-ce que c‘est quelque chose qu’elle fait habituellement ou bien c’est parce qu’elle a un problème qui vient de lui arriver il y a quelques temps et la réaction que cette personne a par rapport à ce problème là et bien c’est cela qui est étonnant pour toi qui, al-hamdulillâh, est dans la pratique comme il se doit."

On vous dit aussi « est-ce que tu connais le caractère de cette personne », il y a des différences entre habitudes et caractère aussi. On te dit aussi « est-ce que tu connais le vécu » et ça, ça nous touche aussi maintenant avec les jeunes.

Vous savez, quand quelqu’un grandit d’une certaine manière dans un quartier par exemple ou dans une famille où il n’y avait pas de pratique et puis tu rentres du jour au lendemain wa al-hamdulillâh dans la pratique, à ce moment là quelles vont être les réactions ?  

On sait que quelques fois on est vif, des fois on vous dit même « il devient dur...Avant il souriait, maintenant il ne rigole plus ...»

Quand il conseille, on remarque qu’il conseille parce qu’il tire ses yeux, il a quasiment les yeux bridés, et il ne rigole plus, tout devient sec. Il a un visage presque mauve et puis il t’envoie le conseil et comme vous disent certains pour vous expliquer la manière dont ils ont reçu ce conseil : « il m’a envoyé une bombe, il m’a cassé ».

Et ça, on ne voudrait pas tomber dedans alors que si, soubhan Allah, tu vas chez ce même frère ou cette même sœur qui a conseillé quelqu’un, qu’est-ce que l’on remarque ? On remarque que la personne dit « non, wallahi moi je veux au contraire qu’il aille au Paradis, je veux qu’il ne reste pas dans le mal, je veux qu’il change, je veux ceci, je veux cela », alors qu' avec la manière qu’il a employée, au contraire, qu’est-ce qu’il a fait ? Il a fait encore plus déguerpir le frère qu’il avait en face de lui.

Et on oublie toujours un acteur. On a un acteur qui est toujours avec nous, qui nous suit, qui surveille, qui guette de loin et il y a un frère qui a déjà fait une conférence là-dessus : « les stratagèmes de Satan ».

 Il est là, satan. Satan, maudit soit-il, quand tu donnes un conseil à quelqu’un, il ne va pas aller lui dire :

« Ah vas-y profite, il vient de t’apporter le bénéfice de ta vie, vas-y saute dessus, profite de ce conseil là », il va te le décortiquer : « Regarde ses yeux comment il t’a regardé, t’as vu comment il t’a parlé, tu as vu à côté de qui il a fait cela, il va commencer même à te sortir certains détails que tu n’as peut-être même pas remarqués. Il va te dire,« t’as remarqué quand il t’a parlé il y avait un type juste derrière lui, tu l’as vu ? » Tu ne l’avais peut-être même pas vu. Tu dis "oh là la honte, le type alors il a entendu ou pas ? "

Il sème le doute dans le coeur et il commence alors à te" travailler". C'est pour ça que l’on te demande de penser à ce vécu. Cette personne d’où est-ce qu’elle vient, qu’est-ce qu’elle a vécu avant qu’on vienne chez elle directement et qu’on lui dise « voilà c’est comme ça, un, deux, trois, quatre points à la ligne ».

Donc, d’où vient cette personne, il y a le vécu, mais il y a aussi l’endroit d’où vient cette personne, parce que le vécu ça peut être certains problèmes familiaux, privés, à lui, à l’intérieur, dans sa famille et d’où vient-il ça peut être aussi des fois aussi par rapport à son quartier.

S’il a vécu pendant 20 ans d’une certaine manière dans tel et tel quartier, c’est normal, que des fois on se demande pourquoi ça prend du temps chez certains jeunes pour revenir comme ça vers la religion. Directement on se dit : " Tiens depuis le temps qu’on lui parle y’a toujours pas de changement " et c’est pour cela que ce sont-là des questions qui nous prouvent qu’aujourd’hui, conseiller est devenu un art.

