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Étymologiquement, le mot
fâtiha
veut dire « ouverture » ; c'est la
sourate par laquelle débute
le Coran.
Elle est appelée par le
Prophète
- que la Paix et le Salut soient
sur lui -
« la mère du Coran »
,
en ce sens qu'elle résume le
message coranique. En effet,
Allah
, dans le Coran, parle de cette
sourate en terme de don fait au
Prophète
et en terme de
« Coran sublime »
qui englobe le sens général de
tout le message :
{ Nous t'avons, certes, donné
"les sept versets que l'on
répète , ainsi que le Coran sublime.
}
[
Sourate 15 - Verset 87 ]
Râfi' ibn al-Mu'allâ
- qu'Allah l'agrée -
rapporte: « Le Prophète
m'a dit:
"Veux-tu que Je t'apprenne le
plus grand chapitre du Coran avant
que tu ne sortes de la mosquée ?"
Il me prit par la main et lorsque
nous étions sur le point de
sortir, Je lui dis : "Ô Messager
d'Allah ! Tu m'as dis que tu
pouvais m'enseigner le plus grand
chapitre du Coran"
Il dit: "Il
s'agit de la première sourate
"louange à Allah, Seigneur des
mondes. " C'est, en effet,
"les 7 versets répétés et le
Coran sublime" qu'Allah m'a
donnés. »
[ Rapporté par Bukhâri
]
Elle porte le
nom des
« 7 versets répétés »
car ses 7 versets sont
lus
17
fois par jour durant les
cinq
prières
quotidiennes. Et ceci pour
se rappeler leur sens global et en
imprégner Son coeur. Elle
résume si bien le Coran qu'Allah
l'a prescrite dans chaque unité de
prière.
Une
sourate aussi importante, au
centre de l'adoration la plus
représentative du culte musulman
doit avoir certainement un sens
profond. En effet, l'imam
Ghazâlî
, dans le commentaire de
cette sourate, dit:
« Quand tu dis:
Au Nom d'Allah, le Tout
Miséricordieux, le Très
Miséricordieux -
Bismi
lahi
ar-rahmani
ar-raheemi
-
,
sache que toute chose est par
Allah
Exalté soit-Il -,
et que le but est Allah . Et
si les choses sont par Lui et de
Lui, alors,
Louange à Allah, Seigneur des
mondes -
Al
hamdu
illahi rabbi
al'ameena
-
est obligatoire et coule de source
dans le second verset, car c'est
de Lui
que les bienfaits nous
arrivent et nous comblent.
Quand tu dis
:
Le Tout Miséricordieux, le Très
Miséricordieux -
A
r-rahmani
ar-raheemi -
,
rappelle-toi qu'on ne peut
L'adorer ni Le connaitre sans Sa
Grâce, afin que l'espérance
(Rajâ') naisse dans ton coeur.
Glorifîe-Le, crains-Le en
disant :
Maître du Jour de la
rétribution -
Maliki yawmi-ddeeni -
Le glorifier parce qu'il
n'existe pas de royaume à part le
Sien et Le craindre pour la
difficulté du jour de la
rétribution qu'Il détient.
Renouvelle ta sincérité en
disant:
C'est Toi Seul que nous adorons
-
Iyyaka na'boudou,
renouvelle ton impuissance ('ajz)
et ton besoin (faqr), en
disant:
et c'est Toi (Seul) dont nous
implorons secours -
wa-iyyaka
nasta'eenou
-
.
Et aie la certitude que ton
adoration pour Lui
n'aurait jamais
lieu sans Sa grâce et sans Son
aide, et c'est à Lui
que revient
le mérite puisqu'Il t'a facilité
la tâche et t'a choisi pour Son
service et Son adoration. Et
quand tu as fini de Le
louer et de
Le glorifier en montrant ton
impuissance, ton besoin de Son
aide, demande-Lui
ce qui est le
plus important pour toi :
Guide-nous dans le droit chemin
-
Ihdina
sirat-almustaqeema -
,
détaille encore en disant :
le chemin de ceux que Tu as
comblés de faveurs -
Sirata-llatheena an'amta 'alayhim,
parmi les Prophètes, les
véridiques (siddîqîn), les martyrs
et les saints,
et non pas de ceux qui ont
encouru Ta colère ni des égarés
-
ghayri
almaghdoobi 'alayhim
walaa-ddaalleena
-
,
parmi les mécréants et les égarés,
et espère la réponse d'Allah
en
disant:
Amîn.
