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Les émigrants restèrent en Abyssinie durant les mois de Cha’aban et de
Ramadan. Pendant ce temps à la Mecque, alors qu’il était au milieu de la foule,
où se trouvaient également les notables de Qouraïch, le Prophète récita la
sourate « les étoiles ». Frappés par cette parole divine, splendide et élégante,
les Qouraichites prêtèrent une oreille attentive et se prosternèrent lorsque le
Messager d’Allah
récita :

{ Prosternez-vous donc à Allah et adorer-Le } [
Sourate 53 : verset 62 ].
Lorsqu’ils se rendirent compte que la grandeur de
la parole d'Allah
les avait conduits à lâcher du lest, pour effacer cette erreur
de leur part, ils se mirent à commettre dans toute la mesure du possible, les
mêmes actes qu'auparavant. Ils ne cessaient d’adorer les idoles et de persécuter
les croyants.
L'information parvint à ceux qui avaient émigré en Abyssinie
mais sous une forme totalement différente de la réalité. On leur raconta que les
Qouraichites s'étaient convertis à l'islam en conséquence de quoi ils revinrent
à la Mecque au mois de Chawwal (le dixième mois lunaire) de la même année.
Parvenus à
proximité de la Mecque, ils s’aperçurent que la conversion des Qouraichites
était illusoire. Certains décidèrent d’entrer clandestinement à la Mecque et
furent de nouveau exposé aux supplices, les autres retournèrent en Abyssinie. De
nouveaux groupes de croyants les y rejoignirent et leur nombre fut estimé à plus
de 80 personnes.
Qouraich Envoie
Deux Hommes En Abyssinie
Lorsque les Qouraichites apprirent que les émigrants s’étaient établis
en sécurité en Ethiopie, ils décidèrent d’envoyer deux hommes fermes et robustes
de Qouraïch à Al-Najashi (le Négus, roi d’Abyssinie) pour qu’il renvoie les
émigrants et les expulsent de son pays. Ils envoyèrent alors ‘Abdullah Ibn Abi
Rabi’a et ‘Amr Ibn Al-‘As, chargés de cadeaux à l'intention du Négus et de ses
généraux.
Les deux hommes arrivèrent chez les patriarches auxquels ils
fournirent des arguments en faveur de l'expulsion des musulmans et leur
offrirent les cadeaux afin d’obtenir leur soutien dans leur plaidoirie auprès du
Négus. Après cela, ils rencontrèrent le Négus et lui offrirent également des
présents que ce dernier accepta.
Ils lui parlèrent ensuite en ces termes : « Ô
Roi ! Des jeunes gens insensés se sont réfugiés dans votre pays. Ils ont quitté
la religion de leur peuple et n'ont pas pour autant embrassé la vôtre. Ils ont
suivi une religion qu'ils ont créée de toutes pièces et que personne ne connaît,
ni nous, ni vous-mêmes. Aussi, avons-nous été dépêchés auprès de vous par les
nobles de leur peuple, par leurs pères, leurs oncles et leurs clans qui vous
demandent de les leur rendre, car ils veillent sur eux mieux que quiconque et
savent mieux que quiconque ce qu'ils ont eu à leur reprocher ». Les généraux
dirent : « Ô Roi ! Livre-les à ce deux hommes pour qu'ils retournent avec dans
leur pays et auprès de leur peuple ».
Le Négus tenait, avant de prendre
sa décision, à examiner la question et à écouter toutes les parties. Il envoya
donc chercher les musulmans qui, ensuite, se présentèrent, prêts à dire la
vérité sous toutes ses formes. Le Négus leur dit : « Quelle est donc cette
religion pour laquelle vous vous séparez de votre peuple, sans embrasser la
mienne, ni aucune des autres religions ? ».
Et nous verrons
prochainement, incha Allah, quelle fut la réponse de Ja’far Ibn Abi Talib, le
cousin du Prophète .