Il y a intérêt comme on dit à faire attention, de voir la manière dont on va parler, de voir le temps, à quel moment est-ce que l’on va parler à cette personne, de voir aussi les mots que l’on va choisir, de voir aussi c’est drôle à dire, de voir l’intonation, vis-à-vis donc de cette personne, même ça il faut y faire attention. C’est un art et il faut bien réfléchir pour faire en sorte que ce que tu vas apporter sur ce plateau en or, le conseil qui est une base que l’on retrouve dans notre religion, et bien ce cadeau que tu vas offrir à ton frère, il faut absolument faire en sorte (un cadeau quand on l’offre, on l’emballe bien, on le prépare, on offre la meilleure des choses) que pour le conseil ce soit la même chose.

Et j’aime rappeler, comme vous le savez, que c'est soit Satan soit certains êtres humains qui ont l’art de dévier les gens. Il y a des gens qui ont l’art de dévier les autres de n’importe quelle manière, et des fois, des manières très belles comme on dit, soit par rapport à l’argent, soit par rapport aux habits, soit par rapport aux sorties et ainsi de suite. Ils ont l’art de t’attirer.

Pourquoi alors, nous, al hamdulillâh, ceux qui se disent sur le chemin de la droiture, ceux qui connaissent bien leur religion, ceux qui apprennent, pourquoi est-ce qu’eux non plus ne pourraient-ils pas apprendre l’art de conseiller les autres et faire en sorte que les gens reviennent vers toi et aiment discuter avec toi et acceptent ta parole ? Pas parce que tu es un savant et l’on sait bien qu’ils sont très rares parmis nous, mais parce qu’après quelques cours ton comportement a changé et un petit jeune a vu ça et il vient chez toi, content, pour te poser des questions.  Alors c’est là que tu dois montrer ce que tu as appris du prophète ...

 

C’est pour cela que nous allons développer point par point :

 

1. Le Sourire

Avant même de parler, le sourire.

Dans Notre génération, on aime bien rigoler pour tout : Une vieille qui tombe, on rigole pendant trois heures, un qui rentre dans un mur sans le remarquer, ça c’est encore 4 heures, un qui te dit « je me suis fait arnaquer » on rigole et quand il doit parler avec un autre pour un conseil, là, soubhan Allah, le rire part.

On rapporte qu’ il y avait un compagnon, Jarir ibnu abdullâh al bajari qui dit qu’à chaque fois que le prophète le voyait, il lui souriait, alors qu’il n’était pas encore musulman en ce temps là.

Chaque fois qu’il passait devant lui, il lui souriait. Ce compagnon a aimé ce comportement et c’est ce qui va faire qu’il deviendra musulman par la suite et il dira : " J’ai donné allégeance au prophète sur la shahada et le prophète , directement lui donna comme condition de prêter conseil pour tout musulman."

Et ibnu hajar dans la biographie de Jarir raconte:

" un jour, Jarir se retrouva devant une personne qui vendait un cheval pour 400 dirhams la monture.

Jarir, alla directement lui dire « en veux-tu 500 ? »  - « oui »

- « Et 600 » ? - « oui »   

Et il monta le prix jusqu’à 800 dirhams et lui donne ce montant en lui disant, c’est parce que j’ai fait allégeance au prophète de conseiller tout musulman et ton cheval ne coûte pas 400 dirhams."

On voit que dans les caractéristiques des gens de la Sounnah, ils se conseillent entre eux et sont aussi très cléments entre eux et c’est comme ça qu’il faut être. Quand celui qui conseille parle à un frère, il doit le faire comme si c’était son vrai frère de sang qui partait dans l'égarement ou autre. Et cela doit être pareil pour les sœurs entre elles. Et, leurs seuls buts, c’est premièrement d’être agrées par Allah et deuxièmement, c’est l’amour que l’on a vis-à-vis du croyant.

Donc la moindre des choses lorsque l’on vient vers ce frère que l’on veut conseiller, c’est de lui sourire et être clément vis-à-vis de lui.