»
Si
tu la récites ainsi, tu es parmi
ceux avec qui Allah
partage
la Fâtiha
comme l'explicite le hadîth du
Prophète
qui dit :
« [...] Quand le serviteur dit:
"Louange à Allah, Seigneur des
mondes", Allah
dit: "Mon serviteur
M'a loué". et quand le serviteur
dit: "Le Tout Miséricordieux, le
Très Miséricordieux", Allah
dit:
"Mon serviteur M'exalte " ' et
quand le serviteur dit : "Maître
du jour de la Rétribution ", Allah
dit: "Mon serviteur Me glorifie ",
et quand le serviteur dit : "C'est
Toi (Seul) que nous adorons et
c'est Toi (Seul) dont nous
implorons secours", Allah
dit:
"Ceci est entre Moi et Mon
serviteur, et à Mon serviteur ce
qu'il demande. " »
Vivre dans le
souvenir
La prière
(salât) est prescrite dans
l'unique but de se rappeler Allah
et, de ce fait, elle nécessite un
minimum de
concentration
(al-khuchû')
{ Certes, c'est Moi Allah point
dë divinité que Moi.
Adore-Moi donc et accomplis la
salât pour te souvenir de Moi.
}
[
Sourate 20 - Verset 14
]
Un coeur distrait ne peut
véritablement se souvenir de son
Seigneur , même en pleine prière.
Une prière faite sans
concentration
perd son âme dans le sens où son
objet n'est pas réalisé. Une
telle prière ne peut préserver de
la turpitude et de l'égarement, le
Prophète
disait:
« Combien de personnes debout
qui n'ont de leurs prières que la
fatigue et la lassitude.
»
Il
ne suffit pas de faire des gestes
et de psalmodier des textes pour
qu'une prière réalise sa raison
d'être, le rappel d'Allah
(dhikru-llah).
Mais c'est surtout le fait d'être
présent d'esprit et d'intérioriser
une gestuelle prescrite en premier
abord pour limiter toute
distraction susceptible de
détourner le croyant et de voiler
son coeur pour pouvoir
se recueillir,
se rappeler,
louer,
glorifier
et
demander
.
À partir de là, le serviteur dans
sa prière ne bénéficie que de ce
qu'il a bien réfléchi et
intériorisé. Un hadîth le
confirme :
« Le serviteur n'a de sa prière
que ce qu'il en a réfléchi.
»
[ Rapporté par
Daylami.]
C'est,
somme toute, une conversation
intime entre le croyant et son
Créateur:
« Celui qui fait la prière
parle intimement à son Seigneur
»
[
Hadith unanimement reconnu
authentique. ]
Et une conversation
intime ne peut se faire dans la
distraction et l'insouciance
(ghafla) quand
le confident et Allah .
Ghazâlî
dit:
« Il n'y a aucun doute que le
but de la lecture du Coran, dans
la prière, et le rappel sont les
louanges (hamd), la glorification
(at-ta'dhîm), le recueillement et
la demande (du'â). Et
puisque le confident est le
Majestueux, le coeur ne doit pas
être voilé par l'insouciance au
point de ne pas Le ressentir.
»
La
prière signifie la remémoration et
la soumission qu'Allah
a ordonné
d'accomplir en 5 moments
différents de la journée, et qui
implique, pour qu'elle réalise son
objet, des conditions préalables.
À savoir:
-
la purification extérieure
(celle du corps) de la saleté,
et intérieure (celle du coeur)
de tous les désirs bas.
