Le Statut de l’Enfant dans les Textes

 

1 - L’enfant et les temps de l’ignorance ou jahiliya

 Dans l’Arabie antéislamique, l’usage était, pour bon nombre de polythéistes, d’enterrer vivants, au nom de leurs dieux, leurs nouveau-nés, principalement les enfants illégitimes et les filles, qui constituaient pour eux un déshonneur. Ainsi, l’infanticide était une pratique courante.

{ Ainsi les dieux de nombreux polythéistes leur ont fait croire qu’il était bon de tuer leurs enfants.
C’était dans le but de les faire périr eux-mêmes et de couvrir leur religion d’obscurité.
Ils ne l'auraient pas fait, si Allah l’avait voulu. Laisse-les Ô  Mohamed à ce qu’ils ont inventé }

[ Sourate 6 - Verset 137 ]

Voici un autre verset coranique démontrant le mépris qu’avaient les Arabes païens pour leurs filles :

{ (…) Lorsqu’on annonce à l’un d’eux la naissance d’une fille, son visage s’assombrit, il suffoque, il se tient à l’écart, loin des gens, à cause du malheur qui lui a été annoncé. Va-t-il conserver cette enfant, malgré sa honte, ou bien l'enfouira-t-il dans la poussière ? Leur jugement n’est t-il pas détestable.} [ Sourate 16 - Versets  57 à  59 ]

 

2 - Le statut de l’enfant revalorisé dans les textes

a -  Condamnation de l’avortement et de l’infanticide

Le Coran condamne fortement la pratique de l’infanticide, quant aux enfants illégitimes, ils ne peuvent être reconnus, mais étant présumés juridiquement libres, ils sont recueillis par la communauté musulmane, qui les adoptera.

Voici comment se prononce le Coran quant à l’interdiction de tuer les enfants : { Accablés par l’indigence, ne tuez pont vos enfants. Nous vous donnerons de la nourriture pour vous et pour eux. } [ Sourate 6 - Verset 151 ]

{ Ne tuez pas vos enfants par crainte de pauvreté ; Nous leur accorderons leur subsistance avec la vôtre. Leur meurtre serait une énorme faute. } [ Sourate 17 - Verset 31 ]

Le sens de « tuer » est à  prendre au sens large ; il vaut aussi bien pour le meurtre d’un enfant déjà né, que pour un foetus.  En effet, l’islam, considère que le fœtus est un être qui vit, car il a été insufflé du souffle divin, appelé communément l’âme, et seul Allah peut disposer des âmes.

Dans les cinq piliers de l’islam, cheikh Sadek Mohammed Charef  nous livre l’explication suivante : « Ni le père ni la mère n’ont le droit d’attenter à la vie du fœtus, c’est pour cela que l’avortement provoqué est interdit en islam, excepté dans les cas de nécessité impérieuse, lorsqu’il est prouvé par exemple que la vie de la mère et en réel danger si l’on ne met pas fin à  la grossesse. Le même auteur cite ce hadith ou tradition prophétique :

On demanda au Prophète quel était le plus grand des péchés. Il répondit :  

"C’est que tu donnes à Allah un associé égal à Lui, alors que c’est Lui Qui t’a crée ! " On lui demanda : « Et quoi encore ? «  Et il dit : « Que tu tues ton enfant de peur qu’il ne partages avec toi ta nourriture et que tu commettes l’adultère avec l’épouse de ton voisin ! » [Rapporté par Bukhari et Moslem ]

 

b -  Accueil du nouveau-né

D’après la pensée islamique, les enfants, qu’ils soient filles ou garçons, sont considérés comme des richesses, « des éléments de bonheur de ce bas-monde ». Et pour preuve, le Coran allie très souvent le terme d’enfants à celui de richesses ou  bien il assimile les enfants à « des choses excellentes » :

{ Allah vous a donné des épouses nées parmi vous, de vos épouses, Il vous a donné des enfants et des petits-enfants ; Il vous a accordé des choses excellentes... } [ Sourate 16 - Verset 72 ]

Les enfants sont donc « des signes de bonne nouvelle et de biens ; C’est un don d'Allah , et cela fait partie de l’islam que de se réjouir à la naissance d’un enfant, de féliciter les parent et de fêter l’événement  ». [ cité par Hassan Amdouni ]

Certaines règles de bienséance après la naissance d’un nouveau né ont été établies principalement par la tradition prophétique :

a - Il est souhaitable de prier pour l’enfant et de lui mettre des dattes à la bouche.