Ce sont des choses simples dans la théorie mais en pratique, c’est vrai, les choses se compliquent. Le frère doit être doux et la douceur à notre époque, ça manque. Soubhan Allah, il y a eu des études sociologiques qui disaient que les maghrébins, les africains sont très proches lorsqu’ils discutent. Un arabe, lorsqu’il parle avec toi, au bout de 10 secondes, sa main est déjà sur ton épaule alors que dans d’autres communautés dans le monde, ce comportement est mal vu, il n’y a pas cette proximité.

La douceur est donc importante et en plus, elle se remarque. Lorsque tu t’adresses à un frère, prends d’abord de ses nouvelles et par ces petites questions, tu vas savoir dans quel état d’esprit il se trouve : calme, énervé, en colère… et tu sauras alors de quelle façon lui parler, le conseiller.

C’est l’exemple du prophète qui a passé 23 années avec des arabes, Qoraich, et qui était toujours très calme avec eux. Des des fois, il les laissait parler même s’ils disaient des insultes, même parmi ses proches qui le rabaissaient, mais il restait toujours doux, patient avec eux. Et pourtant il aurait pu se défendre, demander de l’aide à des compagnons (Omar par exemple). A ce sujet, il est important de lire la sira du prophète .

Il y a cet exemple de l’homme qui avait uriné dans la mosquée. Lorsque les Compagnons ont voulu le corriger, le prophète s’y est opposé et a ordonné de verser de l’eau pour nettoyer la souillure. Il était celui qui accueillait les gens, discutait avec eux et d'ailleurs, souvent il commençait par lire des versets du coran avant de discuter.

D’ailleurs, on raconte qu’un homme avait entendu qu’un fou, un possédé était à la Mecque. Il est allé le trouver et lorsque il a entendu le prophète lire le coran, sa façon de l’accueillir, lui parler, il s’est converti à l’islam. Et une fois revenu chez lui, il parla de l'islam pour que d’autres se convertissent aussi, al hamdulillâh.

Et cela, uniquement sur la manière de parler et d’accueillir la personne.

Ibnu taymiyya disait : « Ton intention d’ordonner le bien doit être avec le bien, et ton intention de faire éviter du blâmable ne doit pas se faire avec du blâmable. »

Et même pour le sourire, il y a des limites par rapport à certaines situations justement pour souligner la gravité de certains actes et ne pas tomber dans une sorte d’hypocrisie avec ce frère. Il faut que le sourire soit suivi d’actions, de paroles,et pas seulement sourire et laisser la personne dans son erreur. Dans notre religion, se taire alors qu’il faut conseiller est un signe d’hypocrisie.

Le prophète a dit :

" La religion, c’est le conseil ". Les compagnons présents ont demandé pour qui, et le prophète a répondu : « envers Allah, c'est-à-dire suivre les injonctions divines, Son livre, Son Prophète, aux responsables des croyants et le reste des croyants. »

 

2. L’intention et la sincérité

Il aurait mieux valu le mettre avant le sourire.

Lorsque tu viens vers quelqu’un pour le conseiller, il faut que tu aies un seul but, tout d’abord c’est que le bénéfice soit auprès d’Allah. La guidance est auprès d’Allah et ce n’est pas parce que tu vas être derrière un frère tout le temps que ça fonctionnera. Il faut bien comprendre ça et l’on peut se rappeler l’exemple de l’oncle du prophète abou Talib qui est mort non musulman.

Donc, l’intention que l’on doit avoir c’est aussi d’améliorer la situation du frère et de changer cette personne là. Il ne faut pas que celui qui vient conseiller vienne avec ce que l’on appelle la maladie du « moi je », et penser que les gens doivent changer et lui ressembler. C’est une erreur, car chacun a ses spécificités, sa façon de fonctionner.

En plus, celui qui reçoit le conseil, risque de se sentir inférieur par rapport à celui qui donne le conseil et un complexe peut naître chez le frère. Il n’a pas forcement le même niveau de crainte d’Allah que toi alors il faut faire attention aux mots utilisés. Shaytan le tire vers le mal et lui,il mène un combat intérieur contre lui.