-
que le vêtement extérieur soit
propre et que le vêtement
intérieur (l'âme) ne soit
souillé par quoi que ce soit
d'illicite.
-
que l'endroit soit
extérieurement propre et
intérieurement dépourvu de
corruption et de péché.
-
se tourner vers la qibla ; la
qibla extérieure étant la
Ka'ba, et la qibla intérieure
étant la Face d'Allah
(wajhu-llah). Ce
qu'atteste le hadîth
suivant:
« Allah vient vers le prieur
tant que ce dernier ne
détourne pas son visage.
»
[ Rapporté par Abou Daoud,
Nissa'i et Al Hakim.]
-
l'intention sincère de
s'approcher d'Allah
.
-
dire
Allah-akbar:
c'est la déclaration de
s'adonner et s'abandonner
totalement à Celui
qui est le
plus Grand, le plus important,
notre raison d'exister.
Un homme
racontait:
" Je priais derrière
Dhûl-Nûn l'Egyptien quand il
commença à prononcer le
takbîr. Il dit:
Allah-akbar, et tomba évanoui
comme un corps sans vie.
»
Après ces
préalables, il faut se tenir dans le contact
permanent et la communication avec Allah ,
réciter le Coran distinctement et
respectueusement
en le psalmodiant,
se tenir debout dans l'humilité, se courber en
saluant le Majestueux, puis se prosterner en
posant la tête, la partie la plus noble du
corps qui contient la raison, au plus bas
devant Son Créateur et Son Seigneur, puis
prononcer le Nom Divin avec concentration et
saluer avec recueillement. Il est
rapporté dans la tradition que lorsque le
Prophète
priait, on entendait dans sa poitrine un bruit
qui ressemble à celui de l'eau qui boue.
Et quand 'Ali ibn Abî Tâlib
était sur le
point de prier, ses cheveux se dressaient, il
tremblait et disait:
« L'heure est venu de remplir un mandat que
les cieux et la terre étaient incapables de
porter »
,
celui de se mettre devant la Présence
Divine.
'Asim ibn Yûsuf a
demandé à Hâtim al-Assam :
« Comment fais-tu la
prière? Il répondit: "Quand le moment
arrive, je fais mes ablutions intérieures et
extérieures, l'ablution extérieure avec l'eau
et l'ablution intérieure avec le repentir.
Je marche avec paix, j'entre à la
mosquée avec bonne intention, j'imagine la
Ka'ba devant moi, le Paradis à ma droite,
l'Enfer à ma gauche et le pont de Sirât au
dessous de mes pieds et le monde entier
derrière moi. Alors, je dis le takbîr
(Allah-akbar), proclame la Grandeur d'Allah
et
je lis en psalmodiant et en méditant avec
crainte et révérence.
Je m'incline avec humilité et je me prosterne
en gémissant, je m'assieds avec sérénité et
déférence, je salue avec gratitude (shukr) :
je la remets avec sincérité (ikhlâs) et je
crains qu'elle ne soit pas acceptée." Ibn
Yûsuf répondit :
"Je jure que tu fais bien ta
prière."
« Réconforte-nous par la prière, ô Bilâl !
»
[ Rapporté par Abu Daoud.]
L'imam Ghazâlî
dit:
« Et si tu as purifié
l'endroit qui est ton environnement et tes
habits qui sont l'enveloppe extérieure de ton
corps, n'oublie pas ton coeur qui est ton
essence. Fais l'effort de le
purifier
par
le repentir
et
le regret
(nadam)
de tout ce que tu as fait de mal, et aie la
ferme volonté de ne plus y revenir, car
ton coeur est le lieu du regard de ton
Seigneur.