Selon Abou Moussa  : « J’ai eu un enfant, et je l’ai amené au Prophètequi lui a donné le nom d'Ibrahim, lui a mis des dattes et a prié pour lui et me l’a redonné. » [Rapporté par Al-Boukhâri et Muslim ]

Le terme ‘tahnikh’ signifie : mettre quelque chose délicieuse, datte ou miel, dans la bouche de l’enfant, le premier jour de sa naissance.

b) Il est permis de donner un nom à l’enfant au premier ou au septième jour de sa naissance. On a rapporté d’après Anas ibn Malick  que le Prophète a dit : «J’ai eu un enfant et je lui ai donné le nom de mon père.» [ Rapporté par Muslim,3126 ]

Aïcha - Qu'Allah soit satisfait d'elle - a dit :  « Le Prophètea baptisé Hassan et al Houseyn au septième jour (de leur naissance) et il leur a donné un nom.» [ Rapporté par Ibn Hibbane, Al-Hakim, et authentifié par Ibn Hadjar dans Fateh al-Bârri 589/9 ]

Le baptême et la circoncision : Selon Souleymane ibn Amir le Prophètea dit : « L’enfant a droit au baptême ; faites couler du sang et enlevez-lui les impuretés. » [ Rapporté par At-Tirmidhi ]

Selon Sumrata Ibn Dioundoub : le Prophète a dit que : « Tout enfant est un gage avant son baptême, on immole pour lui au septième jour, on lui donne un nom et lui rase la tête.» [ Rapporté par At-Tirmidhi,  Abou Daoud et  Nasai ]

 Quant à la circoncision, elle fait partie de la Sunna.

Selon Abou Houraya :   « Cinq actes font partie de la religion : circoncir, faire le deuil, épiler l’aisselle, tailler les ongles et couper les moustaches.» [ Rapporté par Al Boukhâri et Muslim ]

Les ulémas ont mentionné parmi les pratiques recommandées par la Sunna dans le cadre du baptême du nouveau-né la prononciation de l’appel à la prière sur à son oreille droite pour que le nom de l’unicité d’Allah soit le premier qu’il entend dans ce bas monde. Cela a un effet immense. Quant à la prononciation de l’annonce du début de la prière sur son oreille gauche, cela n’est pas confirmé. [ Voir As Silsilatou Ad-dayifa 1/491 ]

Il faut raser les cheveux de sa tête et enduir la tête du parfum ‘’Safaran’’ car il y’a dans cela beaucoup d’intérêts. Ensuite, on donne en aumône le poids en or ou en argent de ses cheveux. Il n’est pas exigé de peser les cheveux. Quand cela est difficile, on se contente seulement de sortir une pièce de monnaie de même valeur que le poids estimé en or ou en argent de ses cheveux. On donne en aumône cette valeur pour le bien de l’enfant.

 

c -  Recommandation en faveur des orphelins

C’est parce qu’ils sont démunis, car privés d’affection et de protection matérielle, et émotionnellement plus sensibles que les enfants entourés de la bienveillance parentale, que les orphelins ont suscité une attention particulière en islam.

Le Prophète lui-même orphelin, et Allah à travers le Coran, ont fait plusieurs recommandations en faveur des déshérités d’une manière générale, et des orphelins, en particulier.

C’est ainsi que nous lisons dans la sourate La Vache (qui est une sourate à caractère législatif) au verset  215 :

{ Ils t’interrogent au sujet de ce que vous devez dépenser : Dis : « ce que vous dépensez sera pour vos père, mère, vos proches, pour les orphelins, les pauvres et pour le voyageur - Allah connaît ce que vous faîtes de bien }

A côté des recommandations, le Coran expose des interdictions formelles imposées aux croyants quant à la relation à avoir avec l’enfant ayant perdu ses deux parents ou l’un des deux. Dans la morale du Coran Interdiction :

De toucher aux biens des orphelins, sauf de la manière la plus honnête (en vue de les mettre en valeur)  [ Sourate 4 - Verset 6], [ Sourate 6 - Verset 152 ]

De repousser l’orphelin [ Sourate 107 - Verset 2 ]

De lui faire quelque violence [ Sourate 93 - Verset 9 ]

De le traiter dédaigneusement [ Sourate 89 - Verset 17 ]

Le texte coranique insiste particulièrement sur la première interdiction, celle de protéger les biens des orphelins, considérés comme des biens sacrés que nul ne peut s’octroyer, même pas le tuteur de l’enfant. Dans la sourate 4, versets 2 et 6, nous lisons :

{ Rendez leurs biens aux orphelins (devenus majeurs). Ne prenez pas l’illicite en échange du licite (en substituant ce que les orphelins possèdent de bon à ce que vous posséder de mauvais) Ne substituez pas leurs biens en les confondant aux vôtres. C’est un crime énorme (…) Gardez-vous de les consumer par prodigalité ou en vous hâtant de les en priver avant qu’ils ne deviennent majeurs. }

Sous l’angle de la législation musulmane, il serait intéressant de soulever le problème du statut de l’enfant par rapport à son tuteur, quel est-il, l’enfant est-il considéré comme son fils adoptif, a-t-il les mêmes droits que ses enfants légitimes ?

