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La
réalité
de la pensée
et de la méditation

1
. Qu'est-ce que la réflexion ?
Sache
que la réflexion consiste en la présence simultanée,
dans le coeur, de deux genres de connaissances,
celles-ci devant à leur tour en générer une
troisième. C'est l'exemple de celui qui penche
vers le monde immédiat et le privilégie, mais
qui voudrait savoir s'il vaut mieux lui préférer
la
vie dernière.
Se présentent à celui-là deux alternatives.
- La
première :
Il entend autrui dire que la vie ultime
est préférable au monde qui est le nôtre.
Il l'imite alors et lui fait confiance
sans discerner par lui-même la réalité
de l'affaire. Il se tourne, dès lors,
entièrement vers la vie dernière, sur
la seule foi de la parole entendue par
lui. Ceci est appelé imitation
et non connaissance.
- La
seconde :
c'est de savoir, d'abord, que le durable
est meilleur et préférable, puis que
la vie dernière est éternelle. De ces
deux connaissances, résulte une troisième,
c'est que la vie dernière est préférable.
Cette connaissance procède nécessairement
des deux premières.
Rendre
présentes, dans le coeur, les deux premières
connaissances afin de parvenir à la troisième,
s'appelle méditation (Tafakkur),
réflexion (I'tibâr),
rappel (Tadhakkur),
contemplation (Ta'ammul)
et discernement (Tadabbur).
Discernement (Tadabbur),
contemplation (Ta'ammul)
et méditation (Tafakkur)
sont des termes synonymes.
2
- Rappel (Tadhakkur) et réflexion (I'tibâr)
:

Ces
deux termes ne recouvrent pas les mêmes significations,
nonobstant la communauté de leur signifié. Il
en est ainsi du Sârim
(sabre tranchant), MulTannad
(sabre fait d'un excellent acier en provenance
de l'Inde) et Sayf
(épée) qui s'appliquent à un même objet, mais
avec des nuances. Ainsi, Sârim indique que l'épée
est tranchante. Muhannad indique son origine.
Sayf réfère, de façon absolue, à l'épée sans
notifier les qualités qui sont les siennes.
Il
en est de même de
l'i'tibâr
(réflexion) qui se rapporte au fait de rendre
présent les deux premières connaissances (sus-mentionnées)
pour s'acheminer vers la troisième connaissance.
Si le passage vers cette dernière ne se fait
pas, l'on demeure dans
le rappel
(Tadhakkur). Quant à la
méditation
(Tafakkur ou Nazar), elle est quête de la troisième
connaissance. Ainsi, celui qui n'aspire pas
à cette connaissance n'est pas appelé Méditant
(Nâzir). Tout méditant
(Mutafakkir) est un rappelant
(Mutadhakkir),
mais tout rappelant n'est pas nécessairement
un méditant. L'intérêt du rappel (Tidhkâr) c'est
de renvoyer au coeur les connaissances pour
définitivement les y enraciner. Quant à l'intérêt
de la méditation, c'est d'accroître la science
et de drainer une connaissance non encore acquise.
3
- La multiplication de la connaissance:
Lorsque
les connaissances se mêlent dans le coeur selon
une disposition particulière, elles produisent
une nouvelle connaissance.
C'est que la connaissance procède de la
connaissance.
La multiplication de la
connaissance
jamais ne cesse; c'est ainsi que se prolongent
les sciences et la pensée à l'infini. Il n'est
que la mort ou les contretemps pour empêcher
l'accroissement des connaissances. Ceci s'applique
à celui capable d'exploiter les sciences et
de trouver le chemin de la réflexion.
La
plupart des gens ne peuvent progresser sur la
voie des sciences, car n'ayant pas de capital,
en l'occurrence les connaissances qui permettent
de tirer parti des sciences.
Ils sont comme celui qui, ne détenant aucune
marchandise, ne peut prétendre au bénéfice.
Il peut même être en possession de marchandises,
mais ne pas en tirer un quelconque bénéfice,
car
ne maîtrisant pas l'art du commerce.
L'on peut, de même, avoir des connaissances,
autrement dit le capital des sciences, mais
ne
pas savoir les utiliser,
composer et réaliser l'assemblage qui génère
leur multiplication.
Savoir
utiliser et tirer parti des connaissances se
font parfois de façon innée, Allah
déposant dans le coeur une lumière venant
de Lui, c'est le cas pour les
Prophètes -
et cela est très rare -, mais la plupart du
temps il faut passer par l'apprentissage et
la pratique. En outre, il arrive que le méditant
voit se présenter à lui ces connaissances dont
il récolte le fruit sans savoir comment, ni
être en mesure de l'exprimer en raison de son
peu d'expérience dans la pratique de l'expression.
Combien d'hommes savent de science certaine
que la vie dernière est préférable (au monde
présent), mais ne peuvent exprimer l'origine
d'une telle connaissance, bien que celle-ci
ait été la suite des deux premières connaissances,
à savoir que le durable est préférable et que
la vie dernière est éternelle. Donc, la méditation
consiste en la présence simultanée de deux connaissances,
celles-ci acheminant le méditant à une troisième
connaissance.

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