L'Islam attend de son adepte qu'il ait une conscience vigilante pour préserver les droits de Dieu et ceux des hommes et pour protéger les actions contre les méfaits de l'insouciance et de la négligence. C'est pourquoi il impose au musulman d'être intègre (Amîn).

     Or, l’amanat aux yeux du législateur a une signification très large qui renvoie à des sens multiples qui se ramènent tous au sentiment de responsabilité que l'individu ressent dans toute affaire qu'on lui confie et à sa conviction qu'il doit en répondre devant son Seigneur selon la modalité définie par le hadîth suivant :

"Chacun de vous est un berger et chacun de vous est responsable de son troupeau. Ainsi, l’Imâm est un berger responsable de son troupeau, l’homme est un berger dans sa famille, responsable de son troupeau, la femme dans le foyer de son époux est une bergère, responsable de son troupeau, le serviteur est un gardien des biens de son maître, responsable de ce qu'il garde". Ibn 'Omar, le rapporteur de ce hadîth, ajoute : "J’ai entendu ces phrases de la bouche du Prophète et je crois qu'il a dit aussi: l’homme est un gardien des biens de son père, responsable de ce qu'il garde" [ Rapporté par Al-Bukhârî ].

 

     Or, les gens du commun ne retiennent de l’amanat que son sens le plus étroit et le dernier dans sa classification, à savoir le fait de garder les dépôts confiés, bien que la réalité de l’amanat dans la religion de Dieu est plus grande et plus pesante. C'est une obligation que les musulmans se recommandent les uns aux autres de préserver et ils demandent le soutien de Dieu pour la sauvegarder. C'est tellement vrai que, lorsque le fidèle s'apprête à partir en voyage, son frère lui dit: "Je confie à Dieu ta Foi, ta amanat et tes actions ultimes" [ Rapporté par At-Tirmidhî ].

 

     En plus Anas rapporte ceci: "Chaque fois qu'il nous faisait un prône, l’Envoyé de Dieu disait toujours: Point de Foi pour celui qui n'a pas d'amanat. Point de religion pour celui qui ne respecte pas son engagement" [ Rapporté par Ahmad ].

 

     Comme le bonheur suprême consiste pour l’homme à se prémunir contre une vie malheureuse ici-bas et un mauvais retournement dans la Vie future, l'Envoyé de Dieu a réuni dans son imploration de refuge auprès de Dieu contre ces deux états en disant: "Ô mon Dieu ! Je cherche refuge auprès de toi contre la faim, car c'est le pire Compagnon, et je cherche refuge auprès de Toi contre la traîtrise, car c'est la pire des doublures" [ Rapporté par Abû Dâwud ]. En fait, la faim est une perte de la vie et la traîtrise est une perte de la Foi.

     Du reste, au cours de la première partie de sa vie, avant l'annonce de sa Mission, l'Envoyé de Dieu était surnommé al-Amîn (l’Intègre) parmi son peuple.

     De même, les signes de l’amanat se sont manifestés dans l'attitude de Mûssa (Moïse) lorsqu'il abreuva les bêtes des deux filles de l’homme pieux de Madian en les traitant avec bienveillance, en respectant leur féminité et en se comportant envers elles avec piété et noblesse :

{Mûssa abreuva leurs bêtes, puis il se retira à l'ombre. Il dit: Mon Seigneur! J’ai grand besoin du bien que Tu feras descendre sur moi ! Une des filles vint à lui en s'approchant avec pudeur. Elle dit: Mon père t'appelle pour te récompenser d'avoir abreuvé nos bêtes. Mûssa se rendit auprès de lui et lui raconta son histoire. Le vieillard dit: Ne crains rien! Tu viens d'échapper aux injustes. Une des deux filles dit: ô mon père! Engage-le à ton service, moyennant salaire. Il est vraiment le meilleur de ceux que tu pourrais engager. Il est fort et intègre} [ Sourate 28 : versets 24-26 ].

Cet épisode s'est déroulé avant l'avènement de la Mission de Mûssa et son Envoi au Pharaon.

