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Rien n'est plus reposant pour l'individu, plus
dissipant pour ses soucis et plus agréable que d'avoir un cœur saint et exempt
des affres du ressentiment et du bouillonnement des haines et des inimitiés:
lorsqu'il voit qu'un homme reçoit un bienfait, il l'accepte et ressent la faveur
divine et l'indigence des serviteurs, puis il se remémore cette Parole sublime
de l'Envoyé de Dieu :
"Ô mon
Dieu ! Le bienfait qui m'est accordé en ce jour ou à l'une de tes créatures
provient uniquement de Toi, l'Unique qui n'a pas d'associé. Aussi, A Toi la
louange et le remerciement" [ Rapporté par Abû Dâwud ]
lorsqu'il voit
un être humain qui souffre d'un mal, il compatit et demande à Dieu de soulager
sa souffrance; il se rappelle cette imploration de l'Envoyé de Dieu adressé à
son Seigneur :
"Si tu pardonnes ô mon Dieu, pardonne généreusement à
chacun de tes serviteurs ce qu'il a commis".
Ainsi, le fidèle musulman
peut vivre avec un fond intérieur limpide, satisfait de Dieu et de la vie, l'âme
apaisée et à l'abri des attaques de la haine aveugle. Car la corruption du cœur
par les ressentiments est un mal difficile à juguler.
La Foi se retire
rapidement du cœur atteint, tel un liquide coulant d'un récipient percé.
Voilà pourquoi l'Islam regarde le coeur avec beaucoup de gravité. En
effet, le coeur noirci pervertit les bonnes actions et assombrit leur fraîcheur
et leur éclat. Quant au cœur rayonnant, Dieu le bénit, même quand ses oeuvres
sont peu nombreuses, et lui accorde beaucoup de bien.
'Abdallâh Ibn 'Amr rapporte ceci:
"On a dit : Ô Envoyé de Dieu ! Quel est le meilleur des
hommes ? Il a répondu: Tout homme au coeur makhmûm, à la langue véridique. On
lui a dit: L'homme à la langue véridique, d'accord nous le connaissons, mais que
signifie au coeur makhmûm ? Il a dit : C'est le coeur pur et pieux où il n'y a ni
péché, ni injustice, ni ressentiment, ni jalousie" [ Rapporté par Ibn Mâjjah ].
De ce fait, c'est la communauté islamique authentique qui est réellement
fondée sur les liens de l'amour partagé, de l'affection répandue, de l'entraide
mutuelle, de la courtoisie fine où il n'y a aucune place pour l'individualisme
dominateur et ravageur. C'est celle que nous décrit le Coran:
{
A ceux
qui sont venus après eux en disant : Notre Seigneur ! Pardonne-nous ainsi qu'à
nos frères qui nous ont précédés dans la Foi. Ne mets pas dans nos coeurs de
rancune envers les croyants. Notre Seigneur ! Tu es, en vérité, Bon et
Miséricordieux } [ Sourate 59 : verset 10 ].
La
querelle, en se développant, en s'enracinant et en multipliant les ramifications
de ses épines, détruit la fraîcheur de la Foi, tue la bonté et l'amour de la
paix qu'elle inspire. Et il n'y a plus alors aucun bien dans l'observation des
rites prescrits, qui n'apportent plus aucune protection à l'âme. Souvent, la
querelle s'empare des esprits de son auteur et le pousse à commettre des écarts
avilissants pour la grandeur d'âme et des péchés graves qui font encourir la
malédiction.
Souvent l'oeil courroucé pointe une zone sombre. Aveugle aux
vertus, amplifiant les vices, l'âme cède, sous l'emprise de la haine et du
ressentiment, au voyeurisme et à la confection des mensonges.
Ce sont
autant d'attitudes abhorrées par l'Islam qui met en garde contre ces
abominations et fait de leur éradication les meilleures oeuvres pour se
rapprocher de Dieu.
En effet, L'Envoyé de Dieu a dit:
"Voulez-vous que je vous indique ce qui est
meilleur que le jeûne, la prière et l'aumône ? Les gens présents lui ont dit:
Certes, oui ! Il a dit: C'est d'endiguer l'inimitié et l'animosité, car laisser
se propager l'inimitié constitue la haliqa (celle qui rase), je ne dis pas celle
qui rase seulement les cheveux, mais celle qui rase la Foi" [ Rapporté par
At-Tirmidhî ].
