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Ramla, plus connue sous le nom d'Um Habîba
était la fille d'Abû Sufiyân, mecquois de la tribu des Banû Umayya.
Abu Sufiyân était le chef des Quraysh. On sait qu'il fut le plus acharné
des ennemis du Prophète et de la communauté des Croyants.
Il entreprit tout ce
qui pouvait entraver cette nouvelle religion, en persécutant les musulmans sans
relâche. Malgré sa puissance au sein de la ville, il ne put parvenir à empêcher
l'expansion de l'Islam à la Mecque.
Il ne put d'ailleurs empêcher que,
comme dans la famille de 'Umar , il y ait des conversions au sein de sa famille.
En particulier sa fille, Um Habîba et son mari,
Ubaydallah, s'étaient convertis secrètement très tôt.
Ils firent partie du
premier groupe des émigrés en Abyssinie, où ils purent demeurer sous la
protection bienveillante du Négus, à l'abri des persécutions des Quraysh, tout
le temps nécessaire. Plus tard, son mari apostasia pour se faire
chrétien. Il devint alcoolique et mourut peu après. Le couple eut une fille.
Malgré les pressions de son mari, Um Habîba demeura fermement attachée à l'islam et, lorsque la nouvelle de son
veuvage et de sa constance parvint au Prophète , il envoya un émissaire pour la
demander en mariage. Um Habîba fut à peine
surprise par cette demande en mariage.
En effet, peu avant, elle avait fait un
rêve au cours duquel elle s'était entendue appeler Mère des Croyants (Qu'Allah
soit satisfait d'elles).
Elle donna son consentement et le mariage fut
célébré en Abyssinie, en l'absence du Prophète qui, nous rapporte-t-on, fut
représenté par le Négus lui-même, en présence d'un de ses parents et de toute la
communauté des musulmans émigrés. Le Négus organisa pour l'occasion, dans son
palais, un repas de noces où ils furent tous invités.
Elle avait autour de 35
ans. On était en l'an 6 de l'Hégire. Nous croyons savoir que sa dot s'éleva à
400 dinars. Elle lui fut remise par le Négus, en qualité de représentant du
Prophète. On peut s'étonner de tant de bienveillance de la part du roi
d'Abyssinie pour cette petite communauté d'émigrés.
D'après Tabarani, le
Négus aurait envoyé une lettre au Prophète pour lui annoncer qu'il avait
embrassé l'islam, mais qu'il préférait garder sa conversion secrète. Nous savons
que lors de sa mort, le Prophète annonça lui-même la nouvelle aux Compagnons ,
avant même que la nouvelle ne soit parvenue à Médine, en désignant le défunt par
l'expression : « Notre frère... » C'est l'Ange Gabriel qui aurait informé le
Prophète de cette nouvelle.
On nous rapporte qu'un fils naquit chez
Jaffar, un des émigrés, le même jour qu'un fils naquit également chez le Négus
et que l'enfant princier fut confié en nourrice à Asmâ, épouse de Jaffar, créant
des liens étroits entre les deux familles.
Le messager, envoyé par
Muhammad en Abyssinie pour présenter la demande en mariage, avait également
été chargé d'annoncer aux émigrés qu'ils pouvaient enfin prendre la route pour
aller vivre à Médine, où se trouvait désormais regroupée la quasi totalité de la
communauté du Prophète . Le Négus leur donna deux bateaux et l'ensemble des
émigrés fit route vers Médine, ramenant Um Habîba et ses enfants.
Pendant ce temps, à Médine, on préparait les
appartements de la nouvelle venue, qui se trouvèrent naturellement à côté de
ceux de Juwayriya , puisque les constructions
étaient élevées au fur et à mesure des besoins de la famille.
Lorsque le
groupe arriva à Médine, le Prophète donna, à son tour, un repas de noces pour
célébrer son mariage avec Um Habîba . Il se
réjouit beaucoup de l'arrivée de cette nouvelle Épouse et du groupe des Emigrés.
Il avait encore une bonne raison d'être réjoui : la prise de Khaybar,
qui avait été longue et difficile.
À la suite de cette victoire, aucune tribu ne
lui était plus hostile dans la région, d'où une sécurité nouvelle pour les
musulmans et l'assurance d'un ravitaillement régulier par les caravanes. Mais,
nous avons déjà parlé de Khaybar et nous aurons encore une autre occasion d'en
parler.
Um Habîba fut plutôt bien
accueillie dans la maison du Prophète par les autres Epouses.
Il faut dire que, à l'exception de 'Aïsha , toutes les autres Epouses avaient déjà connu Um Habîba à la
Mecque avant son exil.