 

     Ceci est indéniable, car les envoyés de Dieu sont choisis parmi les meilleurs hommes de souche et de caractère nobles. C'est dire que l'âme qui demeure attachée à la vertu malgré l'extrême pauvreté et la solitude due à l'éloignement ne peut être que celle de L’homme fort et intègre. Car la sauvegarde des droits de Dieu et ceux des humains exigent un caractère moral que n'affecte pas la succession des joies et des peines. Voilà la substance de l'amanat.

 

      Parmi les sens de l’amanat il y a le fait de placer chaque chose à l'endroit qui lui convient et qu'elle mérite. Ainsi, on ne confie un poste qu'à celui qui mérite de l'assumer et on ne nomme à une fonction que l’homme dont la compétence l'élève à ce niveau. Du reste, le fait de considérer les mandats et les fonctions publiques comme des charges et des amanat est parfaitement attesté dans plusieurs traditions :

     En effet, Abû Dhar  rapporte ceci: "J'ai dit: Ô Envoyé de Dieu! Si tu m'engageais comme responsable! Il a frappé de sa main mon coude puis il a dit: ô Abû Dhar ! Tu es faible, et c'est une amanat. Et au Jour de la Résurrection, c'est une source de honte et de regret, sauf pour celui qui l’a assumé selon les exigences requises et s'est acquitté de ses obligations envers elle" [ Rapporté par Muslim ].

 

     La compétence scientifique ou pratique n'est pas nécessaire pour réformer l'âme. Pourtant l’homme peut avoir une conduite vertueuse et une Foi irréprochable, mais il lui manquera les compétences requises pour être productif et utile dans une fonction déterminée. Ne vois-tu pas le Prophète Yûssuf (Joseph) al-Siddîq (Le Véridique) ? Il ne s'est pas porté candidat pour la gestion des Finances de l'Egypte en faisant seulement valoir sa Prophétie et sa piété mais surtout sa compétence:

 {Joseph dit (au Roi) : Confie-moi l'intendance des dépôts de ce pays, j'en serai le gardien compétent}    [ Sourate 12 : verset 55 ].

 Il en va de même de l'exemple d'Abû Dhar qui a demandé qu'on lui confie les affaires d'une province. Quand l'Envoyé de Dieu a vu qu'il n'en avait pas la compétence, il l’a mis en garde contre une telle demande.

     C'est pourquoi l'amanat exige qu'on ne choisisse pour les affaires publiques que les meilleurs hommes qui peuvent s'en charger, car si nous leur préférons d'autres hommes par simple passion ou concussion ou soumission aux exigences des liens de parenté nous aurions, en écartant l’homme compétent et en nommant l'homme incapable, commis une grande trahison. En effet, l'Envoyé de Dieu a dit:

"Celui qui nomme un homme à la tête d'un groupe en sachant qu'il y a dans ce groupe un homme qui satisfait mieux Dieu que le premier, aura trahi Dieu, son Envoyé et les croyants" [ Rapporté par Al-Hâkim ].

 

De même Yazîd Ibn Abû Sufyân rapporte ceci:

"Le premier Calife Abû Bakr m'a dit en m'envoyant au Sham : ô Yazîd ! Tu as des proches (là-bas) et tu vas peut-être les faire bénéficier de privilèges du fait de ton poste comme gouverneur de cette Province. C'est la chose que je crains le plus pour toi: car l’Envoyé de Dieu a dit: Celui qui a la charge des affaires des musulmans et qui nomme à leur tête un homme par favoritisme encourra la malédiction de Dieu, et Dieu n'acceptera aucune bonne oeuvre de lui et le fera jeter en Enfer" [ Rapporté par Al-Hâkim ].

     Du reste, la Nation où l'amanat n'existe pas est une nation dans laquelle le favoritisme affecte les intérêts généraux et fait fi des valeurs des fins des temps. En effet:  "Un homme est venu interroger l’Envoyé de Dieu en lui disant: Quand sonnera la dernière heure ? Il lui a répondu: quand l’amanat ne sera plus respectée, attend l’arrivée de l’Heure. L’homme a dit: Comment ne sera-t-elle plus respectée ? ll lui a dit: Quand les affaires seront confiées à ceux qui ne le méritent pas, attend l’arrivée de l’heure" [ Rapporté par Al-Bukhârî ].

