« Usâma Ibn Zayd m'est le plus aimé parmi les hommes et je souhaite qu'il soit l'un de vos vertueux.
Soyez donc bienveillants à son égard. »

[Parole du Prophète Muhammad, citée dans le Sahîh al-Jâmî' as-saghîr de Suyûtî, Yusuf An-Nabhâni
et Nasr-ad-dîn Al-Albânî. Librairie Al-Maârif, Riyadh, 1987, p. 148.]

 

 Nous sommes en l'an sept avant l'Hégire. Le Messager de Dieu , en butte à l'hostilité et au rejet de sa mission céleste par ses concitoyens, reçut l'annonce d'une bonne nouvelle qui le remplit de joie et lui fit oublier ses déceptions avec les qurayshites. Il s'agissait de la naissance d'un enfant dans le foyer de son bien-aimé Zayd Ibn Hâritha . Cet enfant prénommé Usâma était devenu la joie de vivre du Prophète qui l'aimait et le chérissait comme son propre enfant.

Il est vrai que cet enfant était le fils de Zayd Ibn Hâritha , le bien aimé du Messager de Dieu , celui-là même qui avait préféré demeurer avec lui que de suivre ses propres parents venus le chercher à la Mecque, après une longue disparition.

Cette tendresse qu'avait Le Messager de Dieu pour Zayd et pour son enfant Usâma ont valu à ces deux illustres compagnons l'heureux et envié surnom de « Bien aimé, fils du bien-aimé. » Ce surnom n'était pas exagéré tant il est vrai que l'Envoyé de Dieu avait un amour et un attachement très forts pour l'enfant que venait d'avoir son fils adoptif puis compagnon Zayd Ibn Hâritha et son ancienne servante Um Ayman.

On rapporte qu'il jouait souvent avec lui en le mettant sur un de ses genoux et son petit-fils Al-Hassan sur l'autre. Autant Al-Hassan était blanc de peau, avec les traits réguliers de son grand-père, le Messager de Dieu , autant Usâma était noir de peau, le nez camus et avait les traits de sa mère, l'Éthiopienne.

Mais l'Envoyé de Dieu ne faisait aucune distinction entre les deux garçons qu'il mettait sur un même pied d'égalité. Il disait à leur sujet :

« Ô mon Dieu, je les aime, aime-les ! »
 

C'est avec l'amour du Messager de Dieu qu'Usâma Ibn Zayd grandit et devint un jeune homme aux qualités morales et spirituelles exceptionnelles. La piété, la sagesse – malgré son jeune âge – l'ascétisme, le courage et l'engagement total pour l'islam, telles furent les principales qualités d'Usâma .

 

Le jour de la bataille d'Uhud, alors qu'il n'était qu'un enfant, il vint avec un groupe d'adolescents de son âge proposer leurs services au Messager de Dieu . Mais ce dernier refusa leur offre, vu leur jeune âge, ce qui les rendit très malheureux, particulièrement Usâma . Le Prophète le réconforta avec des mots doux et tendres en lui expliquant pourquoi il ne pouvait pas sortir combattre avec lui.

 Lors de la bataille d'Al-Khandaq, il revint à la charge avec un groupe de jeunes de son âge et insistèrent pour participer à la lutte contre les coalisés. Le Messager de Dieu accepta certains d'entre eux, dont notre illustre Usâma . Celui-ci avait alors quinze ans. C'était un jeune homme au corps vigoureux et robuste et au courage admirable.

Ce courage-là, il le montra avec brio lors de la fameuse bataille de Hunayn où il résista farouchement avec le dernier carré de compagnons qui resta ferme autour du Prophète , lorsque la déroute s'empara de beaucoup de musulmans.

Dans l'expédition de Mu'ata, il fit preuve du même courage sous la direction de Zayd Ibn Hâritha, de Ja`far Ibn Abî Tâlib puis de 'Abdallah Ibn Rawâha , tous morts en martyrs.

C'est sur la monture de son père Zayd qu'il revint à Médine avec le reste de l'armée musulmane reprise en main par Khâlid Ibn Al-Walîd . 

