La démonstration affective

 

La pensée islamique établit un fondement qu’elle rend légitime bien qu’évident, en ce qui concerne l’enfant : ce dernier qu’il soit fille ou garçon, est en droit de recevoir de l’amour, de l’affection de la part de son entourage pour que son épanouissement soit effectif.

 Dans cette dernière sous-partie, notre objectif est donc de démontrer, non pas qu’il faille au bonheur de l’enfant une quantité non négligeable d’attention, d’affection et d’amour, car cela est un fait établi, mais que l’islam partage largement ce point de vue, et qu’il dénonce l’indifférence, la négligence ou le manque de sentiment vis à vis des enfants, en général.

Trois points sont donc à considérer : d’abord il s’agira d’évoquer l’importance de la démonstration affective des parents à l’égard de leurs enfants, ensuite, nous verrons les récits prophétiques concernant la bienveillance qui doit leur être attribuée, enfin nous ferons le point sur la question de l’équité dans la relation éducative.

 

1) Importance de la démonstration d’amour et d’affection

Là encore les hadiths abondent pour finalement souligner quelques faits témoignant de la vie de l’époque ; les Arabes n’étaient pas de « grands sentimentaux », puisqu’ils se cachaient de l’affection qu’ils pouvaient éprouver vis à vis de leurs enfants, et s’étonnaient ouvertement des élans d’attention et d’amour que le Prophète Mohamed manifestait à l’égard de ses enfants, en particulier, et des enfants, en général.

Sans vouloir en faire une énumération fastidieuse, en voici quelques exemples pour le moins évocateurs :

Abou Houreïra a dit :

« L’Envoyé de Dieu embrassait El Hassan ben ‘Ali (son petit-fils), en la présence de El Aqra ben H’abis et Tamimi qui étaient là assis. Ce dernier observa alors : « Certes, j’ai dix enfants, et je n’en ais jamais embrassé un seul. » Là dessus, Le très saint Prophète le regarda, puis dit : « Qui n’est pas compatissant ne sera pas traité avec compassion » [ Rapporté par El Bokhari ]

La mère des Croyants, Aïcha raconta :

" Un jour, un bédouin vint trouver le Prophète et lui dit : « Vous embrassez vos enfants ? » Le Prophète répondit : « Que puis-je pour toi, si Dieu a ôté de ton cœur la tendresse ! »
 
[ Rapporté par El Bokhari ]

 Dans le recueil de El Bokhari, qui est classé par thèmes, nous pouvons lire les titres suivants, illustrés de quelques hadiths :

  • « DE  L’AFFECTION TÉMOIGNÉE À L’ENFANT : DES CARESSES ET DES BAISERS DU PÈRE » :

« Tabit raporte, d’après Anas, que le Prophète prit ibrahim, l’embrassa et le caressa.

Note : A Médine, le Prophète a eu un fils, Ibrahim, qui mourut avant l’âge de deux ans.


« Abou Qatada a dit :

« Le Prophète vint vers nous, portant sur son épaule Omama bent Aboul’l-As. Il fit la prière et chaque fois qu’il se prosternait il déposait l’enfant à terre et la reprenait chaque fois qu’il se relevait » [ Rapporté par El Bokhari ]

« Ibn Abou-N’om a dit :

« (…) J’ai entendu le Prophète dire que (ses) enfants étaient ses deux joies (*) dans ce monde » [ (*) traduction originale : « mes deux plantes parfumées » ]

 

  • « DU FAIT DE PRENDRE UN ENFANT SUR SES GENOUX »:

Osama ben Zeid rapporte ceci :

«  L’envoyé de Dieu me prenait sur l’un de ses genoux et faisait asseoir El Hassan sur l’autre ; puis il nous pressait contre  lui en disant : « O mon Dieu ! Sois-leur bienveillant car je les aime beaucoup. »

Enfin, rapportons ce dernier hadith, qui met en exergue une relation éducative centrée sur le jeu :

Abd Allah Ibn Al Harith a raconté :

" Le Messager de Dieu faisait s’aligner Abd Allah et Khathir, les fils de Abas, et leur disait : « Celui qui arrivera à moi le premier aura ceci et cela ! » Il accouraient vers lui et se jetaient sur son dos et sa poitrine, et lui, ils les  embrassait et les serrait contre lui » [ Rapporté par Hanbal ]

 

S’inspirant de la conception islamique, Hassan Amdouni fait une analyse intéressante concernant la relation à établir avec l’enfant avant l’âge de sept ans ; celle-ci est surtout centrée sur l’affect de l’enfant, l’attention qu’on lui porte (par le jeu, par exemple), les sentiments qu’on lui attribue sont autant de gestes anodins qui vont contribuer à tisser des liens solides entre lui et ses parents, et à renforcer sa personnalité.