 

      La signification de l’amanat implique également que l'individu s'attache à accomplir parfaitement son devoir dans le travail qui lui est confié et à déployer toute son énergie pour les mener à bonne fin. Certes, c'est cela l'amanat glorifiée par l'Islam ; l'homme doit être sincère dans son travail, il s'attache à l'accomplir minutieusement et à veiller sur les droits de gens qu'il a en charge. Le fait qu'un individu néglige et méprise ce qu'on lui a confié - même s'il s'agit d'une chose de peu d'importance conduit à des négligences dans la vie du groupe entier et à la propagation de la corruption au sein de l'édifice de la Nation et à son écroulement.

L'Envoyé de Dieu a dit:

"Lorsque Dieu rassemblera au Jour de la Résurrection tous les hommes depuis la première jusqu'à la dernière génération, chaque traître verra dressé à ses côtés un étendard par lequel on le reconnaîtra. On dira alors: voici la trahison d'un tel..." [ Rapporté par Al-Bukhârî ].

Dans une autre version : "Chaque traître aura un étendard collé dans le dos et élevé selon sa trahison. Et il n’y a pas plus grand traître que lorsqu'il s'agit du responsable d'un groupe" [ Rapporté par Muslim ].

 C'est-à-dire qu'il n'y a pas de trahison plus grande, aux conséquences les plus graves, que celle d'un homme auquel on a confié des affaires de personnes qu'il a négligées.

 

      L'amanat consiste aussi en ce que l'homme n'exploite pas le poste où il a été nommé pour en tirer des bénéfices personnels ou pour ses proches, car puiser dans les deniers publics est un crime. Or, il est de notoriété que les gouvernements ou les sociétés accordent à leurs employés des salaires bien précis, donc se procurer des sommes supplémentaires par des voies détournées, c'est acquérir des gains illégaux.

     L'Envoyé de Dieu  a dit:  "Celui que nous nommons à un poste en lui fixant une rémunération, tout ce qu'il se procurera en dehors de cette rémunération sera une fraude".

 Car c'est voler l'argent de la communauté qui devrait être dépensé en faveur des nécessiteux et des défavorisés et consacré aux intérêts généraux. En effet, Dieu dit:

{Quiconque fraude, viendra avec son péché le Jour de la Résurrection. Chaque homme recevra alors le prix de ce qu'il aura accompli. Personne ne sera lésé} [ Sourate 3 : verset 161 ].

Quant à celui qui s'en tient dans sa fonction aux Règles de Dieu et répugne à trahir le devoir qu'il assure, il est considéré auprès de Dieu comme un Mujâhid qui s'active pour faire triompher la religion de Dieu et rehausser Sa Parole. L'Envoyé de Dieu  a dit:

"Quand l’homme qui a assumé une charge publique agit avec équité dans ses rapports avec ses administrés, il ne cesse d'être comme le combattant (al-Mujâhid) dans le chemin de Dieu jusqu'à ce qu'il rentre chez lui" [ Rapporté par Al-Bukhârî ].

     Du reste, l'Islam a beaucoup insisté sur la nécessité de s'abstenir de tout trafic d'influence et a montré beaucoup de fermeté dans le rejet des gains suspects.

     ‘Adiy Ibn Omayra rapporte ceci: j'ai entendu l'Envoyé de Dieu  dire:

"A chacun d'entre vous à qui nous confions une charge et qui nous cache depuis l'aiguille et plus, son acte constitue une fraude pour laquelle il répondra au Jour de la Résurrection. Un homme noir parmi les Ansârs (Auxiliaires) présents se leva - comme si je le voyais maintenant - et dit: Ô Envoyé de Dieu ! Décharge-moi de ce que tu m'as confié! Il lui dit: Qu'as-tu ? L’homme dit: Je t'ai entendu dire ceci et cela ...Il dit : Et moi je le dis en ce moment :  Celui à qui nous confions une charge doit apporter tout ce qu'il reçoit qu'il s'agisse de petite ou de grande valeur. Ce qui lui est permis de prendre qu’il le prenne, et ce qui lui est interdit de prendre qu'il s'abstienne de le faire" [ Rapporté par Muslim ].