Le démon ne parvient peut-être pas à faire de l'homme
sensé et raisonnable un adorateur d'idole, mais il peut, lui qui est trop
attaché à la séduction de l'homme et à sa perte, parvenir à l'éloigner de son
Seigneur au point qu'il ignore ses devoirs encore plus que l'idolâtre délirant.
Pour mener à bien cette machination, le démon s'emploie avec ruse à allumer les
feux de l'animosité dans les coeurs. Une fois ce feu allumé, le démon se réjouit
du spectacle de ces flammes qui brûlent le présent et l'avenir des hommes et qui
engloutissent leurs liens et leurs vertus.
L'Envoyé de Dieu a dit:
" Satan a perdu définitivement
l'espoir d'être adoré par les orants dans la presqu'île arabique, mais il ne
désespère pas de semer la discorde entre eux" [Rapporté par Muslim ].
Ceci parce que quand Satan s'empare des coeurs, provoquant leur
animosité et brisant leur protection, les hommes régressent vers un état de
dureté et d'entêtement dans lequel ils rompent ce qu'Allah
a ordonné qu'il soit
communiqué et propagent la corruption sur terre.
Aussi, l'Islam a été
très vigilant face à l'apparition des symptômes de la cruauté en les traquant et
en les soignant avant qu'ils s'aggravent et se transforment en une animosité
déclarée. En effet, il est notoire que les humains ont des tempéraments et des
aptitudes à la compréhension qui diffèrent d'une personne à l'autre, et que
leurs rencontres dans les domaines de la vie peuvent provoquer des gènes et des
déviations quand ce n'est pas des heurts et des distanciations. C'est pourquoi
l'Islam a prescrit un certain nombre de principes qui protègent les musulmans
des affres de la division et de la discorde et qui amarrent leurs coeurs aux
attaches de la fidélité et de l'affection. Il a ainsi interdit de rompre avec
les gens ainsi que de tourner le dos les uns aux autres de quelque façon que ce
soit. Certes il t'arrive de recevoir une méchanceté, de t'en attrister, et d'en
suffoquer au point de résoudre à rompre avec son auteur. Mais Dieu n'aime pas
que le lien entre un musulman et son frère connaisse un tel sort.
Le
Prophète a dit:
"Ne rompez
pas vos liens, ne tournez pas le dos les uns aux autres, ne vous haïssez pas
mutuellement, ne soyez pas jaloux, les uns des autres; soyez des serviteurs de
Dieu et des frères. Il n est pas permis à un musulman de rompre avec son frère
plus de trois jours" [ Rapporté par Al-Bukhârî ].
Dans une autre
version:
"Le croyant n'a pas le droit de rompre avec son frère plus de
trois jours. Il doit après: les trois jours le rencontrer et le calmer. Si son
frère lui rend le salut, ils bénéficieront tous les deux de la rétribution (de
la réconciliation). S'il ne rend pas le salut, il encourt tout seul le péché, et
celui qui a pris l'initiative de saluer se déliera de la rupture" [ Rapporté par
Abû Dâwud ].
Ce délai de trois jours est une durée suffisante pour
calmer la véhémence et la colère. Ensuite, le musulman est tenu de se
réconcilier avec ses frères et de reprendre son rapport habituel, avec eux.
Comme si la rupture n'est qu'un petit orage vite dispersé par le souffle de la
réconciliation qui rend à l'horizon sa clarté de toujours. Dans tout conflit
naissant, l'homme est soit l'auteur d'une injustice, soit la victime d'une
injustice. S'il agresse autrui et porte atteinte à son droit, il doit cesser son
forfait et y remédier en sachant qu'il n'extirpera le ressentiment du coeur de
son adversaire que s'il lui apporte la sérénité et la satisfaction. Voilà
pourquoi l'Islam ordonne dans ce cas de se réconcilier avec son adversaire et
d'apaiser son coeur.
L'Envoyé de Dieu a dit:
"Celui qui doit une injustice envers son frère, portant
sur un bien de ce monde ou sur toute autre chose, est tenu de la réparer
aujourd'hui, avant qu'il n'y ait ni Dinâr ni Dirham (dans la Vie future). Car on
prendra de ses bonnes actions, s'il y a suffisamment de quoi réparer son
injustice. S'il n' y en a pas, il assumera une partie des péchés de sa victime"
[ Rapporté par Al-Bukhârî ].
