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L'Islam
attend de son adepte qu'il ait une conscience
vigilante pour
préserver les droits de Dieu et ceux
des hommes et
pour protéger
les actions contre les méfaits de l'insouciance
et de la négligence.
C'est pourquoi il impose au musulman d'être
intègre (Amîn).
Or,
l’amanat aux yeux du législateur a une
signification très large
qui renvoie à des sens multiples qui
se ramènent tous au sentiment de
responsabilité que l'individu ressent
dans toute affaire qu'on lui confie
et à sa conviction qu'il
doit en répondre devant son Seigneur
selon la modalité définie par
le hadîth suivant :
"Chacun
de vous est un berger et chacun de vous est
responsable de son troupeau. Ainsi, l’Imâm
est un berger responsable de son troupeau, l’homme
est un berger dans sa famille, responsable de
son troupeau, la femme dans le foyer de son
époux est une bergère, responsable
de son troupeau, le serviteur est un gardien
des biens de son maître, responsable de
ce qu'il garde".
Ibn 'Omar, le rapporteur de ce hadîth,
ajoute :
"J’ai entendu ces phrases de la bouche
du Prophète
et je crois qu'il a dit aussi: l’homme est un
gardien des biens de son père, responsable
de ce qu'il garde"
[
Rapporté par Al-Bukhârî ].
Or,
les gens du commun ne retiennent de l’amanat
que son sens le plus étroit et le dernier
dans sa classification, à savoir le
fait de garder les dépôts confiés,
bien que la réalité de l’amanat
dans la religion de Dieu est plus grande et
plus pesante. C'est une obligation
que les musulmans se
recommandent les uns aux autres de
préserver et ils demandent le soutien
de Dieu pour la sauvegarder. C'est tellement
vrai que, lorsque le fidèle s'apprête
à partir en voyage, son frère
lui dit: "Je
confie à Dieu ta Foi, ta amanat et tes
actions ultimes"
[
Rapporté par At-Tirmidhî ].
En
plus Anas
rapporte
ceci: "Chaque
fois qu'il nous faisait un prône, l’Envoyé
de Dieu disait toujours: Point de Foi pour celui
qui n'a pas d'amanat. Point de religion pour
celui qui ne respecte pas son engagement"
[
Rapporté par Ahmad ].
Comme
le bonheur suprême consiste pour l’homme
à se
prémunir contre une vie malheureuse ici-bas
et un mauvais retournement dans la Vie future,
l'Envoyé de Dieu a réuni dans
son imploration de refuge auprès de Dieu
contre ces deux états en disant: "Ô
mon Dieu ! Je cherche refuge auprès de
toi contre la faim, car c'est le pire Compagnon,
et je cherche refuge auprès de Toi contre
la traîtrise, car c'est la pire des doublures"
[
Rapporté par Abû Dâwud ].
En fait, la faim est une perte de la vie et
la traîtrise est une perte de la Foi.
Du
reste, au cours de la première partie
de sa vie, avant l'annonce de sa Mission,
l'Envoyé de Dieu était surnommé
al-Amîn (l’Intègre) parmi
son peuple.
De
même, les signes de l’amanat se sont manifestés
dans l'attitude de Mûssa (Moïse)
lorsqu'il abreuva les bêtes des deux filles
de l’homme pieux de Madian en
les traitant avec bienveillance,
en respectant leur féminité et
en se comportant envers elles avec piété
et noblesse :
{Mûssa
abreuva leurs bêtes, puis il se retira
à l'ombre. Il dit: Mon Seigneur! J’ai
grand besoin du bien que Tu feras descendre
sur moi ! Une des filles vint à lui en
s'approchant avec pudeur. Elle dit: Mon père
t'appelle pour te récompenser d'avoir
abreuvé nos bêtes. Mûssa
se rendit auprès de lui et lui raconta
son histoire. Le vieillard dit: Ne crains rien!
Tu viens d'échapper aux injustes. Une
des deux filles dit: ô mon père!
Engage-le à ton service, moyennant salaire.
Il est vraiment le meilleur de ceux que tu pourrais
engager. Il est fort et intègre}
[
Sourate 28 : versets 24-26 ].
Cet
épisode s'est déroulé avant
l'avènement de la Mission de Mûssa
et son Envoi au Pharaon.