En te préparant extérieurement, en
cachant ton intimité et tes défauts au regard
des créatures, il faut que tu saches que tu ne
pourras jamais cacher tes péchés au regard de
l'Éternel. Alors, cherche à les effacer
en reconnaissant tes péchés avec humilité et
regret et montre-toi dans
le besoin
(faqr)
d'atteindre Sa miséricorde et Sa Clémence
;
c'est la seule porte d'accès à la Proximité
divine. Se diriger vers la qibla (Ka'ba)
qui est extérieurement la seule direction
recommandée et dont le sens profond est de se
détourner de toute chose à part Allah . Se
tenir debout en prière se fait par la présence
du corps et du coeur entre les mains d'Allah
;
que ta tête, qui est le plus haut membre du
corps, soit baissée pour comprendre que le
coeur doit être plein de modestie et
d'humilité
.
Et n'oublie pas, dans cette position, la
gravité de l'instant où tu seras debout devant
ton Seigneur pendant le jugement.
En ce qui
concerne
l'intention
(niya),
il faut commencer par la purifier en ayant le
sentiment préalable de faire la prière pour
obéir à ton Seigneur, et chasser tout ce qui
l'altère, et sois sincère dans tout cela pour
la Face d'Allah
en ayant
l'espoir en Sa récompense et la crainte de Son
châtiment et en cherchant Sa Proximité avec
Son aide.
Et, pendant
la demande
(du'â),
garde-toi de toute impolitesse et de tout
péché, ressens la Grandeur de Celui
à qui tu
adresses ta demande et choisis-en bien sa
formulation et son objet. Et à ce
moment-là, ton front devrait suer de timidité
et de honte à cause de tes péchés, ce qui crée
en toi humilité, crainte et révérence.
»
Quand 'Ali ibn
al-Hassan
faisait ses ablutions, il devenait
pâle et tremblant. On lui demanda
pourquoi, il répondit:
« Sais-tu devant qui vais-je me tenir
debout ? »
Ces gestes apparents
(dhâhlr) sont là pour faire effet sur
l'intériorité de l'âme
(bâtin).
L'intention est l'acte intérieur le plus
recherché par les mystiques, car un acte
observé sans intention de le faire
exclusivement pour Allah , est rejeté ; c'est
une sorte d'Unicité dans l'objectif et le
dessein (al-qasd). Le Prophète
a dit :
« Les actes n'ont de valeur que par leurs
intentions. »
{ Il ne leur a été commandé, cependant, que
d'adorer Allah, lui vouant un culte exclusif,
d'accomplir la sâlat et d'acquiter la zakat.
Et voilà la religion de la droiture.
}
[
Sourate 98 - Verset 5 ]
Pour Allah , l'intention
sincère est de vouloir Sa proximité et de
chercher Sa satisfaction (ridhâ) uniquement,
c'est
la sincérité dans l'acte
(ikhlâs).
Abû 'Uthmân al-Hayrî a dit:
« La sincérité consiste à oublier le regard
des créatures et avoir un regard constamment
orienté vers le Créateur. »
Hudayfa al-Mur'ichî disait :
« La sincérité consiste à ce que les actes
restent les mêmes, et ce, que l'on soit seul
ou en public. »
Le Takbîr, une transition et un
renoncement
L'entrée dans la prière se fait par la
formulation suivante :
Allah-akbar,
expression dont le sens veut dire qu'Allah est le plus grand,
Il est plus important que le monde et ses
préoccupations matérielles, c'est le moment où
l'on quitte tout pour Son Créateur.
Ghazâlî au sujet du takbîr, dit
:
« Quand ta langue le prétend, évite que ton
coeur le démente en glorifiant tes désirs au
lieu d'Allah . »
Après le takbîr, la prière
commence par l'invocation de l'ouverture.
«
Quand tu dis dans cette invocation :
"Je tourne ma face exclusivement vers Celui
qui a créé les cieux et la terre ; et je ne
suis point de ceux qui Lui donnent des
associés"
;
sache que le sens du mot
face
ici n'est pas le visage de chair, car ce
dernier est dirigé vers la qibla, et Allah
ne
peut être cerné dans une direction pour que le
visage de chair se tourne vers Lui. Mais
son véritable sens est que la face de ton
coeur doit se tourner vers Celui
qui a créé
les cieux et la terre. »

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