Tel est le conseil de l'Islam pour celui
qui doit un droit. Quand à celui qui a un droit à réclamer, il lui recommande la
bonté et le pardon et l'invite à effacer les fautes d'hier en acceptant les
excuses, lorsque son frère viendra les lui présenter en lui demandant son
pardon. Car refuser des excuses présentées est une grande faute. En effet, il
est dit dans le hadith :
"Celui qui n'accepte pas les excuses présentées
par son frère aura à sa charge un péché semblable à celui du percepteur d'une
dîme illégale" [ Rapporté par Ibn Mâjjah ].
Dans une autre version:
"Celui qui reçoit des excuses et ne les accepte pas n'accédera pas au Bassin" [
Rapporté par At-Tabarânî ].
Par ces conseils clairvoyants aux deux
parties, l'Islam combat les haines, étouffe leur virus dans son foyer d'origine,
et propulse la société des croyants vers un niveau sublime où règnent les
amitiés partagées et les rapports d'équité.
Du reste, l'Islam considère
comme signe de médiocrité et de bassesse de la nature le fait que le
ressentiment soit enraciné dans les profondeurs de l'âme, où il gronde dans ses
entrailles comme dans un volcan en ébullition.
En effet, beaucoup de
ceux qui entretiennent le ressentiment dans leurs coeurs, recherchent un
exécutoire dans ceux qu'ils croisent et ne se reposent que lorsqu'ils pestent et
tempêtent, sévissent et commettent l'irréparable.
Ibn Abbâs rapporte que
L'Envoyé de Dieu a dit:
"Voulez-vous que je vous indique quels sont les pires d'entre vous ? Les
gens présents ont dit: Oui, certes, si tu veux, ô Envoyé de Dieu ! Il a dit: Les
pires d'entre vous sont ceux qui s'installent en solitaires, flagellent leurs
serviteurs et s'interdisent le secours. Voulez-vous que je vous indique qui sont
pires ? Les gens présents ont dit: Oui, certes, si tu veux, ô Envoyé de Dieu !
Il a dit: Ceux qui détestent les gens et qui sont détestés. Puis il a dit:
Voulez-vous que je vous indique qui sont pires encore ? Les gens présents ont
dit: Oui certes, si tu veux ô Envoyé de Dieu ! Il a dit: Ceux qui n'acceptent ni
trébuchement ni excuse et qui ne pardonnent pas un péché. Puis il a dit:
Voulez-vous que je vous indique qui sont pires encore ? Les gens présents ont
dit: Oui, certes, ô Envoyé de Dieu ! Il a dit: Ceux dont on n'attend aucun bien
et dont on n'est pas rassuré de leur mal" [Rapporté par At-Tabarânî ].
Ces différents types d'hommes recensés dans ce hadîth sont des exemples
d'états de haine lorsque celle-ci s'aggrave et se déchaîne. C'est si vrai que
les hommes d'autrefois, même dans leur jahiliyya (période antéislamique),
sentaient que la haine est propre aux gens les plus vils et que ceux dotés de
grandeur d'âme s'en écartent scrupuleusement. Ainsi le poète Antara disait:
La haine ne peut être portée par celui qui s'élève dans les dignités. Et
les grandes renommées ne sont pas accessibles au coléreux.
Il y a des vices contre lesquels l'Islam a mis en garde, et il convient
de connaître leur source principale. En effet, tous ces vices se ramènent,
malgré la diversité de leurs formes, à un mal unique: la haine. Il en est ainsi
de la calomnie des innocents.
C'est un crime vers lequel pousse la
haine. Comme la calomnie a pour effet grave d'altérer les réalités et de blesser
les personnes vertueuses, l'Islam la considère comme le pire des mensonges.
Aïcha rapporte que l'Envoyé de Dieu a dit à ses Compagnons:
"Savez-vous quelle est auprès de Dieu la pire forme d'usure (al-riba) ?
Ils ont dit: Dieu et Son Envoyé le savent mieux ! Il a dit: La pire forme
d'usure pour Dieu c'est la violation de la réputation d'un individu musulman,
puis l'Envoyé de Dieu récita ce verset : { Ceux qui offensent injustement les
croyants et les croyantes se chargent d'une infamie et d'un péché notoire } [
Sourate 33 : verset 58 ] [ Rapporté par Abû Ya'la ].