Ceci
est indéniable, car les envoyés
de Dieu sont choisis parmi les meilleurs hommes
de souche et de caractère nobles. C'est
dire que l'âme qui demeure attachée
à la vertu malgré l'extrême
pauvreté et la solitude due à
l'éloignement ne peut être que
celle de L’homme fort et intègre. Car
la sauvegarde des droits de Dieu et ceux des
humains exigent un caractère moral que
n'affecte pas la succession des joies et des
peines.
Voilà la substance de l'amanat.
Parmi
les sens de l’amanat il y a le fait de
placer chaque chose à l'endroit qui lui
convient et qu'elle mérite.
Ainsi, on ne confie un poste qu'à celui
qui mérite de l'assumer et on ne nomme
à une fonction que l’homme dont la compétence
l'élève à ce niveau. Du
reste, le fait de considérer les mandats
et les fonctions publiques comme des charges
et des amanat est parfaitement attesté
dans plusieurs traditions :
En
effet, Abû Dhar rapporte
ceci: "J'ai
dit: Ô Envoyé de Dieu! Si tu m'engageais
comme responsable! Il a frappé de sa
main mon coude puis il a dit: ô Abû
Dhar ! Tu es faible, et c'est une amanat. Et
au Jour de la Résurrection, c'est une
source de honte et de regret, sauf pour celui
qui l’a assumé selon les exigences requises
et s'est acquitté de ses obligations
envers elle" [
Rapporté par Muslim ].
La
compétence scientifique ou pratique n'est
pas nécessaire pour réformer l'âme.
Pourtant l’homme peut avoir une conduite vertueuse
et une Foi irréprochable, mais il lui
manquera les compétences requises pour
être productif et utile dans une fonction
déterminée.
Ne vois-tu pas le Prophète Yûssuf
(Joseph) al-Siddîq (Le Véridique)
? Il ne s'est pas porté candidat pour
la gestion des Finances de l'Egypte en faisant
seulement valoir sa Prophétie et sa piété
mais surtout sa compétence:
{Joseph
dit (au Roi) : Confie-moi l'intendance des dépôts
de ce pays, j'en serai le gardien compétent}
[ Sourate 12 : verset 55 ].
Il
en va de même de l'exemple d'Abû
Dhar qui a demandé qu'on lui confie les
affaires d'une province. Quand l'Envoyé
de Dieu
a vu qu'il n'en avait pas la compétence,
il l’a mis en garde contre une telle demande.
C'est
pourquoi l'amanat exige qu'on ne choisisse pour
les affaires publiques que les meilleurs hommes
qui peuvent s'en charger, car
si nous leur préférons d'autres
hommes par simple passion
ou concussion ou soumission aux exigences des
liens de parenté nous aurions, en écartant
l’homme compétent et en nommant l'homme
incapable, commis une grande
trahison.
En effet, l'Envoyé de Dieu
a
dit:
"Celui
qui nomme un homme à la tête d'un
groupe en sachant qu'il y a dans ce groupe un
homme qui satisfait mieux Dieu que le premier,
aura trahi Dieu, son Envoyé et les croyants"
[ Rapporté par Al-Hâkim ].
De
même Yazîd Ibn Abû Sufyân
rapporte ceci:
"Le
premier Calife Abû Bakr m'a dit en m'envoyant
au Sham : ô Yazîd ! Tu as des proches
(là-bas) et tu vas peut-être les
faire bénéficier de privilèges
du fait de ton poste comme gouverneur de cette
Province. C'est la chose que je crains le plus
pour toi: car l’Envoyé de Dieu a dit:
Celui qui a la charge des affaires des musulmans
et qui nomme à leur tête un homme
par favoritisme encourra la malédiction
de Dieu, et Dieu n'acceptera aucune bonne oeuvre
de lui et le fera jeter en Enfer"
[
Rapporté par Al-Hâkim ].
Du
reste, la Nation où l'amanat n'existe
pas est une nation dans laquelle le favoritisme
affecte les intérêts généraux
et fait fi des valeurs des fins des temps. En
effet: "Un
homme est venu interroger l’Envoyé de
Dieu en lui disant: Quand sonnera la dernière
heure ? Il lui a répondu: quand l’amanat
ne sera plus respectée, attend l’arrivée
de l’Heure. L’homme a dit: Comment ne sera-t-elle
plus respectée ? ll lui a dit: Quand
les affaires seront confiées à
ceux qui ne le méritent pas, attend l’arrivée
de l’heure" [
Rapporté par Al-Bukhârî ].