Il y a celui qui en conseillant, peut vouloir du mal : par exemple, certains viennent en disant : « Akhi, j’ai vu que tu étais un menteur… » et quand tu décortiques l’intention de la personne, tu t’aperçois que depuis un certain temps, il avait envie de te sortir à la figure que tu étais un menteur, mais il n’a pas trouvé d’autre manière de te le dire. C’est là une mauvaise intention et le frère ne peut pas accepter un conseil dit comme cela.

Dans le domaine du conseil, il peut y avoir aussi la jalousie et cela se passe souvent lorsqu’il y a d’autres personnes présentes. Et c’est une chose à éviter. Lorsque l’on veut conseiller quelqu’un, il faut le faire seul à seul avec la personne concernée et pas devant un public. De graves problèmes peuvent alors apparaître entre toi et le frère mais aussi entre le frère et le reste du groupe. Il y a aussi une autre erreur qui peut provoquer de la jalousie, c’est par exemple quand plusieurs personnes font la même erreur et toi tu viens et tu ne parles qu’à l‘une d’entre elles et tournes le dos aux autres. Il faut éviter cela.

Une des erreurs que l’on a tendance à voir et on voyait ça souvent chez les plus âgés parmi nous, c’est de croire qu’un jeune dans la rue c'est quelqu’un qui n’entend rien qui n’écoute rien, qui n’a pas de cerveau, pas de sentiments, et qu’il n’y a rien qui bouge chez eux.

Et pourtant, pour certains, ils sont étonnés et quand on étudie un peu leur situation, on trouve au final qu’il y a une base et il faut alors travailler le problème avec la personne d’une autre manière et al-hamdulillâh, on a beaucoup de preuves entre les mains, ils reviennent.

Aussi, ne jamais venir conseiller avec l’intention de dévoiler la personne. C’est un des points les plus compliqués. Il ne faut pas mettre la personne dans une situation de gène face à nous, si par exemple on l’a vu commettre un acte honteux. De plus, shaytan peut alors semer le doute dans l’esprit de cette personne et lui faire croire que si toi tu l’as vu, il se peut que tu l’aies raconté à d’autres personnes. Même si le frère se repent un jour, la honte entre toi et lui restera à jamais.

Il y a aussi l’erreur de gonfler un acte. Par exemple, on l’a vu faire une petite erreur et on va le conseiller en exagérant cette erreur. Cela va amener les deux personnes à discuter comme des malades pendant des heures, le conseil va devenir une dispute puis une séparation entre les deux.

C’est pour cela que l’on raconte que les gens de la Sounnah ont deux manières de conseiller:

Soit le « conseil spécial à des gens spéciaux » : c'est-à-dire un type de population bien déterminée (un iman, un responsable...), par exemple l’imam Ahmed conseillait le calife 'Abasside en lui parlant à l’oreille et pas à voix haute au su et vu de tout le monde.

Lorsque ceux qui se sont opposés à Othmane qui était calife et qui lui reprochaient d’avoir donné certains postes à des proches, ils allaient voir Oussama et Oussama donnait des conseils à Othmane et ceux qui se plaignaient, demandaient toujours à Oussama si il avait parlé à Othmane et il répondait : « croyez-vous que si je donne un conseil à Othmane , je viendrais le répéter à tout le monde à chaque fois ? »

Car c’est une chose qui se passe entre une personne et une autre en tête-à-tête. On n’a pas besoin de mettre, comme cela se passe aujourd’hui, toute la famille dans l’histoire.

Soit le conseil que l’on donne aux gens en général et il y a une belle leçon du prophète : lorsqu’il remarquait que certaines erreurs étaient commises, il demandait aux gens : « que pensez-vous de gens qui font ceci ou cela ? ».

Il parle d’une manière générale dans un groupe où se trouve celui qui a fait l’erreur et on gagne alors deux choses : le conseil pour le fautif et une leçon pour le reste du groupe et celui a qui était destiné le conseil sort de cette assemblée sans avoir honte, ni être rabaissé, ni avoir peur de rencontrer les autres.