Nul doute que
sonder les défauts des gens et chercher à les en attribuer sciemment est signe
de perversion et de bassesse. C'est pourquoi l'Islam a institué des punitions
immédiates pour certains crimes de la calomnie. Mais, ce qui est réservé dans la
Vie future comme châtiment aux différentes formes de calomnie, est plus terrible
encore.
L'Envoyé de Dieu a
dit:
"Celui qui évoque chez une personne un défaut qu'elle n'a pas,
uniquement pour la dénigrer, Dieu le gardera dans le feu de l'Enfer jusqu'à ce
que s'épuise ce qu'il a dit sur cette personne" [ Rapporté par At-Tabarânî ].
Dans une autre version:
"Pour tout homme qui répand sur un
musulman un mot dont il est innocent, uniquement pour le discréditer dans la vie
d'ici-bas, Dieu se doit au Jour de la Résurrection de le fondre dans le feu
jusqu'à ce que s'épuise ce qu'il a dit sur ce musulman".
Comme ce qu'il
a dit est une diffamation, comment peut-il prouver le contraire devant Dieu et
comment peut-il se débarrasser de ses conséquences?
La bonne santé du
coeur impose au croyant de souhaiter au moins le bien pour les gens, s'il est
incapable de le leur apporter de sa main.
Quant à celui qui invente un
mal pour l'imputer aux gens et leur attribuer par pur mensonge, c'est un
impudent calomnieux. Allah a dit:
{
Ceux
qui aiment que la turpitude se répande parmi les croyants subiront un châtiment
douloureux en ce monde et dans la Vie future. Dieu sait, et vous, vous ne savez
pas } [ Sourate 24 : verset 19].
Parmi les faveurs que Allah
accorde à
Ses serviteurs, c'est qu'Il aime que l'on dissimule les défauts des créatures,
même lorsqu'ils sont attestés.
En effet, il n'est pas permis à un
musulman de diffamer son frère, même en mentionnant des défauts qu'il possède
effectivement. Car l'homme au coeur sain compatit devant la douleur des gens et
leur souhaite d'en être bien préservé. Quant à la manie de se réjouir en
rapportant les scandales d'autrui, de dévoiler les secrets protégés et de mettre
les autres à nu, ceci n’est pas le comportement d un vrai musulman. Voilà
pourquoi l'Islam interdit la médisance, car c'est un exécutoire pour une haine
renfermée et pour un coeur dépourvu de miséricorde et de bonté.
Abû
Hurayra rapporte que l'Envoyé de Dieu a dit :
" Savez-vous ce qu'est la médisance ? Les gens présents lui
ont dit: Dieu et son Envoyé le savent mieux ! Il a dit alors: c'est de
mentionner ton frère avec ce (son défaut) qu'il n'aime pas. Les gens ont dit :
Vois-tu, et si mon frère a bien ce que j'ai dit de lui ? Il a dit : S'il possède
ce que tu as dit de lui, tu auras médit à son sujet, et s'il n'a pas ce que tu
lui attribues tu l'auras calomnié" [ Rapporté par Muslim ].
Parmi les
règles de bonne conduite instituées par l'Islam pour préserver les affections et
éviter les divisions et les ruptures, il y a aussi l'interdiction de calomnier,
car c'est un moyen de détériorer les rapports et de retourner les coeurs.
Du reste, le Prophète
interdisait qu'on lui rapporte des propos désagréables sur ses Compagnons . Il a
dit à ce sujet:
"Qu'aucun de vous ne me rapporte quoi que ce soit sur
mes Compagnons. Car j'aimerai vous quitter la poitrine saine" [ Rapporté par Abû
Dâwud ].
Aussi, celui qui entend quelque chose ne doit pas aggraver la
déchirure pour celui qui répare. Car bien des mots malheureux s'éteindraient sur
le champ si on les laissait là où ils furent dits, bien des mots malheureux ont
déclenché des guerres parce qu'un inconscient les a transmis et leur a donné
vie, ce qui le transforma en une flamme génératrice de malheurs et d'horreurs.
L'Envoyé de Dieu a dit:
"Aucun calomniateur n'entrera au Paradis" [ Rapporté par Al-Bukhâri ],
dans une autre version: "Aucun délateur".