La
signification de l’amanat implique également
que l'individu s'attache
à accomplir parfaitement son devoir dans
le travail qui lui est confié et à
déployer toute son énergie pour
les mener à bonne fin.
Certes, c'est cela l'amanat glorifiée
par l'Islam ; l'homme doit être sincère
dans son travail, il s'attache à l'accomplir
minutieusement et à veiller sur les droits
de gens qu'il a en charge. Le fait qu'un individu
néglige et méprise ce qu'on lui
a confié - même s'il s'agit d'une
chose de peu d'importance conduit à des
négligences dans la vie du groupe entier
et
à la propagation de la corruption au
sein de l'édifice de la Nation et à
son écroulement.
L'Envoyé
de Dieu
a dit:
"Lorsque
Dieu rassemblera au Jour de la Résurrection
tous les hommes depuis la première jusqu'à
la dernière génération,
chaque traître verra dressé à
ses côtés un étendard par
lequel on le reconnaîtra. On dira alors:
voici la trahison d'un tel..." [
Rapporté par Al-Bukhârî ].
Dans
une autre version : "Chaque
traître aura un étendard collé
dans le dos et élevé selon sa
trahison. Et il n’y a pas plus grand traître
que lorsqu'il s'agit du responsable d'un groupe"
[
Rapporté par Muslim ].
C'est-à-dire
qu'il n'y a pas de trahison plus grande, aux
conséquences les plus graves, que celle
d'un homme auquel on a confié des affaires
de personnes qu'il a négligées.
L'amanat
consiste aussi en ce que l'homme
n'exploite pas le poste où il a été
nommé pour en tirer des bénéfices
personnels ou pour ses proches,
car puiser dans les deniers publics est un crime.
Or, il est de notoriété que les
gouvernements ou les sociétés
accordent à leurs employés des
salaires bien précis, donc se procurer
des sommes supplémentaires par des voies
détournées, c'est acquérir
des gains
illégaux.
L'Envoyé
de Dieu a
dit: "Celui
que nous nommons à un poste en lui fixant
une rémunération, tout ce qu'il
se procurera en dehors de cette rémunération
sera une fraude".
Car
c'est voler l'argent de la communauté
qui devrait être dépensé
en faveur des nécessiteux et des défavorisés
et consacré aux intérêts
généraux. En effet, Dieu dit:
{Quiconque
fraude, viendra avec son péché
le Jour de la Résurrection. Chaque homme
recevra alors le prix de ce qu'il aura accompli.
Personne ne sera lésé}
[
Sourate 3 : verset 161 ].
Quant
à celui qui s'en tient dans sa fonction
aux Règles de Dieu et répugne
à trahir le devoir qu'il assure,
il est considéré auprès
de Dieu comme un Mujâhid qui s'active
pour faire triompher la religion de Dieu et
rehausser Sa Parole.
L'Envoyé de Dieu a
dit:
"Quand
l’homme qui a assumé une charge publique
agit avec équité dans ses rapports
avec ses administrés, il ne cesse d'être
comme le combattant (al-Mujâhid) dans
le chemin de Dieu jusqu'à ce qu'il rentre
chez lui"
[
Rapporté par Al-Bukhârî ].
Du
reste, l'Islam a beaucoup insisté sur
la nécessité de s'abstenir
de tout trafic d'influence et
a montré beaucoup de fermeté dans
le rejet des gains suspects.
‘Adiy
Ibn Omayra rapporte ceci: j'ai entendu l'Envoyé
de Dieu dire:
"A
chacun d'entre vous à qui nous confions
une charge et qui nous cache depuis l'aiguille
et plus, son acte constitue une fraude pour
laquelle il répondra au Jour de la Résurrection.
Un homme noir parmi les Ansârs (Auxiliaires)
présents se leva - comme si je le voyais
maintenant - et dit: Ô Envoyé de
Dieu ! Décharge-moi de ce que tu m'as
confié! Il lui dit: Qu'as-tu ? L’homme
dit: Je t'ai entendu dire ceci et cela ...Il
dit : Et moi je le dis en ce moment : Celui
à qui nous confions une charge doit apporter
tout ce qu'il reçoit qu'il s'agisse de
petite ou de grande valeur. Ce qui lui est permis
de prendre qu’il le prenne, et ce qui lui est
interdit de prendre qu'il s'abstienne de le
faire" [
Rapporté par Muslim ].