Ce que l’on peut remarquer, c’est que dès que l’on ne suit pas la manière imposée par la religion et l’exemple du prophète , le résultat est mauvais, et cela ne donne rien du tout.

C’est pour cela que dans le domaine du conseil, il y a trois catégories de personnes :

  • 1. Ceux qui ordonnent le bien avec le bien et corrigent le mal par un bien
  • 2. Ceux qui laissent tout aller avec comme raisonnement : l’islam, c’est la facilité ; point de contrainte en religion
  • 3. Ceux qui exagèrent dans la manière et la conception de voir les choses, c’est eux qui gonflent les affaires

 

3. Faire que la parole d’Allah soit la plus haute

Le seul but doit être Allah

Il faut conseiller avec gentillesse : on peut prendre le cas d'Abraham, d’Ibrahim Son père était non musulman et il l’appelait « ya abatî » (ô mon cher père), mot plus affectueux que « abî » . (papa)

Il y a aussi l’exemple de Luqman lorsqu’il parle à son fils : « ya bunaya ». (ô mon cher fils)

Il ne faut pas faire les mêmes erreurs dans l’éducation de nos enfants que ce qu’ont fait nos parents. Il faut discuter en premier lieu, et non pas frapper puis discuter après. Avant même de donner un conseil, il faut avoir le sourire et la gentillesse et discuter petit à petit, étape par étape.

Je préfère donner au frère 20 minutes de gentillesse et dix minutes seulement de cours parce que c’est pendant ces 20 minutes de gentillesse que je vais travailler psychologiquement le frère et les dix minutes de cours passeront beaucoup plus facilement. Si tu fais l’inverse, tu auras l’inverse.

Ibnu mubarak disait, dans le domaine du comportement, si tu es avec des gens bien, sois avec eux comme Le Clément Compatissant et ne suis pas toutes leurs petites erreurs car tu resteras dans le temps tout seul.

Il y a une belle parole que Ibnu Sa’adi rapportée de ibnu taymiyya : « Il y a des gens qui sont comme des insectes, ils ne se déposent que sur les blessures »

Que penser aujourd’hui alors, si à l’époque déjà certains faisaient ce genre de constat ?

 

4. Il faut conseiller en secret

Lorsque tu conseilles devant les autres, c’est rabaissant, alors avant de venir le dire devant un groupe de personnes, il faut privilégier certaines démarches. Et il y a des fois certaines démarches que l’on délaisse :

  • Le conseiller en écrivant une lettre : par exemple, en rapportant une ou deux histoires, des exemples de compagnons qui ont été touchés par le même problème que lui.
  • En faisant un cadeau : par exemple on laisse une cassette dans la boîte à lettre d’un frère, d’un voisin

 

5. Mettre en pratique ce que tu conseilles

Lorsque tu conseilles, mets en pratique ce que tu demandes de faire à l’autre car sinon, tu ne seras pas pris au sérieux.

Un des châtiments qui sera donné à ceux qui ordonnent le bien et ne le font pas eux même , est qu’ils tourneront comme l’âne qui tourne en marchant sur du blé pour l’écraser et on verra leurs viscères qui sortent de leur ventre. Et ceux du Paradis vont l’interpeller en lui demandant si ce n’était pas lui qui leur ordonnait le bien et condamnait le mal et il répondra : oui, je vous ordonnais le bien sans le faire moi-même et je vous demandais d’éviter le blâmable tout en y tombant moi-même.

Mais il ne faut pas pour autant se dire que si l’on a des défauts, on ne doit pas conseiller car donner des conseils permet aussi de se changer soi-même.

 

6. Etre sûr de ce que l’on raconte

Il faut être responsable de notre langue et il faut vérifier ses sources par exemple si l’on cite par exemple un hadith, de ne pas le dire authentique si ce n’est pas vrai.