Zaynab était, en outre, sa belle-sœur ; Sawda, Um Salama
et Um Habîba avaient été très proches en Abyssinie, où elles avaient vécu une
partie de l'émigration ensemble. Elles furent donc très heureuses de se
retrouver.
Il faut également souligner qu'avant son mariage avec Um
Habîba , le Prophète avait reçu la révélation
d'un verset qui pouvait s'appliquer à l'un des grands ennemis de l'Islam : Abu
Sufiyân !
{ II se peut que Dieu assigne de l'amitié entre vous et ceux
que vous aviez pour ennemis [...] } [Sourate 60 – Verset 7]
Or, dès lors
que le Prophète eut épousé la fille d'Abû Sufiyân, celui-ci se montra moins
acharné à combattre les musulmans, par exemple, dans la circonstance suivante.
Peu avant cela, la trêve de Hudaybiya avait été signée entre le Prophète et les infidèles de la Mecque, les Quraysh. Cette trêve prévoyait que, pendant
une durée de 10 ans, les ennemis s'interdisaient toute attaque réciproquement,
sous certaines conditions.
Or, voilà que précisément à l'époque où Um Habîba
entrait dans la maison du Prophète , tandis
qu'Abû Sufiyân était absent de la Mecque, certains Quraysh violèrent cette
trêve.
Inquiet des conséquences de cette violation, Abu Sufiyân
s'empressa de se rendre à Médine pour y rencontrer le Prophète désireux de
l'assurer de sa bonne foi et lui faire savoir que cet incident ne s'était
produit que par le fait de quelques insensés !
Le Prophète fit mine
d'ignorer de quoi lui parlait Abu Sufiyân et ne donna pas à celui-ci
l'impression de vouloir en reparler avec lui, alors qu'il était dans les
intentions d'Abû Sufiyân de souhaiter signer une nouvelle trêve de remplacement
!
Toujours inquiet, il se rendit chez sa fille, Um Habîba , nouvellement installée dans la maison du Prophète , pour lui
demander d'intervenir auprès de son époux !
Le père et la fille ne
s'étaient pas revus depuis 15 ans. Au moment où il allait s'asseoir sur le tapis
du Prophète, Um Habîba le retira rapidement et
le rangea : « Ce tapis est-il trop bon pour moi ou à ton avis suis-je trop bon
pour lui ? » demanda-t-il.
« C'est le tapis de l'Envoyé d'Allah ! Tu es un
idolâtre et tu n'es pas purifié ! » lui répondit sa fille.
Et elle ajouta : « Tu
es le chef des Quraysh. Comment peux-tu adorer des pierres qui ne peuvent
entendre ni voir ? » [Rapporté par Bukhârî]
Constatant qu'il ne pourrait
obtenir le soutien de sa fille, il tenta de l'obtenir d'Abû Bakr d'abord, de
'Ali ensuite, et enfin d'autres Compagnons .
Tous s'en tinrent à l'attitude
réservée du Prophète , qui laissait entendre que la trêve ainsi rompue ne devait
pas être renouvelée !
Abu Sufiyân s'en retourna très inquiet à la Mecque
et le Prophète prépara, dans le plus grand secret, une campagne. Il fit se
préparer - toujours dans le plus grand secret - toutes les tribus qui s'étaient
alliées à lui, et au fur et à mesure de la marche vers la Mecque, puisque tel
était le but de cette expédition, les tribus se joignirent à la troupe déjà en
marche. Tous ces gens réunis formèrent une armée très impressionnante. 
Lorsqu'ils furent près de la Mecque, on installa le campement pour la
nuit sur les collines alentour. Puis, sur ordre du Prophète , des feux furent
allumés par tous les musulmans, afin d'impressionner les gens de la Mecque par
leur nombre, de telle sorte que ces derniers soient convaincus de l'inutilité
d'un combat qu'ils allaient perdre !
On nous rapporte qu'Abû Sufiyân fut
intercepté alors qu'il se déplaçait en dehors de la cité, et qu'il fut gardé au
campement pour la nuit, afin de l'empêcher de tenter quelque défense avant le
lendemain. Ce court laps de temps lui donna l'occasion de voir à nouveau le
Prophète et les Compagnons
autour de lui.
Il avoua par la suite avoir été très
impressionné par les comportements de profonde affection et de fraternité que
tous se portaient réciproquement.
Le lendemain, le Prophète entrait
pacifiquement à la Mecque avec tous ceux qui s'étaient joints à lui, sans la
moindre effusion de sang. La première action du Prophète consista à détruire les
idoles.
Il fit preuve d'une grande clémence à l'égard des ennemis de la veille,
lesquels furent évidemment surpris par cette attitude. Ils s'attendaient plutôt
à des représailles de la part des musulmans, après tout ce qu'ils leur avaient
eux-mêmes fait subir.