On
rapporte que le Prophète a confié
à un homme de la tribu des Azd appelé
Ibn al-Lutbiyya la collecte de l'Aumône
légale. A son retour à Médine,
cet homme a dit: "Ceci
est pour vous et ceci m'a été
offert en cadeau».
L'Envoyé de Dieu se lève alors
et dit après avoir loué et complimenté
Dieu:
"Soit,
je confie à un homme d'entre vous une
charge parmi celles que Dieu m'a confiées
et il vient dire: Ceci est pour vous et ceci
un cadeau qu'on m'a offert. Pourquoi ne reste-t-il
pas dans la maison de son père et de
sa mère pour que son cadeau vienne jusqu'à
lui s'il était vraiment sincère
? Par Dieu! Chacun de vous qui s'empare illégitimement
de quelque chose répondra devant Dieu
le jour de la Résurrection de ce qu'il
a pris et je ne reconnaîtrai aucun d'entre
vous qui rencontrera Dieu en ayant à
sa charge un chameau un mugissant, une vache
beuglant ou une chèvre bêlant.
Puis il a levé ses bras jusqu'à
ce qu'on ait vu la blancheur de ses aisselles
en disant: ô mon Dieu! Ai-je transmis
!"
[
Rapporté par Muslim ].
La
signification de l’amanat
consiste aussi pour toi à méditer
sur tes sens qui sont un bienfait de Dieu,
sur les dons qu'Il t'a accordé en propre
et sur les biens et les
enfants que tu as reçus
pour bien comprendre que ce
sont des dépôts chers
que Dieu t'as confiés. Aussi, tu dois
t'en servir pour avoir Sa proximité et
en user pour bénéficier de Son
agrément. Si
tu es éprouvé par le fait d'en
être privé ne cède pas à
la panique
en croyant illusoirement qu'on t'a privé
de tes propres possessions, car Dieu a la préséance
sur toi et sur ce qu’Il t'a donné ; à
Lui appartiennent ce qu'Il a pris et ce qu'Il
a donné. Si tu es éprouvé
par la garde de ces biens, tu ne devrais pas
être lâche dans le jihâd,
en être séduit dans l'obéissance
ou en être rassuré dans la désobéissance.
Allah
a
dit:
{Ô
vous qui croyez! Ne trahissez ni Dieu, ni Son
Prophète ; vous ne respecteriez donc
pas les confiés, alors que vous savez
? Sachez que vos biens et vos enfants constituent
pour vous une tentation, mais qu'une récompense
sans limites se trouve auprès de Dieu}
[ Sourate 8 : versets 27-28 ].
La
signification de l’amanat implique également
de respecter
les obligations des réunions privées
auxquelles tu assistes en
interdisant à ta langue de répandre
leurs secrets et de rapporter ce qui y est dit.
Combien de fils sont rompus et combien d'intérêts
sont affectés à cause du mépris
de certains pour l’amanat des réunions
confidentielles en rapportant les conservations
qui s 'y échangeaient; peu importe d'ailleurs
qu'on les attribue ou non à leurs auteurs.
En
effet, l'Envoyé de Dieu a
dit: "
Si un homme échange avec un autre une
conversation puis s'en va, ce qu'il a dit est
une amanat" [
Rapporté par Abû Dâwud ].
La
sacralité des propos des réunions
privées, confidentielles se préserve
tant que ce que s'y dit et s'y fait obéit
aux règles de politesse et de prescription
de la Foi, car sans cela ces réunions
perdent leur sacralité.
C'est
pourquoi le fidèle musulman, qui assiste
à une réunion où les criminels
complotent contre autrui en vue de lui nuire,
est
tenu de les en empêcher
autant qu'il peut sans les provoquer.
En
effet, l'Envoyé de Dieu a
dit:
"
Dans toute réunion on est tenu par l’amanat,
sauf dans trois cas: s'il s'agit d'une réunion
où l'on prône l'effusion d'un sang
illicite, où l'on encourage la fornication,
où l'on cherche à s'emparer illégitimement
d'un bien" [
Rapporté par Abû Dâwud ].
De
même, les
rapports conjugaux ont, aux yeux de l'Islam,
une sacralité particulière.