Pour les savants les
deux ont le même sens. On a dit aussi que le calomniateur (an-Nammâm) est celui
qui se trouve avec groupe d'hommes en conversation et qui transmet leurs propos
; puis que le délateur (al-Quattât) est celui qui entend ces hommes parler, sans
qu'ils se rendent compte de sa présence, et qui rapporte ensuite leurs propos.
Il est dit également dans le hadith :
"La calomnie et la haine sont dans
le Feu, elles ne se réunissent pas dans le coeur d'un musulman" [ Rapporté par
At-Tabarânî ].
La haine s'accompagne de la suspicion, des manies d'épier
les défauts des gens, de les dénigrer, de dénoncer leurs tares physiques ou
psychologiques. Or, l'Islam abhorre toutes ces manies.
L'Envoyé de Dieu a dit:
"Celui qui cache une
mauvaise action commise par son frère et dont il a eu connaissance, Dieu le
préservera au Jour de la Résurrection" [ Rapporté par At-Tabarânî ].
Il
a dit également:
"Celui qui ne dévoile pas une nudité d'un croyant c'est
comme s'il a ressuscité une personne enterrée vivante" [ Rapporté par
At-Tabarânî ].
Souvent, ceux qui épient les nudités pour les dénoncer
sont plus criminels et plus éloignés d'Allah
avec leurs coeurs que les pécheurs
invétérés. Car épier le crime pour l'étaler au grand jour est pire que son
forfait.
Il y a d'ailleurs une différence incommensurable dans les deux
attitudes à ce sujet : d'une part il y a face aux péchés d'autrui un sentiment de
saine jalousie pour ce qui est interdit par Allah et un désir de le protéger, et
d'autre part il y a un sentiment de haine pour les serviteurs d'Allah
et un
désir de les humilier.
Le premier sentiment peut propulser son auteur
aux sommets, car il ne cherche nullement en dénonçant les écarts à se venger des
créatures, à épier leurs trébuchements ou à se réjouir de leur malheur.
Avoir une poitrine saine est une vertu qui fait que le
musulman ne lie pas la rahma qu'il a dans la vie à ses sentiments à l'égard des
gens. Il peut échouer là où d'autres réussissent; de même il peut peiner là où
les autres avancent.
Ce serait de la pure stupidité que l'égoïsme
enchaîne l'individu au point de l'amener à souhaiter l'échec de tous les autres
uniquement parce qu'il était perdant.
Par ailleurs, le fidèle musulman
est tenu d'avoir un esprit large et un sentiment généreux. Il doit voir les
choses à travers le prisme de l'intérêt général plutôt qu'à travers les ornières
de ses propres désirs.
Si les chaudrons du ressentiment ne cessent de
bouillonner à l'intérieur des haineux, c'est parce qu'en regardant la vie ils
découvrent qu'ils ont ratés ce qu'ils désirent et que l'objet de leur passion
est passé dans d'autres mains. Voilà la catastrophe qui ici les empêchent de
connaître le fond de leur drame.
Autrefois, Iblîs a constaté que la
faveur qu'il désirait tant est passé chez Adam . Voilà pourquoi il s'est juré de
ne permettre à personne de jouir de cette faveur après en avoir été privé:
{ Il dit: à cause de l'aberration que Tu as mise en moi, je les
guetterai sur Ta voie droite, puis je les harcèlerai, par devant et par
derrière, sur leur gauche et sur leur droite. Tu ne trouveras, chez la plupart
d'entre eux, aucune reconnaissance } [ Sourate 7 : versets 16/17 ].
C'est ce bouillonnement satanique qui gronde dans les âmes des haineux
et corrompt leurs coeurs.
Voilà pourquoi l'Islam exhorte les hommes à
fuir ce mal et à adopter dans la vie une approche plus saine et plus élevée.
Anas Ibn Malîk rapporte ceci:
"Nous étions assis autour du
Prophète quand il dit: "Vous allez
voir apparaître un homme du Paradis. Et on a assisté à l'entrée d'un homme des
ansârs (Auxiliaires), la barbe encore mouillée suite aux ablutions, qui portait
ses souliers à la main gauche. Le lendemain le Prophète dit la même chose et l'homme apparut comme au cours de la
première fois. Au troisième jour le Prophète répéta les mêmes paroles et l'homme apparut comme à la fois
précédente. Après le départ du Prophète, Abdallâh Ibn Amr suivit l'homme en
question et lui dit: Je me suis querellé avec mon père et j'ai juré de ne pas
rester avec lui à la maison durant trois jours. Voudrais-tu m'héberger pour
passer ce délai ! L'homme dit: oui".