La plus grave maladie qui casse le conseil c’est quand tu viens conseiller un frère en lui disant : « un tel m’a dit que.. » Et cela arrive de nos jours. En plus, tu ne sais même pas si c’est vrai ou pas. Et le pire, c’est que parfois on cite la personne et là on sème la discorde entre les frères, ou autre.

Comme le rappelait un Cheikh, l' une des plus grandes agences de presse chez les arabes, c’est l’agence que l’on a appelée : « ils ont dit », « ils racontent que », « on a entendu que ».

Le musulman, lorsqu’il parle, il doit vraiment être sûr de ce qu’il raconte et ne doit pas avoir la maladie de colporter les paroles car c’est très grave dans la religion.   Si tu n’es pas sûr de la nouvelle, ne vas pas alors chez le frère.

 

7. Patienter face au mal lorsque l’on donne le conseil

On peut être rabaissé, insulté, mal reçu…

Il y a un proverbe au Maghreb qui dit : "celui qui te frappe, c’est lui qui crie et qui est le premier à courir chez les parents pour rapporter." C'est-à-dire qu’il sait que si tu le conseilles, il va se sentir gêné, alors il te crie dessus avant que tu lui parles et te met mal à l’aise, même par rapport à ceux qui sont autour et cela se retourne contre toi.

Dans ce cas, il vaut mieux se retirer car les troubles provoqués par le fait de donner le conseil dans ce cas, sont plus grands que les bénéfices qui pourraient en être tirés.

Certains peuvent même te frapper. Il faut être conscient de cela avant d’aller donner le conseil.

 

8. Mettre chaque problème au degré d’importance qu’il a.

Si on prend un exemple dans le Coran, on voit que chaque sujet soubhan Allah a une importance.

Regardez tous les versets qui parlent sur la foi. Tu peux trouver, comme disent certains savants, jusqu’à ¾ des versets du Coran qui tournent autour du domaine de la foi. Et tu prends un verset ou deux et tu vas voir de quoi il parle et tu vois qu’il parle spécialement sur le fait de parler sur le dos des gens.

Les savants résument cela en disant que des fois, avec un ou deux versets, tu comprends la chose. Le verset est bien explicite parce que pour ces choses là, il n’y a pas ce que l’on appelle « étape par étape », musulman ou pas, car ce sont des questions connues point. Il n’y a pas à philosopher dessus.

Donc on fait attention par rapport au problème que l’on a en face, il faut le décortiquer, se dire, tiens, ce que je viens de voir là chez le frère, quel est le degré d’importance de ce qu’il vient de faire dans la religion ? Est-ce que je peux me permettre avec ce qu’il vient de faire de le conseiller seulement demain et aujourd’hui je fais seulement ce que l’on appelle les techniques d’approche. Je tâte donc le terrain et demain insha Allah j’aurai une autre manière de l’approcher et puis à ce moment là je le conseillerai.

Et il y a des fois des conseils qu’il faut donner directement, par exemple si un frère vient te dire « oui mon frère la prière c’est bidon, je tape ma tête par terre tout le temps et je n’ai rien que des problèmes… »

Est-ce que tu vas te dire que ce n’est rien, que je verrai ça demain ?

Il se pourrait que tu ne le voies plus, donc pour un point comme la prière, tu ne peux pas laisser quelqu’un, même vingt-quatre heures avant de parler avec lui. Lui, tu dois essayer de tâter directement le terrain et de lui ouvrir une discussion par rapport donc au problème qui le touche et toujours en fonction de tes connaissances. Il ne faut pas avoir honte de l’envoyer se renseigner chez plus savant que soi.

Il est connu dans notre religion que lorsque l’on explique quelque chose,on doit d’abord voir quel est le gros problème dans lequel la personne se trouve. On a des fois des personnes qui conseillent quelqu’un sur un détail, un point très précis, alors que la personne qui est en face de lui ne prie pas, ou peut être qu’elle boit ou qu’elle commet je ne sais combien de choses graves dans sa vie.

