Abou Hanifa vit en songe qu'il se dirigeait vers la tombe du Messager d'Allah, Mohammed , avec l'intention de la dépouiller. Lors de ce rêve, Abou Hanifa n'était qu'un jeune étudiant à l'école coranique.

Il en informa son maître qui lui expliqua le rêve comme suit :

« Si ta vision est authentique, mon enfant, tu suivras la voie de l'Envoyé d'Allah
et tu  développeras sa loi révélée.»
 

 La réalité se révéla analogue à l'interprétation, étant donné qu'Abou Hanifa reçut les faveurs qui devaient lui être acquises par la suite.

 Né à Koufa 80/652. Commentateur du Coran, promulgateur du rite Hanafî. Al-Nou'man ben Thabit, théologien et législateur religieux, donna son nom à l'école hanafi, il mourut en 150/722 âgé de 70 ans.

Son grand-père passe pour avoir été un très riche commerçant à Koufa de tissus les plus rares.

Son père était d'une piété inégalable, sa mère était Arabe de noble descendance. Il vivait à Koufa comme fabricant et marchand d'une certaine sorte de tissus de Soie. Il assista aux conférences de Hammad ben Abi Souleiman (mort en 120), qui enseignait la loi religieuse à Koufa. A l'occasion d'un pèlerinage, il assista à celles de 'Ata ben Abi Rabah (mort en 115 à la Mecque).

Après la mort de Hammad, Abou Hanifa devint l'autorité la plus éminente en matière de loi religieuse à Koufa (ville de l'Irak), et le principal représentant de l'école juridique de cette ville.

Il rassembla un très grand nombre de disciples privés, mais ne fut jamais Cadi. Voci une anecdote rapportée sur la pédagogie et le savoir faire d'Abou Hanifa .

Il enseignait entre autre, les préceptes aux Musulmans sur les points délicats de la jurisprudence, la Loi islamique, le commentaire du Coran ou tout simplement, comment mener à bien l'Office. Un jour qu'il expliquait la façon de mener la Prière par le préposé, c'est à dire l' Imam et ce que doit faire ceux qui le suivent (al ma'moum) pour mener à bien cette Prière, il dit :

« Lorsque l' Imam récite la Fatiha et la Sourate pour accomplir l'Office, que ceux qui le suivent (al-ma'moum) sont libres de les réciter ou non, mais à voix basse. Cela ne porte aucun préjudice à la validité de la Prière.»
 

Un bon nombre de fidèles furent d'un autre avis que le sien. Ils formèrent une délégation d'une centaine de personnes et se présentèrent à lui. La salle où il donnait cours fut bondée de monde et un brouhaha étourdissant s'élevait.

Il intervint en ces termes :

-« Vous avez des réclamations à faire ? »

Ils répondirent dans une clameur :

« Oui »

Il dit :

« Désignez une personne parmi vous, en laquelle vous avez confiance, afin que je puisse discuter avec elle, en votre nom à tous.»

Ils désignèrent la personne. Abou Hanifa demanda à l'assemblée : « Aimez-vous cette personne ?»

-« Oui ! »  -« Lui faites-vous confiance » ? -« Oui ! » Vous êtes d'accord qu'il vous représente, et parle en votre nom ?

Ils répondirent en choeur :

" Tout à fait ! "

Il est bel et bien votre représentant et porte parole ?

-« Oui ! »

-« Vous êtes d'accord sur tout ce qu'il me demandera ? »

-« Oui ! »

 -« Et vous serez d'accord, s'il sera d'accord avec moi ? »

-« Oui ! »

Et Abou Hanifa de conclure :

« Il fait office d'Imam en quelque sorte. »

Ils avaient compris où il voulait en venir et l'incident fut clos.

 

Abou Hanifa ne composa lui-même aucun ouvrage de fiqh, (jurisprudence musulmane) mais discuta de ses opinions avec ses disciples et les leur dicta. Certains ouvrages écrits sous sa dictée, se doivent à ce fait d' être les sources principales de la doctrine d'Abou Hanifa et en particulier:

  • le " Kitab ikhtilaf ", " Livre des controverses " d' Abou Hanifa wa ibn Abi Layla .
  • le " Kitab er-Radd 'ala Al-Awza'i ", " Livre de la réponse faite à Al-Awza'i " d'Abou Youssef  ,
  • le " Kitab el houdjadj ", " Livre des prétextes " d'Ash-Shibani ,
  • "L'isnad formel" de Abou Hanifa , qui figure dans de nombreux ouvrages d' Ash-Shibani  , et désignant simplement un rapport général de maître à disciple. Il ne faut pas perdre de vue que Ash-Shibani et Abou Youssef étaient ses disciples.

