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Le
coeur a besoin de
nourriture spirituelle
pour pouvoir vivre
et cheminer.
Et dans ce cheminement, il
a aussi besoin d'une lumière guidante
lui faisant découvrir les obstacles de la voie.
Allah
-
Exalté soit-Il - dit
:
{
Est-ce que celui qui était mort (de coeur) et
que Nous avons ramené à la vie et à qui Nous
avons assigné une lumière grâce à laquelle il
marche parmi les gens, est pareil à celui qui
est dans les ténèbres sans pouvoir en sortir
? Ainsi, on a enjolivé aux mécréants ce qu'ils
œuvrent. }
[ Sourate 6 - Verset 122 ]
La
réponse est implicite. Dans ce verset, Allah
a donné les deux choses nécessaires au cheminement
du coeur : la
vie et la lumière guidante. La
vie embrasse le coeur par la foi et la croyance
au livre révélé (Coran) descendu pour donner
la Vie à ceux qui la cherchent :
{
[...] Ceci n'est qu'un rappel et une Lecture
(Coran) claire, pour qu'il avertisse celui qui
est vivant, et que la parole se réalise contre
les mécréants. } [
Sourate 36 - Versets 69-70 ]
C'est
le sens de la parabole qu'utilise le Coran quand
il prend l'eau comme exemple :
{
Il a fait descendre une eau du ciel à laquelle
des vallées servent de lit, selon leur grandeur.
Le flot débordé a charrié une écume flottante.
Et semblable à celle-ci est l'écume provenant
de ce qu'on porte à fusion, dans le feu pour
(fabriquer) des bijoux et des ustensiles. Ainsi
Allah représente en parabole la Vérité et le
Faux : l'écume (du torrent et du métal fondu)
s'en va au rebut, tandis que l'utile (l'eau
et les objets) aux Hommes demeure sur la terre.
Ainsi, Allah propose des paraboles. }
[Sourate 13 -
Verset 17 ]
Cet
exemple est très parlant : l'eau donne la vie,
les vallées qui la reçoivent sont les coeurs,
et le feu l'illumine. Il existe des grandes
vallées qui reçoivent beaucoup d'eau et des
petites qui n'en reçoivent que peu. Aussi, les
grands coeurs reçoivent beaucoup de savoir
et de connaissances spirituelles à l'inverse
des petits qui n'en reçoivent que peu.
Le petit
coeur ne l'est pas de nature, mais il l'est
devenu en raison de sa partie noircie par les
séductions illusoires de ce monde qui ressemblent
à l'écume qui n'a ni valeur ni poids. C'est
le doute (shakk)
et les désirs bas (shahawât)
qui se sont mélangés au Vrai : l'eau représentant
la révélation (wahy).
Mais, plus la Vérité s'installe et prend place
dans le coeur par la science de la révélation,
plus l'écume est écartée et renvoyée sur les
rives de la vallée et s'en va au rebut. Ce qui
est utile demeure et donne vie :
{
Ô vous qui croyez ! Répondez à Allah et au Messager
lorsqu'Il vous appelle à ce qui vous donne la
(vraie) Vie [...] } [
Sourate 8 - Verset 24 ]
Quand
la vie s'installe,
la lumière naît dans le coeur, c'est la guidée
(hudâ-llah).
C'est
par cette lumière que le coeur discerne le bien
du mal et c'est par elle que le droit chemin
(as-sirât al-mustayîm) devient clair.
Dans
le coeur de tout musulman, il y a une partie
de cette vie mélangée, plus ou moins, aux ténèbres
causées par les péchés. Cette partie de la vie
est prête à reprendre le dessus si elle est
nourrie par le rappel :
{
Il y a bien là un rappel pour quiconque a un
cœur, prête l'oreille tout en étant témoin.
}
[ Sourate 50 -
Verset 37 ]
La
lumière, quant à elle, tous les croyants ne
l'ont pas forcément. Elle est attribuée par
la grâce divine à ceux qui ont la piété et la
crainte :
{
Ô vous qui croyez ! Si vous avez la piété, II
vous accordera la faculté de discerner (entre
le bien et le mal), vous effacera vos méfaits
et vous pardonnera. Et Allah est le Détenteur
de l'énorme grâce. }
[ Sourate 8 -
Verset 29 ]
Cette
faculté de discernement (al-furqân)
est la lumière par laquelle le croyant distingue,
à tout moment et en tout lieu, ce qui plaît
ou non à l'Éternel et que le verset décrit comme
l'énorme grâce.