Ainsi, les secrets de la vie du couple doivent
être scrupuleusement gardés et
soustraits aux indiscrétions d'autrui
quels que soient les liens de parenté.
Or, les gens stupides du commun répandent
souvent ce qui se passe entre eux et leurs épouses.
C'est là une abjection interdite par
Dieu.
Asma
Bent Yazîd rapporte, pendant qu'elle
se trouvait en présence de l'Envoyé
de Dieu en
compagnie d'autres hommes et femmes qui étaient
assis, qu'il a dit:
"Peut-être
y a-t-il des hommes qui rapportent ce qu'ils
font avec leurs épouses et des femmes
qui répandent ce qu'elles font avec leurs
époux". Un silence de plomb pesa
sur l'assistance. Et j'ai dit alors: "Oui.
Par Dieu! C'est vrai, ô Envoyé
de Dieu ! Ils font cela et elles font cela !
Il a dit: Ne le faites plus. Cela s'apparente
à un démon qui a rencontré
une femelle de son espèce qu'il a couverte
pendant que les gens les regardent" [
Rapporté par Ahmad ].
L'Envoyé
de Dieu
a
dit également:
"
L’amanat aux conséquences les plus lourdes
auprès de Dieu le Jour de la Résurrection,
c'est qu'un homme échange des confidences
avec son épouse puis répande ce
secret" [
Rapporté par Ahmad ].
De
même, les
dépôts qu'on nous confie pour les
garder un moment avant de les restituer
à leurs propriétaires quand ils
les réclament font partie des amanats
pour lesquels nous devons répondre. Ainsi,
l'Envoyé de Dieu en
émigrant à Médine s'est
fait remplacer à la Mecque par son cousin
’Alî Ibn Abî Tâlib pour
restituer aux polythéistes les dépôts
qui lui avaient été confiés
;
bien que ces polythéistes faisaient partie
de ceux qui l'ont persécuté et
l'ont obligé à quitter son pays
natal pour préserver sa Foi. C'est dire
que l’homme
noble ne s'abaisse pas même devant des
vils.
Maymun
Ibn Mihrân a dit : "Trois
choses doivent être restituées
aussi bien à l’homme de bien qu'au dépravé
: l’amanat, l'engagement et le respect des liens
de sang".
Considérer dans ces conditions un dépôt
comme un gain peu coûteux, constitue une
forme de vol abjecte.
‘Abdallâh
Ibn Mas'ûd a
dit (Ahmad) : "Mourir
pour Dieu efface tous les péchés,
sauf celui de manquer à l’amanat. En
effet, au Jour de la Résurrection on
amène le serviteur - même s'il
est mort pour Dieu - et on lui dit : Acquitte-toi
de ta amanat ! Il dira: Oui mon Seigneur! Mais
comment faire alors que la vie terrestre n'y
est plus ? On dira alors: Emmenez-le au grand
abîme, et sa amanat prend pour lui la
forme qu'elle avait le jour où elle lui
fût confiée.
Il la verra et la
reconnaîtra. Il descendra dans cet abîme
à sa recherche jusqu'à ce qu'il
la retrouve. Il la mettra sur ses bras pour
la remonter pensant ainsi qu'il s'en est sorti.
Mais elle retombera et il plongera sur ces traces
et il continuera ainsi éternellement».
Puis Ibn Mas'ûd ajouta: "La
prière est une amanat, les ablutions
mineures (al-wudhu), sont une amanat, la pesée
est une amanat, la mesure de capacité
est une amanat et bien d'autres choses. Mais
l’amanat la plus lourde, c'est celle des objets
confiés en dépôt».
Le
rapporteur de ce hadîth ajoute ceci:
Je suis allé voir al-Barrâ’ Ibn
'Azib et je lui ai dit: Que penses-tu de ce
que dit Ibn Mas'ûd ? Al-Barrâ m'a
répondu : Il dit vrai. N’as-tu pas entendu
cette Parole de Dieu: {Dieu
vous ordonne de restituer les dépôts
à leurs propriétaires et de juger
selon la justice lorsque vous jugez entre les
hommes}
[
Sourate 4 : verset 58 ].