 

En ce qui concerne la doctrine d' Abou Hanifa qu'il reçut lui-même de Hammad, les principales sources sont le " Kitab el-Athar ", "Livres des purs" d'Abou Youssef et le Kitab al-Athar d'Ash-Shibani.

Sa pensée juridique se distingue en général par un raisonnement subjectif, souvent tranchant et impitoyable. Mais ne compte que de la pratique et du raisonnement objectif. Abou Hanifa utilise le raisonnement objectif et les solutions analogiques aussi couramment que le font les écoles juridiques de son temps.

La pensée juridique d'Abou Hanifa est en général de beaucoup supérieure à celle de son contemporain ibn Abi Layla (mort deux ans avant lui en 148), Cadi de Koufa de cette époque. Par rapport aux doctrines d'ibn Abi Layla et relativement au raisonnement juridique à Koufa (ville de l'Irak) pendant cette période d'une façon générale, celle d'Abou Hanifa prédomine et de loin.

Abou Hanifa semble avoir joué le rôle d'un théoricien qui fit accomplir des progrès considérables à la technique juridique. N'étant pas Cadi, il était moins gêné que Ibn Abi Layla par les problèmes de pratique.

D'autre part, il lui était plus facile de sortir des errements de l'administration juridique. La doctrine d'Abou Hanifa est en règle générale cohérente, elle contient tant d'idées neuves et explicites. Ses idées juridiques sont non seulement plus solides et fondées et plus systématiquement appliquées que celles de ses contemporains, mais beaucoup mieux développées, plus prudentes et plus raffinées.

Il était aussi peu disposé que les représentants d'autres écoles, celle de Médine par exemple à négliger la doctrine traditionnelle pour tenir compte des traditions isolées du Prophète , transmises par un seul individu dans une génération donnée.

Deux générations plus tard, et grâce principalement aux travaux d' Ash-Shafi'i , qu'il reçut la consécration officielle. Les expédients juridiques qu' Abou Hanifa avait développé comme une conséquence logique de son raisonnement technique, furent critiqués également, mais devinrent plus tard un de ses principaux titres de gloire.

 Abou Hanifa a également exercé une influence considérable en tant que théologien. Il est le père d'une tradition populaire de théologie dogmatique qui met surtout l'accent sur les idées de communauté musulmane, de son principe d'unité, la Sunna et de la majorité des Croyants qui suivent le droit chemin, et s'appuient sur des arguments écrits raisonnables. Cette tradition est représentée par le " Kitab Al-'Alim wa-Al-muta'allim", " le Livre du professeur et de l'étudiant" attribué à Abou Hanifa et le Fiqh Al-absat "Jurisprudence musulmane facile".

Deux ouvrages provenant du cercle des disciples d'Abou Hanifa, et plus tard par les oeuvres de théologiens hanafi, parmi lesquelles le credo de Tahawi (mort en 321).

Le seul document authentique que nous possédons d'Abou Hanifa est en fait la lettre de sa plume, qu'il adressa à 'Othman Al Batti et dans laquelle il défendait ses opinions d'une façon fort courtoise. Elle a été imprimée en même temps que le Kitab Al-'ilm Al-muta'alim "le Livre de la science et de l'étudiant" et le Fiqh akbar "la grande jurisprudence musulmane", ouvrages attribués à Abou Hanifa.

Celui-ci existe seulement noyé dans un commentaire faussement attribué à Matouridi (publié sous le numéro I dans Madjmou'at 'shurouh 'elfiqh Al-akbar "l'ensemble des explications de la grande jurisprudence musulmane." (Haydarabad 1321)

Le texte lui-même consiste en dix articles de loi exprimant la position orthodoxe en face de celle des Kharidjites, des Kadarites, des Chi'ites et des Djahmiya. Toutes les thèses du FiqhAl-akbar " la grande jurisprudence musulmane ", sauf une, se retrouvent dans le Fiqh Al-absat, qui contient les réponses d'Abou Hanifa sur des questions de théologie que lui posait son disciple Abou Mouti 'Al-Balkhi (mort en 183).