L’auteur se prononce ainsi :

« Avant l’âge de sept ans, l’islam ne recommande même pas d’enseigner les modalités de la prière rituelle à l’enfant, qui n’a pas encore atteint l’âge de raison. Mais l’islam recommande essentiellement aux parents de jouer avec l’enfant. Jouer, c’est lui permettre de se développer en dehors des contraintes, c’est lui permettre d’imiter les adultes, de « faire comme si … »

C’est surtout tisser avec l’enfant des liens d’affection très serrés, dans lesquels il se sent en sécurité, dans lesquels il se sent aimé inconditionnellement : on ne lui demande rien, et on est prêt à tout faire avec lui, simplement parce qu’on l’aime. »

 

2) Importance de la bienveillance

En fait, que signifie être bienveillant envers les enfants ?

Tel que nous l’entendons, cela signifie leur manifester de l’intérêt, tant pour leur éducation, en la soignant, que pour leur personne, qui reste non moins importante du fait de leur petit âge.

Le Prophète lui-même a dit :

« Honorez vos enfants et soignez bien leur éducation ! »

Ici le terme a une double signification : on peut avant tout lui donner les synonymes tels que « respectez » ou « valorisez. » D’autre part, explique Hassan Amdouni:

« Il comporte également un sens de générosité, de don : on honore quelqu’un en lui offrant quelque chose. Et si l’on veut, pour les honorer, offrir quelque chose à ses enfants, il n’y a pas de meilleur cadeau qu’une bonne éducation. »

En effet, l’islam considère l’enfant au même titre que l’adulte, quand il s’agit du respect à lui accorder.

Ce point de vue part du principe que l’enfant est sensible et réceptif à l’attention qu’on lui accorde, aux avis qu’on lui demande, le négliger serait faire preuve d’indifférence à son égard, et reconnaître implicitement son non-existence, alors que le saluer, communiquer avec lui, lui fait prendre conscience qu’il est une personne digne de respect, à part entière.

D’autre part, on peut supposer qu’une action provoque une réaction, dans le sens où donner de la considération à
l’enfant suppose indéniablement qu’en retour il respecte ses aînés, c’est ici même que l’on retrouve le principe de
l’exemple, évoqué dans la première partie.

Des hadiths nous montrent qu’à l’époque, le Prophète Mohamed n’hésitait pas à traverser la rue, expressément pour aller saluer des enfants :

« Tabit El Bonani rapporte que Anas Ibn Malik passant auprès d’enfants les salua en disant que le Prophète agissait ainsi » [ Rapporté par El Bokhari ]

Dans un même registre, un autre récit nous est parvenu, évoquant le respect avec lequel le Prophète considérait les enfants :

Sahl Ibn S’ad a rapporté que l’on avait apporté à boire au Messager de Dieu , et qu’il avait alors bu. A sa droite, il y avait un enfant et, à sa gauche, des hommes âgés. Il avait alors demandé à  l’enfant :

- Me permets-tu de servir ceux-là ?

A quoi l’enfant avait répondu :

- Oh ! Certes non, par Dieu ! Quand il s’agit de toi, je ne céderai ma priorité à personne !

Alors le Messager de Dieu lui avait remis la coupe en main »
[ Rapporté par El Bokhari et Moslem ]

Hassan Amdouni apporte un éclaircissement à cette pratique en disant que « la Sunna exige, lorsqu’on sert des gens, de commencer par la droite, sans prendre en considération le rang social de la personne ou sa qualité. Ce hadith montre comment le Prophète considérait comme permis de commencer à servir une personne située à gauche, par respect pour elle (un personne plus âgée, par exemple), si toutefois la personne située à droite le permettait. »

 

3) Importance de l’équité dans la relation éducative

On pourrait dire que le principe d’équité représente le noyau dure de la pensée islamique, car il est le fondement même sur lequel repose la relation à l’autre, et j’ajouterai au nom de Dieu, par conséquent « l’islam ordonne aux musulmans d’être justes et équitables en parole, en actes et en jugements.» (cité par Cheikh Sadek Mohammed Charaf.) Bien entendu, la relation éducative n’échappe pas à ce principe, et nous nous rattacherons à ces paroles prophétiques pour le confirmer :

« Les justes seront auprès d’Allah, sur des trônes de lumière. Ce sont les personnes équitables dans les jugements qu’ils rendent, qui sont impartiaux dans leur famille, et envers ceux qui dépendent d’eux »
[ Rapporté par Moslem ]