L’amanat
qui invite
à respecter les droits et préserve
de la bassesse
ne peut atteindre ce sommet que si elle imprègne
la conscience de l'individu, s'enracine dans
les tréfonds de son être et domine
tous ses affects. Ceci est attesté par
le sens du hadîth rapporté par
Hudhayfa Ibn al-Yamâne :
"
L'Envoyé de Dieu a dit : l'amanat est
descendue au fond des coeurs des hommes. Puis
le Coran est descendu. Et ces hommes ont été
initiés par le Coran et initiés
par la sunna"
[
Rapporté par Muslim ].
Mais
pour être initié par la Loi religieuse
il faut la pratiquer. Ainsi, l’amanat
est une conscience vivante à côté
de la bonne compréhension du Coran et
de la sunna.
Car, si la conscience meurt, l’amanat est arrachée
et il ne sert à rien à l'individu
de psalmodier les versets et d'étudier
les conduites exemplaires. Ceux qui prétendent
devant les autres, et tendent même de
se convaincre, qu'ils sont intègres ne
font que se leurrer et n'abusent nullement autrui,
car
l’amanat ne s'installe pas dans un coeur qui
nie la vérité.
Poursuivant son récit qui décrit
comment l’amanat s'infiltre dans les coeurs
baignés dans la certitude, Hudhayfa
rapporte sur l'Envoyé de Dieu :
«
Puis il nous a parlé comment l’amanat
sera levée en disant : L’homme s'endormira
et l’amanat se contractera dans son coeur en
n'y laissant qu'une petite trace noire. Puis
l'homme s'endormira de nouveau et l’amanat se
contractera en n’y laissant qu'une tâche
noire. Et les hommes se remettront ensuite au
négoce sans qu'il y ait un seul qui s'acquitte
de l’amanat au point qu'on en dise : il y a
chez tel groupe un homme intègre, et
qu'on dise d'un homme : Quel homme persévérant,
avenant et sensé! Alors que dans son
coeur il n’y a pas la moindre trace d'un atome
de Foi».
Ce
hadîth donne de l'extirpation de l’amanat
des coeurs
traîtres
une description terrible. En effet cela ressemble
aux souvenirs du bien dans les âmes maléfiques
; ils traversent ces âmes sans en faire
partie et risquent de laisser sur leur passage
une trace amère. Pourtant, ils ne peuvent
revivifier une conscience morte dont le possesseur
évalue les hommes en fonction de ses
convoitises et ses désirs, sans prêter
attention à la moindre différence
entre Foi et incroyance.
C'est
dire que l’amanat
est une immense vertu
que ne peuvent supporter les hommes chétifs.
Dieu a donné un exemple qui montre son
ampleur en indiquant qu'elle est pesante même
pour l'Existence entière et que par conséquent
l’homme ne doit pas la sous-estimer ou négliger
ses exigences. Dieu a
dit:
{Oui,
Nous avions proposé le dépôt
de la Foi (al-amanat) aux cieux, à la
terre et aux montagnes. Ceux-ci ont refusé
de s'en charger, ils en ont été
effrayés. Seul, l'homme s'en est chargé,
mais il est injuste et ignorant} [
Sourate 33 : verset 72 ].
L'injustice
et l'ignorance sont deux maux qui affectent
la nature originelle de l'homme, d'où
son épreuve pour lutter contre ces deux
maux. Car il ne peut avoir une Foi pure s'il
ne se débarrasse pas de l'injustice :
{Ceux
qui croient et ceux qui n'entachent pas leur
Foi d'injustice se trouvent en sécurité}
[
Sourate 6 : verset 82 ].
De
même cet homme ne peut avoir la piété
et la crainte révérencielle que
s'il se débarrasse de l'ignorance:
{De
tous les serviteurs de Dieu, seuls les savants
le craignent vraiment}
[
Sourate 35 : verset 28 ].
C'est
pourquoi, après avoir lu le verset précédent
sur le dépôt de la Foi, tu trouveras
que ceux qui ont cédé à
l'injustice et à l'ignorance, qui ont
trahi et manifesté leur hypocrisie et
leur polythéisme ont mérité
le châtiment, et que la sûreté
et la sécurité ne sont acquises
que pour ceux qui sont attachés à
la Foi et à l’amanat :
{Il
en est ainsi afin que Dieu châtie les
hommes hypocrites et les femmes hypocrites ;
les hommes polythéistes et les femmes
polythéistes ; et afin que Dieu accorde
la piété aux croyants et aux croyantes.
Dieu est celui qui pardonne. Il est miséricordieux}
[ Sourate 33 : verset 73 ].

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