{
Et c'est ainsi que Nous t'avons révélé une âme
(rûh) provenant de Notre ordre. Tu n'avais aucune
connaissance du Livre et de la foi mais Nous
en avons fait une lumière par laquelle Nous
guidons qui Nous voulons parmi nos serviteurs.
Et, en vérité, tu guides vers un chemin droit.
} [
Sourate 42 - Verset 52 ]
La
lumière de la Révélation est une âme par laquelle
Allah
fait vivre celui qu'Il guide en lui ouvrant
le coeur à Sa parole : {
Est-ce que celui dont Allah ouvre la poitrine
(cœur) à l'islam et qui détient ainsi une lumière
venant de son Seigneur est meilleur ou est-ce
celui qui est resté mécréant [...] Malheur donc
à ceux dont les cœurs sont endurcis contre le
rappel d'Allah. Ceux-là sont dans un égarement
évident. } [
Sourate 39 - Verset 22 ]
Les
dons et grâces divines descendent perpétuellement
sur terre,
encore faut-il seulement leur préparer les réceptacles
purs pour les accueillir, car Allah
n'est pas
avare -
Exaltée soit Sa Générosité - pour
empêcher que Ses grâces arrivent à tous les
coeurs.
Mais
ces derniers, comme le dit Ghazâlî
sont voilés
à cause de leurs souillures et de leurs imprégnations
par les formes illusoires de ce monde et l'attachement
à l'éphémère.
Le
coeur est tel qu'un réceptacle, tant qu'il est
plein d'eau, l'air ne peut y entrer. En
effet, les coeurs occupés par autre chose qu'Allah ne peuvent recevoir la connaissance authentique
de la Majesté Divine :
{
Ils n'ont pas estimé Allah comme II devait l'être.
} [ Sourate 39 -
Verset 67 ]
La
plus noble des sciences est celle qui nous fait
connaître notre Seigneur
par Ses Noms (asmâ),
Ses Attributs (sifât) et Ses Actes (af`âl),
car c'est par cela que l'humanité de l'homme
devient parfaite puisqu'il retrouve sa nature
première qu'il a acquise lors du pacte (mîthâq).
C'est par ce démarquage par rapport aux autres
créatures qu'Allah
a anobli l'homme et l'a élevé
dans sa pleine humanité au rang de « vicaire
» (khalîfà) sur cette terre :
{
Nous avons certes créé l'Homme dans la forme
la plus parfaite. Ensuite, Nous l'avons ramené
au niveau le plus bas, sauf ceux qui croient
et accomplissent les bonnes œuvres : ceux-là
auront une récompense jamais interrompue. } [
Sourate 95 - Versets 4 à 6 ]
Ghazâlî
dit : « Quand l'homme occulte cette spécificité
qu'Allah
lui a prodiguée, il se rabaisse du
niveau de l'humanité au niveau de la bestialité.
Et quand il lui donne sa plénitude et utilise
ses sens et sa raison pour l'aider à acquérir
cette connaissance, il s'élève de l'état d'humanité
et se rapproche de l'état angélique. En effet,
l'homme oscille entre deux états existant en
lui, un état angélique et un état bestial. »
Dans
un autre récit, Ghazâlî
dit : « Un miroir oxydé
dont la rouille couvre la surface offusque la
clarté et empêche les images de s'y imprimer.
Normalement, un miroir est susceptible de recevoir
les images et de les réfléchir telles quelles.
Celui donc qui voudra le remettre en état devra
s' acquitter de deux besognes : frotter et polir,
c'est-à-dire éliminer la rouille qui ne devrait
pas exister, disposer le miroir face au Vrai.
À l'instar de l'image et du miroir, le cœur
recevrait l' empreinte du Vrai . . . »
Le coeur cherchera alors à s'identifier
aux attributs divins.
Si,
cédant aux appétits et à l'amour des plaisirs,
il persiste à provoquer les causes qui déterminent
l' accumulation de la rouille sur le miroir
de l' âme, son aptitude à refléter le Vrai s'éclipsera
totalement.
Cette
ascèse n'est pas uniquement d'ordre éthique
et moral, mais aussi et surtout d'ordre interne
et spirituel. Junayd disait : « Sache que tu
es voilé de toi-même par toi-même, et que tu
ne parviendras pas à Lui par toi-même, mais
c'est par Lui que tu pourras L' atteindre.
»
En
effet, tant que l' homme est attaché à sa nature
bestiale et noyé dans les illusions de l'éphémère
et des désirs, il reste voilé de sa nature spirituelle
et de la pureté de son âme et il ne saura donc
la découvrir. Mais, dès que l'homme, par l'ascèse
(zuhd) nettoie et polit son cœur, les faveurs
et dons spirituels sont ressentis profondément.