     On rapporte que le Prophète a confié à un homme de la tribu des Azd appelé Ibn al-Lutbiyya la collecte de l'Aumône légale. A son retour à Médine, cet homme a dit: "Ceci est pour vous et ceci m'a été offert en cadeau». L'Envoyé de Dieu se lève alors et dit après avoir loué et complimenté Dieu:

"Soit, je confie à un homme d'entre vous une charge parmi celles que Dieu m'a confiées et il vient dire: Ceci est pour vous et ceci un cadeau qu'on m'a offert. Pourquoi ne reste-t-il pas dans la maison de son père et de sa mère pour que son cadeau vienne jusqu'à lui s'il était vraiment sincère ? Par Dieu! Chacun de vous qui s'empare illégitimement de quelque chose répondra devant Dieu le jour de la Résurrection de ce qu'il a pris et je ne reconnaîtrai aucun d'entre vous qui rencontrera Dieu en ayant à sa charge un chameau un mugissant, une vache beuglant ou une chèvre bêlant. Puis il a levé ses bras jusqu'à ce qu'on ait vu la blancheur de ses aisselles en disant: ô mon Dieu! Ai-je transmis !" [ Rapporté par Muslim ].

 

      La signification de l’amanat consiste aussi pour toi à méditer sur tes sens qui sont un bienfait de Dieu, sur les dons qu'Il t'a accordé en propre et sur les biens et les enfants que tu as reçus pour bien comprendre que ce sont des dépôts chers que Dieu t'as confiés. Aussi, tu dois t'en servir pour avoir Sa proximité et en user pour bénéficier de Son agrément. Si tu es éprouvé par le fait d'en être privé ne cède pas à la panique en croyant illusoirement qu'on t'a privé de tes propres possessions, car Dieu a la préséance sur toi et sur ce qu’Il t'a donné ; à Lui appartiennent ce qu'Il a pris et ce qu'Il a donné. Si tu es éprouvé par la garde de ces biens, tu ne devrais pas être lâche dans le jihâd, en être séduit dans l'obéissance ou en être rassuré dans la désobéissance.

     Allah  a dit:

{Ô vous qui croyez! Ne trahissez ni Dieu, ni Son Prophète ; vous ne respecteriez donc pas les confiés, alors que vous savez ? Sachez que vos biens et vos enfants constituent pour vous une tentation, mais qu'une récompense sans limites se trouve auprès de Dieu} [ Sourate 8 : versets 27-28 ].

 

      La signification de l’amanat implique également de respecter les obligations des réunions privées auxquelles tu assistes en interdisant à ta langue de répandre leurs secrets et de rapporter ce qui y est dit. Combien de fils sont rompus et combien d'intérêts sont affectés à cause du mépris de certains pour l’amanat des réunions confidentielles en rapportant les conservations qui s 'y échangeaient; peu importe d'ailleurs qu'on les attribue ou non à leurs auteurs.

 

En effet, l'Envoyé de Dieu  a dit:  " Si un homme échange avec un autre une conversation puis s'en va, ce qu'il a dit est une amanat" [ Rapporté par Abû Dâwud ].

La sacralité des propos des réunions privées, confidentielles se préserve tant que ce que s'y dit et s'y fait obéit aux règles de politesse et de prescription de la Foi, car sans cela ces réunions perdent leur sacralité.

     C'est pourquoi le fidèle musulman, qui assiste à une réunion où les criminels complotent contre autrui en vue de lui nuire, est tenu de les en empêcher autant qu'il peut sans les provoquer.

En effet, l'Envoyé de Dieu  a dit:

" Dans toute réunion on est tenu par l’amanat, sauf dans trois cas: s'il s'agit d'une réunion où l'on prône l'effusion d'un sang illicite, où l'on encourage la fornication, où l'on cherche à s'emparer illégitimement d'un bien" [ Rapporté par Abû Dâwud ].