Donc le Négus interrogea les musulmans : « Quelle est donc cette
religion pour laquelle vous vous séparez de votre peuple, sans embrasser la
mienne, ni aucune des autres religions ? »
Ja'far ibn Abi Talib , en qualité
de porte-parole dit :
« Ô roi ! Nous faisions partie des gens de l'ignorance et
comme eux, adorions les idoles, mangions de la bête morte, pratiquions les
turpitudes, rompions les liens de parenté et maltraitions nos voisins. Les plus
forts parmi nous se nourrissaient des plus faibles. Nous vivions ainsi jusqu'au
jour où Allah nous envoya un Messager qu'il choisit parmi nous, un Messager dont
nous connaissons la généalogie, la franchise, l'honnêteté et la chasteté. Il
nous a appelé à croire en un Dieu unique que nous devons adorer, et à abandonner
tout ce que nous adorions autre que Lui, nous et nos ancêtres, comme pierres et
idoles. Il nous a ordonné de dire la vérité, d’être fidèles à nos engagements,
d’honorer les liens de parenté, d’assurer le bon voisinage, d’éviter le crime et
le versement du sang. Il nous a interdit la turpitude, le mensonge, l'abus des
biens des orphelins et l'accusation des femmes vertueuses. Il nous a ordonné
d'adorer Allah, Lui Seul, sans L'associer à rien ni à personne, d’accomplir la
prière, de s'acquitter de la Zakat et d'observer le jeune.
Nous avons cru en
lui et nous l'avons suivi en ce qui lui venait d’Allah : nous avons adoré Allah,
Lui Seul, sans Lui associer aucun autre ; Nous avons considéré comme illicite ce
qu'on nous a interdit et comme licite ce qu'on nous a autorisé. Alors notre
peuple nous a agressés, torturés, tourmentés à cause de notre religion, afin de
nous faire retourner à l'adoration des idoles au lieu d'Allah le Très Haut, et
aux perversités que, jadis, nous considérions comme licites. Lorsqu'ils nous
eurent contraints, lésés de nos droits, réduits à la misère, ne nous laissant
aucune chance de pratiquer notre religion, nous sommes partis vers votre pays ;
Nous vous avons choisi à l'exclusion des autres, pour être sous votre protection
et nous espérons, ô roi, qu'auprès de vous, nous ne subirons aucune forme
d'injustice ».
Le Négus dit alors : « Peux-tu me dire tant soit peu de ce
qu'Allah a révélé ? ». Ja'far
répondit : « Oui ». Le Négus lui dit : « Récite-le
moi ». Ja'far lut des passages de la sourate Mariam. Le Négus pleura alors
jusqu’à mouiller sa barbe. Ses évêques pleurèrent aussi à mouiller leurs livres
lorsqu'ils eurent entendu la sourate. Le Négus dit ensuite aux évêques : « II ne
fait pas de doute que ceci et ce que ‘Issa avait apporté sortent de la même
niche ». Se retournant vers les deux émissaires, il dit : « Partez ! Par Allah,
je ne vous les livrerai pas. Ils sont sous ma protection ».
Quand ‘Amr Ibn Al-‘As et son compagnon sortirent, le premier dit
au second : « Je jure par Allah que demain je reviendrai avec de quoi les faire
expulser ». ‘Abdullah Ibn Rab’ia s'adressa à lui en ces termes : « Ne le fais
pas car ils sont nos parents, même s'ils nous ont contrariés ». Cependant ‘Amr
Ibn Al-‘As persista dans sa démarche et, le lendemain, il dit au Négus : « Ô roi
! Ils disent des choses étranges au sujet de ‘Issa, le fils de Mariam.
Faites-les venir et questionnez-les sur ce sujet ».
Celui-ci envoya chez les
musulmans leur demander ce qu'ils disaient au sujet du Messie. Les musulmans se
trouvèrent dans l’embarras mais s'entendirent entre eux pour ne dire que la
vérité. Dès leur arrivée, à la cour, le Négus les interrogea et Ja'far répondit
: « Nous disons de lui ce que nous a enseigné notre Prophète à savoir que ‘Issa
est le serviteur d’Allah, Son messager, Son esprit et Sa parole qu’Il a insufflé
à la vierge Mariam ».
Le Négus ramassa un bâton à terre et dit : « Par Allah
! Ce que tu viens de dire ne dépasse la vérité sur ‘Issa Ibn Mariam d’une
longueur plus grande que ce bâton ». Voyant que ses généraux grommelèrent, il
leur dit : « Ne vous en déplaise ! ». Il dit ensuite aux musulmans : « Allez !
Vous êtes en sécurité dans mon pays, quiconque vous insulte paiera une amende,
quiconque vous insulte paiera une amende, quiconque vous insulte paiera une
amende. Je n'aimerais pas avoir une montagne d'or si je devais l'obtenir en
portant préjudice à l'un d'entre vous ».
Il ordonna que l’on rende les
cadeaux aux deux émissaires de Qouraïch qui sortirent renfrognés avec tout ce
qu'ils avaient apporté. Les émigrant demeurèrent ainsi dans ce pays hospitalier,
entourés des meilleurs voisins.

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