Ghazâlî
a illustré cet état par une parabole :
« Un
jour, un sultan appela à son palais des peintres
venus les uns de Chine et les autres de Grèce.
Les chinois prétendaient être les meilleurs
artistes. Les grecs, de leurs côtés, revendiquaient
la précellence dans leurs arts. Le sultan les
chargea de décorer à fresque deux murs qui se
faisaient face. Un rideau séparait les deux
groupes concurrents qui peignaient chacun une
paroi sans savoir ce que faisaient leurs rivaux.
Tandis que les chinois employaient toutes sortes
de peintures et déployaient de grands efforts,
les grecs se contentaient de lisser et polir
sans relâche leur mur. Lorsque le rideau fut
tiré, l'on put admirer les magnifiques fresques
des peintres chinois se reflétant dans le mur
opposé qui brillait comme un miroir. Or, tout
ce que le sultan avait vu sur le mur des chinois
semblait beaucoup plus beau reflété sur celui
des grecs. »
Rûmî
illustre par un poème le rôle des mystiques
symbolisés par les grecs :
« Ils sont parfois
sans études, sans livres, sans érudition. Mais
ils ont poli leurs coeurs et les ont purifiés
du désir, de la cupidité, de l'avarice et de
la haine. Cette pureté du miroir est sans nul
doute le coeur qui reçoit d'innombrables images.
Le spirituel parfait perçoit l'image infinie,
sans forme, de l'invisible reflété dans le miroir
de son propre coeur. »
C'est la connaissance
profonde et authentique et non pas la connaissance
théorique qui est (et reste) obligatoire à acquérir
de chez les savants et maîtres.
La
pureté du coeur dégage des signes qui ne trompent
pas comme le fait de se détacher de ce bas monde
et de vivre comme si l'on était dans l'au-delà
en ayant le sentiment de n'être venu sur terre
qu'en passager et en étranger pour s'approvisionner
et prendre ce dont on a besoin pour le chemin
du retour dans sa patrie d'origine.
Le Prophète
a dit à Abdallah ibn Umar :
« Sois dans ce bas monde comme un inconnu ou
un passager (en voyage) et compte-toi parmi
les occupants des tombes. » [
Rapporté par Bukhârî ]
Ainsi,
parmi les signes de la pureté et la guérison
du coeur, l'on trouve le fait de désirer la rencontre
du Seigneur. Le coeur du croyant l'appelle à
se soumettre à Lui jusqu'à ce qu'il revienne
avec humilité et s'accroche à Lui en sachant
que ni vie, ni réussite, ni bonheur ne peuvent
être atteints sans Sa satisfaction. Après cela,
le coeur s'apaise en étant confiant, espérant
en Lui
et Le craignant. Son rappel et Sa remémoration
(dhikr) deviennent sa force et sa nourriture.
Son amour et le désir de Sa rencontre deviennent
sa vie et son plaisir, l'attachement à d'autres
que Lui devient sa maladie et le retour vers
Lui, son remède. Quand il Le retrouve, il s'apaise
par Lui
et se repose. L'angoisse de l'éloignement
et l'incertitude du sens disparaissent, le besoin
est comblé. Car dans le coeur, il y a un besoin
et une pauvreté qui ne peuvent être comblés
que par Lui , une perplexité qui n'est calmée
que par le retour à Lui, une maladie qui n'est
guérie que par la sincérité envers Lui et l'adoration
qu'on lui porte. À ce moment-là, le coeur embrasse
la vie et en goûte la saveur.
Un
sage nous enseigne : « Pauvres sont les gens qui s'attachent
à ce monde, ils sont partis sans goûter à ce
qu'il y a de meilleur. L'amour dans Sa Proximité,
le désir de Le rencontrer, le bonheur
engendré par Sa remémoration et Son adoration
sont ce qu'il y a de meilleur. »
D'après
une autre sagesse : « Je jure par Allah que
la vie d'ici-bas n'a de sens que si elle est
comblée par Son amour et Son adoration »
Pour
l' imam Ibn Qayyim al-Jawziya
: « Parmi les
signes d'un coeur sain, le fait de ne pas se
lasser d'évoquer le Nom de son Seigneur , de
Le servir et de se détacher de tout ce qui est
autre que Lui... »
Parmi
les signes de la vie du coeur, l'on constate
le fait qu'il devient très attentif à chaque
souffle de la vie pour ne l'utiliser que conformément
à la volonté de son Créateur. Aussi, doit-on
acquérir l'excellence dans ses actions et s'attacher
à les purifier par une sincérité profonde.

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