Anas
le rapporteur de ce hadith a
ajouté:
"Abdallâh disait qu'il a passé chez cet homme trois nuits au cours
desquelles il ne faisait aucune oeuvre ou prière particulière sauf que lorsqu'il
se retournait dans son lit, il se mettait à mentionner Allah
jusqu'à ce qu'il se lève pour la prière de l'aube.
Abdallâh
ajoutait aussi: Je ne l'entendais dire que du bien. Au bout de ces trois nuits,
disait Abdallâh, j'étais sur le point de mépriser son oeuvre. Aussi, je lui ai
dit: Ô serviteur de Dieu! Il n' y avait ni colère ni rupture entre moi et mon
père. Tout ce qu'il y avait c'est que j'ai entendu l'Envoyé de Dieu répéter
trois fois à ton sujet: vous allez voir apparaître maintenant un homme du
Paradis. Et c'est toi qui est apparu à ces trois reprises. Aussi, j'ai voulu
m'installer chez toi pour voir quelle était ton oeuvre afin de m'y conformer.
Mais je n'ai vu aucune grande oeuvre qui soit en toi. Qu'est-ce qui t'a fait
atteindre le degré annoncé par l'Envoyé de Dieu ?
L'homme a répondu: Il n' y a
que ce que tu as vu. Puis Abdallâh a ajouté: Au moment où je lui ai tourné le
dos pour partir il m'a appelé et dit: Il n'y a que ce que tu as vu, sauf que je
ne conçois de ressentiment pour aucun musulman et que je n'envie aucun homme
pour un bien que Dieu lui a accordé. Abdallâh ajouta: je lui ai dit: Voilà ce
qui t'a fait atteindre ce degré" [Rapporté par Ahmad ].
Dans une autre
version il est dit:
"Il n'y a que ce que tu as vu, sauf que je m'endors
sans avoir de haine envers aucun musulman" [ Rapporté par Al-Bazzâr].
L'Islam a également interdit l'envie, et Dieu a
ordonné à Son Envoyé de chercher refuge auprès de Lui contre les maux des
envieux, parce que l'envie est une braise qui s'allume dans la Poitrine et qui
nuit à son porteur et aux autres.
C'est dire que l'individu qui souhaite
la disparition des bienfaits est un fléau; on doit mettre en garde la société
contre ses menaces, car on ne peut se fier à sa conscience dans aucun travail.
D'autant plus que l'Envoyé de Dieu a dit:
"La poussière attrapée sur le chemin de Dieu ne peut se trouver
en compagnie du souffle de la Géhenne dans la poitrine d'un serviteur, de même
que ne se rencontrent pas dans sa poitrine la Foi et l'envie" [Rapporté par
Al-Baihaqî ].
Il a dit
également:
"Prenez garde à l'envie, car l'envie engloutit les bonnes
actions, comme le Feu réduit le bois en cendre" [Rapporté par Abû Dâwud ].
Celui qui déteste les hommes comblés de bienfaits et souhaite leur
dépouillement et leur perdition est un homme égaré dans les réalités de la vie
par bien de sombres visions.
D'abord il est enfermé dans la vie et ses
biens pour lesquels il lutte à mort, pleure ses pertes et voue une haine féroce
à ceux qui en ont été fournis en abondance. Or, ceci est une mauvaise
appréciation, ou plutôt une ignorance et un oubli total de la Vie future et des
préparatifs nécessaires pour la gagner.
Allah
dit :
{
Ô vous les hommes ! Une exhortation de votre Seigneur, une guérison
pour les coeurs malades, une Direction et une Miséricorde vous sont déjà
parvenues, à l'adresse des croyants. Voilà une grâce et une miséricorde de Dieu;
que les hommes s'en réjouissent ! C'est un bien beaucoup plus précieux que ce
qu'ils amassent } [ Sourate 10 : versets 57/58 ].