Al Munajjid affirme que « tout en recommandant la justice dans les sentences judiciaires, l’islam a consacré à la famille, en tant que noyau de la société, un texte spécial qui rend ce concept impératif parmi ses membres (…).
L’islam a prescrit aussi la justice envers les enfants. Dans le hadith, on lit :

 « Craignez Allah et soyez justes envers vos enfants. »

On peut également remarquer l’insistance avec laquelle s’est exprimé le Prophète Mohamed pour inciter à la pratique de l’équité ceux qui ont à leur charge l’éducation d’enfants (qu’ils soient parents, ou professeurs. )

« Soyez équitables envers vos enfants !
Soyez équitables envers vos enfants !
Soyez équitables envers vos enfants !
[ Rapporté par Hanbal ]

Mais que signifie explicitement « Soyez équitables envers vos enfants ! » ?

Hassan Amdouni répond à cette  question en disant :

« Il s’agit d’être équitable en ce qui  concerne l’affection qu’on leur porte, les cadeaux et les récompenses qu’on leur donne, le temps que l’on consacre à chacun, ainsi qu’en matière d’entretien (nourriture, vêtements…) »

L’auteur ajoute que :

« Si les parents  manquent d’équité envers leurs enfants et en favorisent certains au détriment d’autres, ils inspireront de la rancœur et de la jalousie dans le cœur des autres enfants, vis à vis de l’enfant (ou des enfants) pour lequel les parents montrent une préférence. »

D’une manière générale, nous pouvons affirmer qu’un enfant négligé affectivement se sent dévalorisé et ne peut développer sa personnalité harmonieusement.

A travers un récit connu sous le nom de « Joseph », Yousouf sur lui la paix, le Coran fait également allusion aux répercussions néfastes issues de la préférence affectueuse d’un père pour ses plus jeunes fils au détriment des autres. C’est ainsi qu’il est dit dans la sourate Joseph :

"Il y avait certainement, en Joseph et ses frères, des exhortations pour ceux qui interrogent, quand ceux-ci dirent: «Joseph et son frère sont plus aimés de notre père que nous, alors que nous sommes un groupe bien fort
. Notre père est vraiment dans un tort évident.

Tuez Joseph ou bien éloignez-le dans n’importe quel pays, afin que le visage de votre père
se tourne exclusivement vers vous, et que vous soyez après cela des gens de bien "
[ Sourate 12 - Verset 7 à 9 ] 

 

 Conclusion
 

La démarche de notre étude était de démontrer que d’après la conception islamique, la relation éducative est inscrite sous les principes de respect et d’affection en vue de son épanouissement.

Toujours d’après la pensée islamique, ces principes de respect et d’affection doivent être appliqués dès la conception de l’enfant, et doivent se poursuivre lors de sa naissance ; maintes règles de bienséance sont exhortées pour sa venue au monde, pour sa nomination, visant à le valoriser. Dans cet esprit, les textes saints soulignent également l’importance des bonnes relations qui doivent être établies particulièrement avec les enfant-filles et les orphelins.

Notre démonstration se poursuit dans le cadre familial, en soulignant qu’en terme d’épanouissement de l’enfant, on retrouve dans les textes une exhortation à la bonne entente dans le couple, car c’est à travers lui que l’enfant s’identifiera.

La conclusion est que l’épanouissement de l’enfant dépend majoritairement de la qualité relationnelle entre ses parents.

Enfin, nous avons abordé deux aspects essentiels qui fondent la relation éducative : Le principe de discipline et celui des sentiments affectueux.

Pour ce qui concerne la discipline, l’islam y met un point d’honneur ; son but est de modeler l’âme de l’enfant pour qu’il se soumette aux préceptes divins dès le bas-âge. En effet, en obéissant à ces préceptes, via ses parents, sa vie individuelle, sa vie sociale, ainsi que sa vie religieuse seront menées à bien.

Ceci explique la fermeté avec laquelle la discipline doit être établie, mais on recommande également la douceur, l’indulgence, l’amour, la bienveillance et l’équité à l’égard de l’enfant ; En guise de transition, rapportons seulement ces quelques paroles de notre bien aimé Prophète Mohamed :

« N’est point un de nous celui qui n’a pas pitié des petits parmi nous,
et qui n’a pas d’égards pour les plus âgés parmi nous »
[ Rapporté  par Abou Daoud ]

« Celui qui ne respecte pas les droits de nos vieillards, qui n’est pas  bienveillant envers nos enfants, et qui ignore nos savants, nous ne le reconnaissons pas comme l’un des nôtres. »

 

 

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