En fait, les réponses apportées à ces questions sont doublement négatives, pour la simple raison que l’islam, non seulement ne reconnaît en aucun cas l’adoption filiale, mais il l’interdit catégoriquement, mettant ainsi fin à une pratique préislamique qui consistait à se choisir un enfant et à l’insérer à part entière au sein de sa famille. « Ceci est un acte contre nature » affirme Cheikh Sadek, car il « autorise une personne étrangère à la famille de bénéficier et de jouir illégalement de tous les droits d’un enfant légitime. »

De plus, cet enfant « va considérer à tort que les personnes de son entourage constituent sa véritable famille et, de ce fait, il va tout naturellement s’interdire d’épouser une prétendue sœur ou prétendu frère (selon le cas), alors que ces personnes lui sont en réalité étrangères et qu’il est tout à fait en droit de les épouser. Sous cette optique, « l’enfant adoptif va pouvoir hériter illégalement de ses faux parents et, par-là, il va peut être priver indûment les vrais ayant droit d’une part légitime de leur héritage. » Voici ce que disent les textes saints :

{ Il n’a point fait de vos enfants adoptifs vos propres enfants. Ce sont des propos que sortent de vos bouches ! Mais Allah dit la vérité. Et c’est Lui qui met (l’homme) dans la bonne direction. Appelez les du nom de leur père, c’est plus équitable devant Allah. Mais si vous ne connaissez pas leur père, alors considérez-les comme vos frères en religion ou vos alliés. } [ Sourate 33 - Versets 4-5 ]

Si la formule de l’adoption, par reconnaissance filiale, est interdite, le musulman, peut très bien prendre à sa charge un orphelin ou en enfant naturel, afin de l’élever, mais tout en lui faisant savoir son histoire, à savoir qu’il est le fils d'un autre. D’ailleurs, l’islam encourage et recommande cette dernière formule, et autorise de « faire des dons en espèce ou en nature à  l’enfant adoptif en lui léguant par testament une partie de l’héritage, sans toutefois en dépasser le tiers. »

Voici ce que dit le prophète Mohamed à l’égard des orphelins, et de ceux qui en prennent soin :

Selon Abou Houreyra le Messager d'Allah a dit : « Celui qui entretient l’orphelin (qu’il soit ou non de sa famille) sommes, lui et moi dans le Paradis comme ces doigts. » Le narrateur (Malek Ibn Anas) montra ses deux doigts (l’index et le majeur, c’est à dire côte à côte.) [ Rapporté par Muslim ]

 

d) Recommandation en faveur des filles

     L’éducation des filles a longtemps été laissée pour compte dans la société arabo-islamique, même de nos jours, car l’enfant-fille est porteuse de préjugés largement répandus ; Elle est le reflet de l’honneur de la famille, d’où la sévérité de son éducation, plus fondée sur la tradition sociale, donc teintée de superstition, de crainte et de soumission aveugle, et bien sûr, de mauvais traitements qu’elle subit de la part de ses aînés ou éducateurs. N’oublions pas qu’elle fut jadis sujette à des ensevelissement lorsqu’elle venait au monde (pratique qui était courante dans la péninsule arabique avant l’avènement de l’islam.)

Nefissa Zerdouni introduit son chapitre sur l’éducation des filles en milieu traditionnel algérien ainsi : « Accueillie sans enthousiasme, même par la maman qui a peut être souhaité que son premier bébé soit féminin mais qui sait bien que l'entourage est consterné, la fille aura une enfance très différente du garçon (…) Sa personnalité est systématiquement étouffée, c’est à dire qu’elle est dans l’impossibilité de se révéler et de s’épanouir. Toute notion d’initiative, de devoir et de responsabilité sera plus tard amoindrie dans le comportement féminin »

