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Le Prophète
se retrouvait désormais seul, qui plus est,
éprouvé par la perte des deux personnes qui l'aimaient et le soutenaient
vraiment. Il dut songer à se remarier. Il avait, en effet, de lourdes
responsabilités à l'égard de sa communauté et il fallait bien que quelqu'un de
confiance le seconde dans sa maison auprès de sa famille.
Il prit donc
une épouse d'un certain âge possédant une expérience et une maturité certaines.
Sawda était mecquoise. Fille de Zam'a ibn Kais, elle avait été mariée
avec As-Sukran ibn Amru. Elle fut parmi les premières femmes à devenir
musulmane et fut à l'origine de la conversion de son mari, As-Sukran.
En
raison des persécutions infligées aux fidèles de la nouvelle religion, certains
émigrèrent pour se rendre en Abyssinie où le Négus, roi de ce pays, leur fit un
excellent accueil et les protégea de leurs poursuivants mecquois, refusant de
les leur restituer.
Sawda et son mari avaient été du premier groupe qui
avait émigré. Avec eux, se trouvaient un des frères de Sawda et un de ses
cousins, également convertis et qui avaient aussi émigré.
Le mari de
Sawda, dont on nous rapporte qu'il aurait apostasié, mourut, et elle se retrouva
veuve, peu avant la mort de Khadîja. Elle fit preuve de beaucoup de courage et
de fermeté dans ces circonstances. Elle revint bientôt à la Mecque.
Une
femme de la Mecque parmi les premières à avoir embrassé l'Islam, Khawla, se
rendit un jour auprès du Prophète
, après la mort de Khadîja
, et
lui suggéra de prendre une nouvelle épouse « ... soit une jeune fille, soit une
veuve », et lui proposa notamment de demander la main de Sawda qui était son
amie et avec laquelle elle avait émigré en Abyssinie.
Le Prophète
, qui
avait été impressionné par la force et la fermeté de cette femme de cinquante
ans, la demanda en mariage, lui témoignant ainsi de son estime. En même temps
qu'il trouvait une épouse pour veiller sur sa maison, il offrait à cette femme
une famille, un soutien.
Le mariage eut lieu au mois de Shawwâl de l'an
3 avant l'Hégire, plusieurs mois après la mort de Khadîja
, peu après le voyage à
Ta'if. La dot que reçut Sawda s'éleva à 400 dirhams. Fervente dans sa
foi, elle fut honorée par cette distinction. Elle fut une épouse très attentive
et dévouée auprès de la famille.
En raison de ses origines modestes, les
membres de sa tribu furent également honorés que Sawda ait été distinguée pour
devenir l'épouse du Prophète
, lui-même issu d'une famille noble de la Mecque.
Nombreux se convertirent à cette occasion, convaincus par le message de l'Islam
et séduits par la simplicité du Prophète
.
Sawda
fut une grande amie pour
certaines des autres épouses dont nous parlerons plus loin, en particulier pour
Aisha qui était encore jeune lors de son entrée dans la maison de l'Envoyé d'Allah . Plus tard, elle retrouva parmi les Mères des Croyants certaines de celles
avec lesquelles elle avait émigré.
Nous savons qu'elle accompagnait le
Prophète
lors du pèlerinage de l'Adieu. Durant la nuit de Muzdalifa, elle
demanda la permission de retourner vers Mina avant la grande foule du matin, car
elle avait du mal à se déplacer en raison de son poids. Le Prophète l'y
autorisa.
C'est Aisha qui nous parle le mieux d'elle, car sa
personnalité très discrète, presque effacée, et cependant efficace, n'a pas
donné lieu à d'aussi nombreuses observations que pour certaines autres épouses.
Nous savons, cependant, qu'elle était agréable de compagnie et très charitable.
Elle faisait parfois rire le Prophète
.
Ainsi, Aisha
a dit à son sujet :
« Je n'ai guère connu de femme à laquelle j'aurais aimé ressembler autant que
Sawda. » [Rapporté par Muslim]
Aisha
nous rapporte encore que : «
Lorsque Sawda eut atteint un certain âge, elle m'a cédé sa nuit avec l'Envoyé d'Allah. » [Rapporté par Muslim]
L'Envoyé d'Allah
assignait à chacune de
ses épouses une journée avec la nuit correspondante. Sawda [qu'Allah
soit satisfait d'elle] avait fait don de son
jour à Aisha pour se rendre agréable au Prophète. Au moment de la
révélation du verset de l'option, elle avait choisi de demeurer Mère des
Croyants, mais elle avait renoncé aux visites conjugales de l'Envoyé d'Allah.
Le Prophète
avait permis aux femmes de sortir, en disant à Sawda [qu'Allah
soit satisfait d'elle] : « II
vous est permis de sortir de vos maisons pour votre besogne. » [Tafsîr lbn
Kathîr]
Après la disparition de Muhammad , Sawda n'accomplit plus aucun
voyage, et demeura chez elle. Elle renonça même à se rendre en pèlerinage à la
Mecque. Elle avait auparavant accompagné le Prophète pour le pèlerinage et pour
la 'Umra.
Un jour, elle dit au Prophète : « J'ai prié derrière toi cette
nuit. Tu es resté dans la prosternation (si longtemps) que j'ai bouché mon nez
de peur qu'il ne saigne. »
Toujours selon Aisha
[qu'Allah
soit satisfait d'elle], quelques-unes des
épouses avaient posé la question : « Quelle sera celle d'entre nous qui sera la
plus prompte à te rejoindre après ta mort ? » - « Celle dont la main est la plus
large », répondit-il.
Elles prirent un roseau pour mesurer les mains de
chacune et ce fut Sawda qui avait la main la plus large. Plus tard, elles
comprirent que lorsque le Prophète
leur avait parlé de la « largeur de la main
», il avait voulu parler de celle qui était la plus généreuse et qui faisait le
plus d'aumônes !
Précisément, Sawda donnait tout ce qu'elle possédait.
Aisha nous rapporte qu'elle était très généreuse.
Or, d'après ce qui
est rapporté, Sawda fut l'une des plus promptes des Mères des Croyants à mourir
après la disparition du Prophète. Et c'était, aux dires mêmes des Mères des
Croyants, elle qui aimait le plus faire l'aumône avec Zaynab bint Jahsh.
On croit savoir qu'elle est morte en l'an 24 de l'Hégire, vers la fin du
califat de 'Umar
. Elle devait avoir entre soixante-dix et soixante-quinze ans.
Toutefois, selon une autre source, on trouve qu'elle serait morte en 54
de l'Hégire ; il faudrait alors en conclure qu'elle aurait été âgée de plus de
cent ans. Mais, si elle devait être avec Zaynab, la plus prompte à rejoindre le
Prophète , nous nous trouvons devant une contradiction. Allah est le plus Savant.
Elle fut enterrée dans le cimetière des femmes de Médine.
Elle légua son
appartement à Aisha sa grande amie. En effet, leurs appartements étaient
mitoyens et cela permit à Aisha d'agrandir le sien qui était devenu petit après
l'enterrement du Prophète
dans sa chambre, à l'endroit même où il avait rendu le
dernier souffle.
Qu'Allah
soit satisfait de Sawda.

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