Du reste, l'homme
envieux est une personne paresseuse, manquant de résolution et de fermeté, qui
ignore son Seigneur et ses Lois immuables dans le Cosmos. Comme il a
raté le bien pour une raison quelconque, l'envieux s'est mué en un individu qui
complote contre les gagnants comme le dit le poète : "Ils ont envié le
jeune homme pour n'avoir pu obtenir son action. Aussi sont-ils tous pour lui des
ennemis et des adversaires"
Il aurait mieux valu pour lui qu'il
s'adressât à son Seigneur pour Lui demander de Ses faveurs, car les Trésors de
Dieu ne sont le monopole d'aucune personne. Ensuite, il pourrait reprendre son
activité dans la vie. Peut-être parviendra-t-il alors à atteindre dans une
deuxième tentative ce dont il était incapable la première fois. Nul doute que
cela est plus noble que le fait de concevoir du ressentiment pour autrui.
Mais il y a une grande différence entre l'envie et l'ambition, entre
l'envie et la réjouissance, entre l'envie et l'élévation contre la confusion
dans les situations.
En effet, l'ambition est un désir d'élévation et
une action pour l'atteindre. C'est là l'attitude des serviteurs de Dieu.
Ainsi Soulaymân (Salomon) a dit:
{
Mon Seigneur ! Pardonne-moi !
Accorde-moi un royaume tel qu'il n'en existera plus pour personne après moi. Tu
es, en vérité, le continuel Donateur !} [ Sourate 38 : verset 35 ].
De
même les serviteurs du Miséricordieux ont dit:
{
Notre Seigneur !
Accorde-nous la joie des yeux en nos épouses, en notre descendance; fais de nous
des modèles pour ceux qui craignent Dieu } [ Sourate 25 : verset 74 ].
Aspirer aux faveurs de Dieu tout en agissant dans la vie est tout à fait
différent de l'attitude qui consiste à détester la faveur divine lorsqu'elle
profite à un homme particulier.
Quand à la ghibta (allégresse), c'est le
désir chez l'individu d'avoir un bienfait semblable à celui qu'Allah
a accordé
aux autres. Mais, comme l'aspiration de l'homme à des choses que détient autrui
peut ouvrir les portes de la discorde, attacher son auteur à de vains espoirs et
l'amener à désirer des choses qu'il estime utiles pour lui alors qu'elles lui
sont en réalité nuisibles, l'Islam a indiqué ce qu'il convient de rechercher et
d'entrer en vive compétition pour l'avoir.
En effet L'Envoyé de Dieu a dit:
"Il n'y a d'envie (valable) que
dans deux situations: celle d'un homme auquel Dieu a donné de l'argent qu'il a
consacré contre ses ennemis jurés dans le domaine de la vérité, et celle d'un
homme auquel Dieu a accordé la sagesse, qui la pratique et juge selon ses
exigences" [ Rapporté par Al-Bukhârî ].
L'envie dont il est question
dans ce hadith signifie le souhait d'avoir un bienfait semblable, non le souhait
qu'il disparaisse. L'essentiel c'est que l'idéal visé par l'homme soit élevé et
sublime, car le manque d'ambition consiste justement à lier ses espoirs à des
choses futiles... Et il y a des situations qui n'apportent, lorsqu'on les
recherche obstinément, que regret et qui peuvent conduire à haïr les gens
uniquement parce qu'ils ont reçu de Dieu des dons innés ou des profits qu'ils
tirent de ces dons.
Allah
dit à ce sujet:
{
Ne convoitez pas les faveurs dont Dieu a gratifié certains d'entre vous
par préférence aux autres: une part de ce que les hommes auront acquis par leurs
oeuvres leur reviendra; une part de ce que les femmes auront acquis par leurs
oeuvres leur reviendra. Demandez à Dieu qu'il vous accorde de Ses faveurs. Dieu
connaît toute chose } [ Sourate 4 : verset 32 ].
Quant à l'élévation
contre les abus et les bévues dans les situations, c'est une confirmation de la
justice nécessaire non une sorte d'envie condamnable. Ainsi, lorsque nous nous
mettons en colère parce qu'un tel a reçu une trop grande rémunération par
rapport à ce qu'il a déployé, ou qu'il a été propulsé à un poste que sa
compétence ne permet pas d'occuper, cette colère est compréhensible et louable,
car c'est une sorte d'attention portée à l'intérêt général pour mieux le
préserver et qui n'a rien à voir avec la haine personnelle. Or, l'Islam observe
régulièrement les âmes pour les laver des crasses de la haine gratuite et pour
leur inculquer des sentiments plus purs envers les gens et envers la vie.