Le contenu du Fiqh Al-akbar "la grande jurisprudence musulmane" exprime donc bien les idées originales d'Abou Hanifa . Par contre, le livre connu sous le titre de (jurisprudence musulmane) Fiqh Al-Akbar II et la Wasiyat Abi Hanifa "recommandations d'Abou Hanifa " sont d'Abou Hanifa .

Les adversaires postérieurs d'Abou Hanifa , afin de le discréditer, ne le rendirent pas seulement responsable d'opinions extravagantes, mais également de toutes sortes de doctrines hérétiques qu'il ne peut pas avoir partagées.

Exemple, ils lui attribuèrent la doctrine des Djahmiya contre qui Abou Hanifa lui-même prenait position dans le Fiqh El akbar " la grande jurisprudence musulmane " ou l'opinion selon laquelle il est licite de se révolter contre un gouvernement, doctrine exactement opposée à ce qu'il dit lui-même dans le Kitab Al-'ilm wa-Al-muta'alim " le Livre de la science et de l'étudiant " et qui lui valut d'être qualifié de réactionnaire.

Ces accusations procèdent de son attitude au moment de la révolte d’al-Nafs az-zakiya "l'âme pure".

On rapporte sur lui cette anecdote :

" Un jour qu'Abou Hanifa arrivait dans sa classe, il trouva parmi ses disciples, un personnage bien habillé et d'une noble allure, il s'en inquiéta, croyant que c'est un grand docte. Il avait pour habitude pendant ses cours d'allonger ses jambes, pour les reposer de la position tailleur. Ce jour-là, il n'osa pas devant ce personnage intrigant. Prenant sur lui, il ne put allonger ses jambes, durant son cours.

Le cours tirait vers sa fin, il expliquait à ses élèves l'horaire de la Prière du Fadjr et du Sobh. « Ces deux Offices sont constitués de deux Rak'a chacun, disait-il, le temps imparti à leur accomplissement allait de l'aurore juste avant le lever du soleil.» Les disciples, à la fin de chaque cours posaient des questions à leur maître. Les disciples posèrent chacun sa question et le maître d'y répondre.

Lorsque vint le tour de l'honorable personnage, il leva le doigt pour poser sa question. A ce moment Abou Hanifa , prit peur, craignant de ne pouvoir satisfaire le noble docte. Sa question fut la suivante « Et si le soleil se lève avant le Fadjr ? »

Abou Hanifa soulagé, sourit et dit: « 0 Abou Hanifa ! Tu peux en toute quiétude étendre tes jambes, pour les reposer.»

Le nombre de ces traditions s'accrut également, au point qu' Abou Al-Mouyad Mohammed ben Mahmoud Al-Kharizmi en 655/1257) put réunir quinze versions différentes dans son ouvrage Djami' masanid « L’ensemble des propos d'Abou Hanifa

 

Parmi ses descendants, Ahmed et son petit fils Ismaël Cadi de Basra et de Raqa (mort en 212/827) se distinguèrent dans les études juridiques. Parmi ses disciples les plus importants, on compte : Zoufar ben Al-Houdhayl (mort en 158), Daoud Al-Tayi (mort en 165), Abou Youcef, Abou Al-Mouti' Al-Balkhi, Ash-Shibani, Assad ben ‘Amr (mort en 190), Hassan ben Zayd Al-Lou'lou'i (mort en 204).

Le Calife Abbaside, Al-Mansour l'appela dans sa capitale, Bagdad, récemment fondée, voulut le nommer Cadi.

Il l'enferma en prison, en raison de son refus répété. On le flagella pour l'obliger à accepter, mais en vain. Ce qui tend à justifier la fin d'Abou Hanifa en prison.

Il mourut à Bagdad en 150/767, âgé de soixante-dix ans dans la prison où il a été torturé.

Le quartier qui entoure le mausolée porte encore le nom d’ "al-a’zamiya", "Al-Imam Al-A'zam", " le courageux Imam " ou " l' Imam sans peur " étant le surnom habituel d'Abou Hanifa .

 

Qu'Allah l'enveloppe dans Sa miséricorde.

 

 

 

 

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