[Commentaire de l’auteur : En effet, les habitants de la
Mecque furent rassemblés et le Prophète leur demanda : « Qu’attendez-vous de moi
maintenant ? » On comprend qu'ils aient été inquiets. Mais le Prophète ajouta :
« Aucun reproche ne vous sera fait. Allez, vous êtes libres. »]
Cette
attitude, résultant de la grandeur de l'islam, entraîna un grand nombre de
conversions à l'Islam.
Il est important de souligner que jamais,
en aucune
circonstance, le Prophète ne contraignit qui que ce soit à embrasser l'islam !
Chacune de ses campagnes militaires n'eut pour objet que combattre des tribus
qui représentaient un danger pour la communauté, soit parce qu'elles les
attaquaient, soit parce qu'elles empêchaient les caravanes d'arriver à Médine,
mais jamais il ne combattit pour contraindre ses ennemis à devenir musulmans.
L'islam ne permet ni contrainte, ni violence pour quelque motif que ce
soit, si ce n'est pour se défendre :
{ Pas de contrainte en religion
[...] } [Sourate 2 – Verset 256]
II est fort regrettable que tant de
musulmans dans le monde ignorent cette règle.
Après la conquête de la
Mecque, le Prophète retourna à Médine avec sa famille et ses Compagnons. On se
souvient, en effet, que lorsque les gens de Médine lui avaient offert
l'hospitalité, il s'était engagé à demeurer dans cette ville, auprès d'eux. Il
tint parole puisqu'il y vécut jusqu'à sa mort et qu'il y fut enterré.
Nous constatons que le mariage d'Um Habîba avec l'Envoyé d'Allah fut une bien grande bénédiction pour la communauté
des musulmans.
Pour ce qui concerne son père, Abu Sufiyân, il semble
qu'il n'ait pas voulu déclarer son adhésion à l'islam dans un moment où il se
trouvait en état d'infériorité, pour ne pas donner l'impression qu'il le faisait
sous la pression des événements.
II vint donc rejoindre le Prophète
quelque temps après que celui-ci eût regagné Médine, et proclama la shahâda. Il
devait ensuite devenir un des plus grands bienfaiteurs de l'islam à son tour !
Nous ne pouvions évoquer Um Habîba sans parler de son père, dont la
personnalité fut si marquante, avant son adhésion à l'islam et ensuite, après
son entrée dans la communauté des musulmans. On comprend désormais le sens de ce
verset qui avait été révélé au Prophète avant son mariage avec Um Habîba .
Un jour, celle-ci proposa au Prophète de
prendre pour épouse sa propre sœur. Nous l'avons déjà dit, les Épouses (Qu'Allah
soit satisfait d'elles) étaient honorées d'avoir été choisies par l'Envoyé d'Allah comme Mères des Croyants.
Le Prophète parut étonné de cette démarche, mais
elle lui dit : « Je ne suis pas ta seule épouse et ma sœur est celle avec qui je
préfère te partager ! » Le Prophète lui fit savoir : « Cela ne m'est pas permis.
»
En effet, un verset du Coran cite les femmes interdites en mariage :
{
Vous sont déclarées illicites pour le mariage : vos mères, vos filles, vos
sœurs, vos tantes paternelles, vos tantes maternelles, les filles de vos frères,
les filles de vos sœurs [...] de même, il vous est illicite d'épouser, en même
temps, deux sœurs. Exception faite pour le passé. Car vraiment Dieu est
Pardonneur et Miséricordieux. } [Sourate 4 – Verset 23]
'Âïsha
a rapporté à son sujet qu'Um Habîba eut des pertes de sang pendant 7 ans. Elle avait interrogé le
Prophète à ce sujet pour savoir si elle devait considérer qu'elle n'était pas
en état et qu'elle devait cesser de prier. Or, le Prophète lui répondit : « Cela
provient d'une veine. » Et il lui ordonna de se laver avant chaque prière.
[Rapporté par Bukhârî]
Ceci fut un enseignement précieux pour les
femmes.
On rapporte que Um Habîba jeûnait beaucoup et priait longuement la nuit. Elle était également très
généreuse et venait en aide à ceux qui étaient dans le besoin.
On croit
savoir qu'Um Habîba a rapporté 65 ahadîth. Elle
était érudite en matière de jurisprudence.
Elle aurait vécu sous le califat de
Mu'âwiya et serait morte en l'an 59 de l'Hégire.
Elle fut enterrée auprès de ses
compagnes (Qu'Allah soit satisfait d'elles) au cimetière des femmes de Médine.
Elle était alors âgée d'environ
88 ans.
Selon une autre version, elle serait morte en l'an 44 de
l'Hégire. Allah
est le plus Savant.
Qu' Allah
soit satisfait d'Um Habîba.

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