Et qu’est-ce que l’on fait ? on va chez lui et on lui dit : Ah attention, tu vois la coupe de cheveux que tu viens de faire…et on lui fait tout un cours pendant une heure ! Il faut bien comprendre ce que je viens de dire : celui qui va venir conseiller ce genre de frère, il faut que ce soit un spécialiste parce qu’il doit sur le moment même, ordonner le bien parce qu’il voit un aspect apparent et il y a un aspect intérieur à travailler et ce dernier est plus dur à travailler que l’aspect extérieur et il faut jongler avec les deux aspects.

Parce que si tu le laisses partir seulement sur ta petite remarque par rapport à la coupe ou autre ce n’est pas bon, tu ne vas pas terminer ton travail. Et si des fois tu vas aller entamer une discussion sur un autre sujet dans le domaine de sa pratique de la religion, et de nouveau tu n’as pas certains arguments, on pourra te dire aussi que tu n’as pas fini ton travail, donc, de nouveau, tu dois être vigilant pour voir devant toi et faire une sorte de petite fiche signalétique et voir directement ce qui manque à cette personne et à ce moment là, lui proposer de l’accompagner.

En fait, il y a une hiérarchie dans les problèmes à traiter chez une personne

Il y a un exemple qui dit : « A quoi ça sert d’aller mettre une belle peinture sur une façade alors que l’intérieur de la maison est démoli !»

On veut les deux, il faut donc travailler sur les deux aspects, extérieur et intérieur.

 

Pour terminer, le dernier point, c’est que les gens qui conseillent, s’habituent à connaître les souches de la population pour savoir à qui on parle. Par rapport aux personnes, par exemple, si tu es face à une personne âgée et tu vois qu’elle est dans le mal et c’est peut-être ton oncle, ton père, est-ce que tu vas lui parler de la même manière que tu parles à un copain ?

Tout à  l’heure, on a donné l’exemple de Ibrahim avec son père.

Il faut faire attention à ce qu’il aime, quelles sont ses habitudes….

Il faut prêter attention aux problèmes dans lesquels il vit, parce que sa situation est peut-être catastrophique.

Par rapport aux pays aussi. Quelques fois, on quitte la Belgique et on va au pays voir de la famille qui vit à la montagne et qui n’a pas l’habitude d’entendre certains cours. On ne peut pas aborder certains sujets comme on en parlerait dans les pays européens.

Par exemple, on ne peut pas parler de choses qui touchent la nourriture, les aliments, les bienséances dans le boire et le manger dans un pays pauvre comme on en parlerait en Belgique où on peut manger 24 heures sur 24, juste en ouvrant la porte du réfrigérateur !!!

Ces gens là manquent peut-être de nourriture ! Il faut alors adapter le conseil à la situation de ces gens, à leur style de vie. Il faut comprendre comment fonctionne l’endroit dans lequel on est pour ne pas venir parler de sujets alors que dans cet endroit là ça ne fonctionne pas.

Par exemple, on vient donner des conseils sur le domaine de l’habillement alors que peut être que la personne vient d’un endroit où la personne, elle peut s’habiller en « qamis » tout le temps et elle va commencer à « critiquer » le mode vestimentaire des musulmans en Europe (pantalon, veste….). Il faut d’abord se renseigner sur le pourquoi de ces vêtements, discuter pour comprendre et après engager le débat pour faire passer le message.

 

En conclusion, conseiller est un art, il faut vraiment savoir comment se faufiler là dedans parce que ce n’est pas simple.

On n’est plus au temps des Compagnons où il s’agissait de gens ayant un niveau très élevé et où l’intention était belle, c'est-à-dire faire en sorte que tout le monde soit agrée par Allah et rentrer tous au Paradis.

Aujourd’hui les choses se compliquent, ça demande du tact, de la patience et aussi un apprentissage quant à la manière, aux arguments, et il faut avoir une très bonne intention et il ne faut attendre son bénéfice que d’Allah .

 

Conférence du frère Rachid Haddach

(Audio retranscrit par l'équipe sajidine à la demande de nos frères et soeurs malentendants )

 

 

 

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