De même, les rapports conjugaux ont, aux yeux de l'Islam, une sacralité particulière. Ainsi, les secrets de la vie du couple doivent être scrupuleusement gardés et soustraits aux indiscrétions d'autrui quels que soient les liens de parenté. Or, les gens stupides du commun répandent souvent ce qui se passe entre eux et leurs épouses. C'est là une abjection interdite par Dieu.

     Asma Bent Yazîd rapporte, pendant qu'elle se trouvait en présence de l'Envoyé de Dieu  en compagnie d'autres hommes et femmes qui étaient assis, qu'il a dit:

"Peut-être y a-t-il des hommes qui rapportent ce qu'ils font avec leurs épouses et des femmes qui répandent ce qu'elles font avec leurs époux". Un silence de plomb pesa sur l'assistance. Et j'ai dit alors: "Oui. Par Dieu! C'est vrai, ô Envoyé de Dieu ! Ils font cela et elles font cela ! Il a dit: Ne le faites plus. Cela s'apparente à un démon qui a rencontré une femelle de son espèce qu'il a couverte pendant que les gens les regardent" [ Rapporté par Ahmad ].

L'Envoyé de Dieu a dit également:

" L’amanat aux conséquences les plus lourdes auprès de Dieu le Jour de la Résurrection, c'est qu'un homme échange des confidences avec son épouse puis répande ce secret" [ Rapporté par Ahmad ].

 

De même, les dépôts qu'on nous confie pour les garder un moment avant de les restituer à leurs propriétaires quand ils les réclament font partie des amanats pour lesquels nous devons répondre. Ainsi, l'Envoyé de Dieu  en émigrant à Médine s'est fait remplacer à la Mecque par son cousin ’Alî Ibn Abî Tâlib  pour restituer aux polythéistes les dépôts qui lui avaient été confiés ; bien que ces polythéistes faisaient partie de ceux qui l'ont persécuté et l'ont obligé à quitter son pays natal pour préserver sa Foi. C'est dire que l’homme noble ne s'abaisse pas même devant des vils.

     Maymun Ibn Mihrân a dit : "Trois choses doivent être restituées aussi bien à l’homme de bien qu'au dépravé : l’amanat, l'engagement et le respect des liens de sang". Considérer dans ces conditions un dépôt comme un gain peu coûteux, constitue une forme de vol abjecte.

 

     ‘Abdallâh Ibn Mas'ûd  a dit (Ahmad) : "Mourir pour Dieu efface tous les péchés, sauf celui de manquer à l’amanat. En effet, au Jour de la Résurrection on amène le serviteur - même s'il est mort pour Dieu - et on lui dit : Acquitte-toi de ta amanat ! Il dira: Oui mon Seigneur! Mais comment faire alors que la vie terrestre n'y est plus ? On dira alors: Emmenez-le au grand abîme, et sa amanat prend pour lui la forme qu'elle avait le jour où elle lui fût confiée.

Il la verra et la reconnaîtra. Il descendra dans cet abîme à sa recherche jusqu'à ce qu'il la retrouve. Il la mettra sur ses bras pour la remonter pensant ainsi qu'il s'en est sorti. Mais elle retombera et il plongera sur ces traces et il continuera ainsi éternellement». Puis Ibn Mas'ûd ajouta: "La prière est une amanat, les ablutions mineures (al-wudhu), sont une amanat, la pesée est une amanat, la mesure de capacité est une amanat et bien d'autres choses. Mais l’amanat la plus lourde, c'est celle des objets confiés en dépôt».

Le rapporteur de ce hadîth ajoute ceci: Je suis allé voir al-Barrâ’ Ibn 'Azib et je lui ai dit: Que penses-tu de ce que dit Ibn Mas'ûd ? Al-Barrâ m'a répondu : Il dit vrai. N’as-tu pas entendu cette Parole de Dieu: {Dieu vous ordonne de restituer les dépôts à leurs propriétaires et de juger selon la justice lorsque vous jugez entre les hommes} [ Sourate 4 : verset 58 ].