Ainsi, chaque jour, chaque semaine et chaque année, les âmes passent,
grâce à l'éducation de l'Islam, à travers un filtrage qui élimine les impuretés,
corrige les défauts et ne laisse dans les coeurs croyants aucune trace de
ressentiment.
Chaque jour: parce que l'Islam a indiqué que le fidèle ne
s'assure les rétributions des prières prescrites que si leur accomplissement
s'effectue avec un coeur limpide vis-à-vis des gens et débarrassé de la
tromperie et des querelles.
L'Envoyé de Dieu a dit:
" Il y a trois hommes dont la prière ne
s'élève pas plus d'un empan au-dessus de leurs têtes: un homme qui dirige la
prière en commun pour un groupe qui détestent sa direction; une femme qui passe
la nuit alors que son mari est courroucé contre elle; deux frères qui ont rompu
leurs liens" [ Rapporté par Ibn Mâjjah ].
Chaque semaine: Il y a un
recensement des oeuvres du musulman dans lequel Dieu regarde pour le juger en
fonction de ses actes et des secrets de sa conscience. S'il a une poitrine
saine, il est à l'abri des trébuchements et des rechutes. S'il est atteint par
les forfaits de la colère, de l'envie et du courroux il traînera en arrière.
L'Envoyé de Dieu a dit:
"Les oeuvres sont exposées ( devant Dieu) chaque lundi et jeudi. Ce
jour-là Allah pardonne à tout individu qui ne
Lui associe rien, sauf à l'homme qui est en animosité avec son frère. Dieu dira:
laissez ces deux-là jusqu' à ce qu'ils se réconcilient" [ Rapporté par Muslim ].
Chaque année: Au fil des nuits et des jours passés ainsi dans
l'adoration, il ne sied pas au fidèle musulman de rester enfermé dans le bagne
de l'animosité, enchaîné par les liens de la haine. D'autant que, dans la vie
des hommes, il y a toujours des brises de faveurs divines qui ne profitent
qu'aux purs et aux bons.
Il est dit dans le hadith :
"Allah se montre à Ses serviteurs au cours de la nuit de la moitié
du mois de Sha'ban et il pardonne à ceux qui implorent le pardon, accorde la
Miséricorde à ceux qui demandent miséricorde et ajourne le cas des gens empêtrés
dans la haine" [ Rapporté par Al-Baihaqî ].
Celui qui meurt après tant
d'occasions successives de purification, avec la haine rivée au coeur, mérite de
s'exposer à la chaleur du Feu. En effet, ce que les lois ne sont pas parvenues à
purifier, le Feu pourra atteindre son fond et cautériser ses maux nourris par la
haine et le ressentiment.
L'animosité que l'Islam abhorre
et répugne à traiter avec est celle qui se déclenche pour la vie d'ici-bas et
ses passions, pour la convoitise de ses plaisirs et l'accaparement de ses biens.
Quant à l'animosité pour Allah
, la colère pour la vérité, la révolte pour
l'honneur, c'est une autre affaire...
Le musulman n'encourt pas de
reproche en rompant jusqu'avec ceux qui pervertissent l'ordre d'Allah ou violent
ses interdits. Aucun reproche ne doit lui être fait s'il conçoit de la haine
pour eux et leur manifeste son hostilité. Au contraire, cela constitue le signe
d'une Foi authentique et d'une sincérité vouée à l'Unique Dieu.
En
effet, Allah a ordonné que nous restions en
froid avec nos ennemis, même s'ils s'agit de nos proches:
{
Ô vous qui
croyez ! Ne prenez pas pour amis vos pères et vos frères, s'ils préfèrent
l'incrédulité à la Foi. Ceux d'entre vous qui les prendraient pour amis,
seraient injustes } [ Sourate 9 : verset 23].
C'est un devoir pour le
musulman d'éviter leur compagnie ou celle de ceux qui incitent à la débauche et
au libertinage. Ainsi, le fait d'éviter celui qui pèche à l'encontre d'Allah
pour le punir durant une période plus ou moins longue ne fait encourir aucune
conséquence pour le musulman qui l'assume. En fait, le Prophète a quitté ses épouses pendant 40 jours. De même
Abdallâh Ibn Omar a rompu avec l'un de ses fils jusqu'à sa mort parce qu'il a
rejeté un jugement de l'Envoyé que
rapportait le même Abdallâh Ibn Omar sur la permission aux femmes d'aller à la
mosquée.

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