La confiance que lui vouait Le Messager de Dieu l'a amené à lui donner le commandement d'une armée alors qu'il n'avait pas encore vingt ans. Cette armée qui devait partir en territoire romain aux confins de la Syrie. Or, avant que l'armée ne sorte de Médine, le Messager de Dieu tomba malade de la maladie qui devait l'emporter auprès du Plus Haut.

Usâma alla prendre de ses nouvelles. Mais, le Prophète en proie aux affres de la maladie ne put lui parler et se contenta de lever ses mains au ciel et de les mettre sur sa tête; Usâma comprit alors que l'Envoyé de Dieu était en train de prier pour lui.

Quelque temps après, le Messager de Dieu mourut et Abû Bakr fut désigné comme son calife. Ce dernier, par fidélité à la mémoire et au choix du Prophète, ordonna de maintenir Usâma à la tête de l'armée musulmane. Tenant le cheval de Zayd par la bride, il marcha à pied avec l'armée musulmane jusqu'à la sortie de Médine, en donnant les instructions nécessaires à son chef. 

 Usâma parvint avec son armée jusqu'en Palestine occupée alors par les forces byzantines. Il montra la puissance de l'islam aux romains qui évitèrent la confrontation avec son armée, et revint chargé d'honneurs et de gloire à Médine. Tous les califes qui se succédèrent à la tête de la communauté, traitèrent avec des égards particuliers cet illustre compagnon.

 

Un jour, alors que 'Umar partageait les revenus du trésor, il donna à Usâma quatre mille dinars. Étonné par ce partage qu'il jugeait inéquitable, 'Abdallah  dit à son père :

« Tu as préféré Usâma à moi, bien que moi aussi j'ai participé à plusieurs combats aux côtés du Messager de Dieu ; alors qu'Usâma n'y était pas. »
 

Umar lui répondit :

« Ce n'est pas cela mon fils ! Le père de Usâma était plus aimé du Messager de Dieu
que ton père et Usâma lui-même était plus aimé que toi. »

 

Abdallah accepta le partage. On rapporte que lorsque 'Umar rencontrait Usâma , il l'accueillait à bras ouvert en lui disant : « Bienvenue à mon émir. » Et à ceux qui s'étonnaient, il disait : « N'est-ce pas le Messager de Dieu qui lui a donné le commandement sur moi ? »

Lors de la grande discorde qui divisa la communauté musulmane sous le califat de 'Ali , notre illustre compagnon eut une attitude sage et honorable vis-à-vis de cette grave crise. Il s'assigna une neutralité absolue, refusant d'exacerber cette crise et de jeter de l'huile sur le feu par son parti pris pour une partie ou une autre. Il aimait certes l'imam 'Ali et jugeait qu'il avait plus de droit que quiconque de prétendre au califat. Mais il répugnait de participer à une guerre fratricide et de tuer des musulmans d'autant plus qu'il se souvenait du jour où il avait tué un homme d'une tribu païenne alors que celui-ci venait de faire le témoignage de foi. Ce jour-là, le Messager de Dieu l'apostropha en ces termes :
 

« Malheur à toi Usâma ! Tu as osé le tuer après qu'il ait fait le témoignage de foi ? »
 

Il ne cessa de lui répéter ces mots jusqu'à ce que Usâma eût souhaité faire table rase de tout ce qu'il a accompli comme œuvres et embrasser de nouveau l'islam.

Depuis ce jour-là, Usâma jura de ne plus combattre quiconque aura témoigné sa foi en Dieu et Son Messager. Il restera fidèle à son serment jusqu'à sa mort. C'est ainsi qu'il s'isola chez lui jusqu'à ce que la fitna ait pris fin, refusant de participer à un conflit qui endeuillait la communauté du Prophète .

 Absorbée par l'adoration de Dieu et le désir de le rencontrer, son âme s'envola, légère et apaisée en l'an cinquante-quatre de l'Hégire pour rejoindre son bien-aimé Muhammad et ses compagnons les pieux et les justes .

 

 

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