     L’amanat qui invite à respecter les droits et préserve de la bassesse ne peut atteindre ce sommet que si elle imprègne la conscience de l'individu, s'enracine dans les tréfonds de son être et domine tous ses affects. Ceci est attesté par le sens du hadîth rapporté par Hudhayfa Ibn al-Yamâne :

" L'Envoyé de Dieu a dit : l'amanat est descendue au fond des coeurs des hommes. Puis le Coran est descendu. Et ces hommes ont été initiés par le Coran et initiés par la sunna" [ Rapporté par Muslim ].

 

     Mais pour être initié par la Loi religieuse il faut la pratiquer. Ainsi, l’amanat est une conscience vivante à côté de la bonne compréhension du Coran et de la sunna. Car, si la conscience meurt, l’amanat est arrachée et il ne sert à rien à l'individu de psalmodier les versets et d'étudier les conduites exemplaires. Ceux qui prétendent devant les autres, et tendent même de se convaincre, qu'ils sont intègres ne font que se leurrer et n'abusent nullement autrui, car l’amanat ne s'installe pas dans un coeur qui nie la vérité. Poursuivant son récit qui décrit comment l’amanat s'infiltre dans les coeurs baignés dans la certitude, Hudhayfa rapporte sur l'Envoyé de Dieu:

« Puis il nous a parlé comment l’amanat sera levée en disant : L’homme s'endormira et l’amanat se contractera dans son coeur en n'y laissant qu'une petite trace noire. Puis l'homme s'endormira de nouveau et l’amanat se contractera en n’y laissant qu'une tâche noire. Et les hommes se remettront ensuite au négoce sans qu'il y ait un seul qui s'acquitte de l’amanat au point qu'on en dise : il y a chez tel groupe un homme intègre, et qu'on dise d'un homme : Quel homme persévérant, avenant et sensé! Alors que dans son coeur il n’y a pas la moindre trace d'un atome de Foi».

 

Ce hadîth donne de l'extirpation de l’amanat des coeurs traîtres une description terrible. En effet cela ressemble aux souvenirs du bien dans les âmes maléfiques ; ils traversent ces âmes sans en faire partie et risquent de laisser sur leur passage une trace amère. Pourtant, ils ne peuvent revivifier une conscience morte dont le possesseur évalue les hommes en fonction de ses convoitises et ses désirs, sans prêter attention à la moindre différence entre Foi et incroyance.

     C'est dire que l’amanat est une immense vertu que ne peuvent supporter les hommes chétifs. Dieu a donné un exemple qui montre son ampleur en indiquant qu'elle est pesante même pour l'Existence entière et que par conséquent l’homme ne doit pas la sous-estimer ou négliger ses exigences. Dieu  a dit:

{Oui, Nous avions proposé le dépôt de la Foi (al-amanat) aux cieux, à la terre et aux montagnes. Ceux-ci ont refusé de s'en charger, ils en ont été effrayés. Seul, l'homme s'en est chargé, mais il est injuste et ignorant} [ Sourate 33 : verset 72 ].

 L'injustice et l'ignorance sont deux maux qui affectent la nature originelle de l'homme, d'où son épreuve pour lutter contre ces deux maux. Car il ne peut avoir une Foi pure s'il ne se débarrasse pas de l'injustice :

{Ceux qui croient et ceux qui n'entachent pas leur Foi d'injustice se trouvent en sécurité}
[ Sourate 6 : verset 82 ].

De même cet homme ne peut avoir la piété et la crainte révérencielle que s'il se débarrasse de l'ignorance:

{De tous les serviteurs de Dieu, seuls les savants le craignent vraiment} [ Sourate 35 : verset 28 ].

C'est pourquoi, après avoir lu le verset précédent sur le dépôt de la Foi, tu trouveras que ceux qui ont cédé à l'injustice et à l'ignorance, qui ont trahi et manifesté leur hypocrisie et leur polythéisme ont mérité le châtiment, et que la sûreté et la sécurité ne sont acquises que pour ceux qui sont attachés à la Foi et à l’amanat :

{Il en est ainsi afin que Dieu châtie les hommes hypocrites et les femmes hypocrites ; les hommes polythéistes et les femmes polythéistes ; et afin que Dieu accorde la piété aux croyants et aux croyantes. Dieu est celui qui pardonne. Il est miséricordieux} [ Sourate 33 : verset 73 ].

 

 

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