Dans les textes saints, et nous l’avons vu plus haut, la condamnation de l’infanticide (ensevelissement des filles) est très forte. Donc, les recommandations en faveur d’une bonne éducation des filles sont nombreuses et insistantes ; l’équité, la démonstration affective, la justice, le respect sont les mot-clefs qui doivent régir la relation entre l'enfant-fille et ses éducateurs. Dans son énumération des concepts de justice sociale, voici ce que dit Cheikh Al Munajid :

« L’islam a prescrit aussi la justice envers les enfants. Dans le hadith, on lit « Craignez Allah et soyez justes envers vos enfants » [ Rapporté par El Boukhari ]

L’auteur  approfondit un peu plus le sujet en exposant l’analyse d’un juriste : « il n’est pas permis à un individu de faire une donation ou une aumône (qu’elle soient d’ordre affectif ou matériel) à l’un de ses enfants, à moins d’en faire autant à chacun d’eux, ni de favoriser un garçon sur une fille, et vice versa, sous peine de nullité. » Voici pour ce qui concerne le hadith :Anas a rapporté qu’un jour « un homme était assis en compagnie du Prophètelorsque son fils vint auprès de lui : il l’embrassa et le fit asseoir sur ses genoux. Vînt ensuite sa fille, il la prit et l’assit à côté de lui.  Alors le Messager d'Allah lui dit : « Tu n’as vraiment pas été équitable. » Le traducteur note que « non seulement il n’a pas embrassé sa fille comme il avait embrassé son fils, mais encore, il ne l’a pas prise sur ses genoux : il lui a donc montré moins de tendresse. »

Une autre tradition prophétique est rapporté par El Boukhari : Aïcha a raconté ceci :

« Une femme vint à moi, accompagnée de ses deux filles, me demander l’aumône. Je ne trouvai rien auprès de moi, sauf une unique datte que je lui donnai. Et elle de la partager en deux entre ses filles.  Puis elle se leva et partit. Le Prophèteentra alors et je lui racontai la chose. Il dit : « Pour celui qui a été affligé en quelque manière du fait de ses filles et qui a été bon avec elles, celles-ci seront une protection contre le feu» (sous-entendu de l’enfer)

Bien sûr, il ne faut pas lire ce texte au premier degré, car je pense qu’il y a une symbolique derrière ce récit ; L’objet du partage n’est pas important en soi, seul le partage équitable envers ses propres filles est à considérer, ainsi que la privation de la mère, qui a préféré nourrir ses filles, en premier lieu, malgré sa propre faim.

Enfin, un autre hadith complète ce dernier :

« Celui qui élève deux filles jusqu’à ce qu’elles atteignent leur pleine maturité, viendra au Jour du Jugement, sur le même pied d’égalité que moi » .

C’est à dire qu’il les aura nourries, vêtis, instruites.

 

     Concernant ce récit, Hassan Amdouni apporte une explication à propos du statut de la fille en islam : « En droit musulman, une fille arrive à sa maturité lorsque, étant en âge de se marier, elle contracte effectivement  mariage et passe ainsi de la responsabilité de son père à la responsabilité de son mari. En effet, l’islam impose au père (ou tuteur) de prendre en charge l’entretien des enfants, et plus spécialement des filles. » Il est vrai qu’une fille ou une femme ne doit jamais être contrainte à subvenir à ses besoins (elle peut disposer d’une fortune personnelle sans toutefois y avoir recours), son père ou son mari a le devoir de veiller à ce qu’il ne manque de rien. Amdouni ajoute à ce propos « qu’en islam, on ne conçoit pas qu’il y ait une limite d’âge au-delà de laquelle une fille n’aurait plus droit à l’entretien, ainsi qu’à l’aide et à la protection morale qui lui sont corrélatives. » Et cela n’enlève rien au fait qu’une fille pubère non mariée ou même une femme mariée est considérée comme une personne civilement responsable, et « le fait qu’on pourvoie à son entretien ne diminue en rien son statut personnel et ne la prive pas de son droit à disposer d’elle-même. »

Voici un hadith qui relate la relation qu’entretenait le Prophète Mohamedavec sa propre fille Fatima  - Qu'Allah soit satisfait d'elle - : La mère des croyants, Aïcha   - Qu'Allah soit satisfait d'elle - (épouse du Prophète) a dit :

« Je n’ai jamais vu une personne qui ressemblât autant au Messager d'Allah, tant pour la façon d’être que pour la guidance ou pour la dignité, que fatima : lorsqu’elle entrait chez lui, il se levait pour aller à  sa rencontre, il la prenait par la main, l’embrassait et la faisait asseoir à sa place ; Et lorsqu’il entrait chez elle, elle se levait, le prenait par la main, l’embrassait et le faisait asseoir à sa place ! »

 

 

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